Les relations entre les religions et la politique

Un stéréotype répète souvent l'idée que la religion sert à opprimer les peuples. Celui-ci pouvant être déconstruit par la science. 🔬
1. Un peu d'introduction
Contrairement aux idées reçues, le politique ne se résume pas aux idées de pouvoir, contrôle, domination... c'est par définition ce qui a rapport aux affaires publiques, au gouvernement d’un État, ou aux relations mutuelles des divers États. La croyance que toutes les religions ont une gouvernance autoritaire est aussi bien reçue.
Dans l'idée de la cohésion sociale, le diplomatique est l'allié du politique pour organiser la société dans l'idée de concilier les intérêts mutuels. Les religions servant à réguler : toutes instaurent des principes de justice. La problématique étant que la popularisation des savoirs ne pouvait se faire rapidement chez les anciens, époque où les médias de masse et les réseaux sociaux n'existaient pas.
2. Un peu d'histoire
Préhistoire
Si l'on part de l'idée que les religions se structurent sur des inconscients collectifs et symboliques, à partir d'expériences mystiques depuis la Préhistoire, où l'on sait que même Néandertal enterrait ses propres morts, comment auraient-elles été dès l'origine instrumentalisées ? De ce que l'on sait, de nombreuses sociétés préhistoriques étaient relativement égalitaires, même si des formes d'autorité et d'organisation collective existaient déjà bien avant l'apparition des premiers États.
D'après l'archéologue Anne Augereau, les inégalités sociales auraient commencé dans la culture du rubané (5500 à 4700 AEC) en pleine néolithisation des sociétés, quand l'Homo sapiens se sédentarise et commence à construire des greniers durables.
Antiquité
Chez les Grecs, l'idée que la religion est une invention politique pour manipuler le peuple est théorisée dès le 5ᵉ siècle AEC. On la trouve précisément dans le fragment Sisyphe attribué à l'intellectuel athénien Critias. Celui-ci y soutient que la loi, l’ordre et le divin sont des créations humaines astucieuses, conçues pour imposer une crainte salutaire et garantir la moralité même en l'absence de témoins. ⚖️
Au Moyen-Orient, la fonction royale procède plutôt d'une sacralité indistincte, les rois sont dieux eux-mêmes, fils de dieu ou adoptés par le dieu. Le pharaon est le dieu Râ, à savoir le soleil considéré par le peuple, puis devient fils de Râ sous une dynastie. Il doit administrer le Maât, dans l'intérêt de la cohésion sociale.
Les rois d'Israël et de Judée sont adoptés par Dieu comme on le lit dans le psaume couronnement. Dans ce cas, la fonction religieuse émane d'un pouvoir ontologique indistinct. Le royal procède du religieux comme c'est le cas des grands prêtres égyptiens. Dans Samuel 1 e t 2 : C'est le prophète qui cherche le roi que le dieu a désigné.
Dès l'époque des conciles christologiques ✝️ : les églises des 2 et 3 conciles n’adhèrent pas à tous les dogmes reçus par les églises des 7 conciles. L'élaboration des canons bibliques s'est faite progressivement par des débats sur les traditions, la vocalisation des langues et les possibilités de conservations des textes (deutérocanoniques et apocryphes) a une époque où Gutenberg n'était pas né. Dans les églises orientales, c'est l'usage cultuel des textes qui détermine le canon.
Moyen Âge
On cite parfois l'exemple de Clovis, qui se serait servi de sa conversion religieuse pour s'imposer aux francs, or sa conversion s'est faite pour des raisons sécuritaires afin de faire face aux barbares, ceci afin d'assurer une cohésion sociale nécessaire dans le contexte de l'époque.
Clovis se fait baptiser dans le christianisme nicéen et trinitaire professé par son épouse Clotilde, alors que plusieurs peuples germaniques voisins, notamment les Goths, sont chrétiens ariens. Son baptême contribue ainsi à le rapprocher des populations gallo-romaines et de leurs élites religieuses.
