Le machiavélisme

Un stéréotype populaire fait de Machiavel le père du machiavélisme, une doctrine basée sur la fourberie et la manipulation.

1. Un peu de biographie

Niccolò Machiavel (1469-1527) était un philosophe humaniste italien de la Renaissance. Il naît en 1469 dans une famille florentine ancienne, mais appauvrie. Il est connu pour ses écrits sur la politique, la guerre et la nature humaine.

Dans la 1ʳᵉ partie de sa vie, Machiavel est secrétaire auprès de La République florentine, pour laquelle il effectue plusieurs missions diplomatiques, notamment auprès de la papauté et de la cour de France. Plus tard, il se retire à la campagne pour écrire Le Prince, Discours sur la première décade de Tite-Live ou encore Histoires florentines.

Il est amené à rédiger des rapports sur les pays qu’il traverse (la France ou l’Allemagne), ce qui l’exerce à l’art de l’analyse politique. Fin diplomate, il s’intéresse également à l’histoire, et sa connaissance de l’Antiquité lui permet d’élaborer sa doctrine politique.

Son exil une fois levé, il rentre à Florence, et rédige une comédie, La Mandragore, puis Histoire de Florence, à la demande du pape, Jules de Médicis, dont la rédaction s’étalera sur 6 années. Il accède également à des responsabilités politiques importantes, puisqu’il est nommé Chancelier aux fortifications.

En 1527, c’est l’avènement de la République, contre les Médicis : il se retrouve dans une situation délicate, en raison de sa compromission avec le prince déchu. Il meurt cette même année, pauvre et oublié, à l'âge de 58 ans. Son œuvre est mise à l’Index du Vatican jusqu’en 1966.

2. Le Prince

En 1513, emprisonné et torturé par les Médicis le soupçonnant de complot, il est relâché et se retire à San Casciano. Là, pour essayer de rentrer en grâce, il rédige son ouvrage principal : Le Prince.

Dédicacé à Laurent II de Médicis, cet ouvrage se présente comme un ensemble de maximes que le souverain doit s’efforcer de suivre, s’il veut conserver et renforcer son pouvoir.

Machiavel analyse l’Italie de la Renaissance, où chaque ville possède son propre système politique, en fonction du prince au pouvoir. Il commence par présenter les différents types de principautés, puis les diverses situations qui se présentent.

Machiavel affirme que le prince doit paraître vertueux et humain, tout en sachant se montrer inhumain lorsque les circonstances l'exigent. Il contribue ainsi à autonomiser la politique par rapport à la morale traditionnelle : la conservation de l'État peut nécessiter la ruse, la force ou la tromperie. Cette réflexion s'inscrit dans une Italie divisée par les rivalités politiques et les interventions étrangères.

Pour Machiavel, la virtù ne désigne pas la vertu morale, mais la capacité d'un dirigeant à agir efficacement : intelligence, audace, volonté et faculté d'adaptation. Elle lui permet d'affronter la fortuna, c'est-à-dire la part d'incertitude et de hasard qui gouverne les événements. Le bon dirigeant est ainsi celui qui sait saisir les occasions et adapter son action aux circonstances.

"Machiavel va s'efforcer de trouver les mots pour expliquer ce qui est en train de se passer. Sa pensée a été un tournant dans la pensée politique. Il fallait dire ce qu'il se passait pour que la République ne meure pas, c'était un enjeu vital."

Jean-Louis Fournel

"Il faut être prêt à faire le mal, si l'on veut faire le bien." (Le Prince, chapitre 18)

3. Différence entre cynisme et machiavélisme

Le terme « machiavélisme » se développe dans le contexte de la réception polémique de Machiavel à partir du 16ᵉ siècle. Ses adversaires lui attribuent une doctrine fondée sur la ruse, la manipulation et l'absence de scrupules moraux, rapprochant ainsi sa pensée du cynisme. Cette interprétation péjorative façonne durablement son image.

Machiavel n'a jamais écrit littéralement que « la fin justifie les moyens », même si cette formule résume une lecture courante du Prince. Il estime plutôt qu'un dirigeant doit parfois employer la ruse, la force ou la cruauté lorsque la conservation de l'État l'exige. Le mal n'est donc pas recherché pour lui-même : l'action politique peut simplement entrer en conflit avec la morale traditionnelle.

Machiavel ne se contente pourtant pas de décrire ces pratiques : dans Le Prince, il conseille au gouvernant de savoir les employer lorsque les circonstances l'imposent. Mais dans les Discours sur la première décade de Tite-Live, il défend aussi la liberté républicaine, les institutions et les contre-pouvoirs. Sa pensée dépasse donc largement l'image d'un théoricien de la manipulation et de la fourberie.

Le machiavélisme populaire désigne ainsi une conception du pouvoir où l'efficacité primerait sur la morale, la tromperie et la peur devenant des instruments de domination. Cette représentation continue d'imprégner la culture politique et populaire : la série House of Cards en offre une illustration moderne, tout en perpétuant en partie ce stéréotype de Machiavel.

La fin justifie les moyens : les objectifs sont plus importants que les moyens utilisés pour les atteindre.

La morale est une faiblesse : les dirigeants doivent être prêts à faire des choix difficiles et à prendre des décisions impopulaires pour maintenir le pouvoir.

La peur est un outil de contrôle : les dirigeants doivent inspirer la crainte pour maintenir l'ordre et la stabilité.

Ce cliché populaire fait déprécier la politique auprès du grand public, conduisant à une perte de confiance et de crédibilité envers celle-ci, pourtant la conception du pouvoir de Machiavel visait simplement à préserver les équilibres sociaux.

4. Un peu de postérité

On a présenté Machiavel comme un cynique dépourvu d'idéal et tiré de son nom un adjectif commun : machiavélique, alors que cet homme politique était seulement soucieux du bien public, mais sans illusion sur les vertus des hommes. Ses leçons ont inspiré les gouvernants des siècles qui ont suivi.

Les écrits de Machiavel ont eu un impact profond sur la philosophie politique et ont influencé de nombreux penseurs, dont Thomas Hobbes, Jean-Jacques Rousseau et Friedrich Nietzsche. La postérité en fera ni plus, ni moins que le père des sciences politiques modernes ! 🤓

Références

  1. "Le Prince" de Machiavel : un podcast à écouter en ligne - France Culture
  2. Nicolas Machiavel en italien Niccolo Machiavelli - Larousse
  3. Le Prince de Nicolas Machiavel - Passerelles
  4. Le conseiller des princes - Les philosophes

2 vues · 0 vote positif

Réactions

Connectez-vous pour réagir.

Commenter ce contenu…

Commentaires

0 message