Plus largement, en Europe médiévale et moderne, la religion constitue souvent un puissant facteur de cohésion et d'identité politique. Cette fonction demeure importante, mais elle est progressivement concurrencée par l'essor des nationalismes au 19ᵉ siècle, notamment lors du « Printemps des peuples » de 1848.
18ᵉ siècle
La liberté de conscience et de religion constitue l'un des acquis majeurs de la Révolution française. L'article 10 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789 affirme que nul ne doit être inquiété pour ses opinions, « même religieuses ».
Le pasteur réformé Jean-Paul Rabaut Saint-Étienne joua un rôle important dans la défense de cette liberté. Il s'agit alors moins d'utiliser la religion pour contrôler la société que de garantir juridiquement la coexistence des convictions, en faisant du droit un moyen de protéger une liberté que la seule tolérance morale ne suffisait pas à assurer, dans une réflexion déjà présente chez Montesquieu.
19ᵉ siècle
Au 19ᵉ siècle, le développement de la critique historique des textes religieux montre aussi que le religieux n'est pas entièrement soumis au politique ou aux institutions ecclésiastiques. David Friedrich Strauss publie dès 1835 sa Vie de Jésus, qui distingue l'étude historique de Jésus des affirmations traditionnelles de la foi. Ces nouvelles méthodes contribuent à faire de la religion un objet d'étude historique et scientifique, parfois au prix de fortes controverses.
Cette évolution provoque des résistances au sein du catholicisme. Sous Pie IX (1792–1878), qui définit notamment le dogme de l'Immaculée Conception en 1854, l'Église affirme son autorité doctrinale face aux transformations intellectuelles du siècle. La tension entre critique historique et magistère s'accentue ensuite avec la crise moderniste, surtout à la fin du 19ᵉ et au début du 20ᵉ siècle, dont Alfred Loisy devient l'une des principales figures.
20ᵉ siècle
En revanche dans les derniers siècles, on trouve plusieurs exemples ou le politique a en effet instrumentalisé le religieux pour des raisons identitaires, c'est pendant la crise communiste : politique anti-religieuse soviétique, Juche en Corée du Nord, révolution culturelle en Chine, Vladimir Poutine...
En France, on a pu voir la droite identitaire qui récupérait des symboles chrétiens, mais une minute, vous avez dit "athéisme religieux" ?
3. Maintien de ce stéréotype
Agnotologiquement, d’où vient cette insistance à affirmer cela en entretenant volontairement l'ignorance ?
La croyance au machiavélisme et l'inculture du fait religieux, doublé du militantisme contre l'enseignement laïque de celui-ci.
La croyance que les religions sont des sectes qui ont réussi et que dans chaque secte, il y a un gourou pour abuser de ses disciples et s'enrichir.
La croyance d'avoir compris Karl Marx quand il parlait de Karl Marx et l'opium du peuple : La religion est un instrument de manipulation.
La croyance en l'hégémonie catholique qui constitue l'orthodoxie de tous les systèmes religieux.
La croyance que le psychologisme vaut mieux que l'histoire des religions.
4. Un peu de réflexion
Les religions n'existent pas pour contrôler les autres. Si c'est vrai en France, on serait capable de donner des exemples pertinents à cette idée. Or la laïcité est passée par là, la sécularisation pour les autres pays.
Ce stéréotype est entretenu par l'ignorance du fait religieux et le psychologisme, mère méconnue de la pseudo-histoire, faite de procès d'intentions qui prétend savoir ce qui se passe dans la tête des anciens avec les mentalités de notre époque.
L'idée c'est de prendre les anciens pour des inintelligents par essentialisme, ceci parce qu'ils ne connaissaient ni les déchets nucléaires ni la streptomycine. On en conclura une fois encore que pour sûr les anachronismes sont caractéristiques de la pseudo-histoire. 🤗
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