Le populisme

Rendre le pouvoir au peuple, ou parler en son nom ?
1. Un peu de définition
Le terme populisme dérive du latin populus, « peuple ». Il désigne aujourd'hui un ensemble de discours ou de stratégies politiques qui opposent généralement un peuple présenté comme légitime à des élites accusées de confisquer le pouvoir.
Le populisme affirme que la politique devrait traduire plus directement la volonté populaire, face aux gouvernants, aux partis traditionnels ou à certaines institutions jugées éloignées du peuple. Il se distingue de la démagogie, qui consiste plutôt à flatter les opinions ou les passions populaires pour obtenir leur soutien.
2. Un peu d'histoire
Les premières expériences rattachées au populisme apparaissent dans la Russie du 19ᵉ siècle. Les narodniki, intellectuels révolutionnaires, voient dans la paysannerie russe une force capable de transformer la société. En 1874, le mouvement « aller au peuple » conduit de jeunes militants dans les campagnes pour se rapprocher des paysans. Nikolaï Tchernychevski, auteur du roman Que faire ? (1863), compte parmi leurs principales influences.
Aux États-Unis, le populisme prend de l'importance avec la création du People's Party, ou Populist Party, en 1891–1892. Soutenu par des agriculteurs endettés, il dénonce le pouvoir des grandes entreprises et des compagnies ferroviaires. Son programme d'Omaha de 1892 réclame des réformes économiques et monétaires ainsi qu'un contrôle démocratique accru. Le terme populism se diffuse à partir de cette expérience.
Au 20ᵉ siècle, le populisme désigne progressivement des mouvements très différents. En Amérique latine, Juan Perón, président de l'Argentine à partir de 1946, puis Hugo Chávez, élu au Venezuela en 1998, mobilisent les classes populaires autour d'un chef charismatique, d'un discours social et national et d'une critique des élites. Le populisme devient ainsi une catégorie d'analyse politique plutôt qu'une doctrine précise.
À partir des années 1980–1990, le populisme progresse en Europe avec des mouvements contestant les partis traditionnels et les élites politiques. À droite, certains associent souveraineté nationale, identité et opposition à l'immigration. Après la crise financière de 2008, des populismes de gauche progressent également en dénonçant les banques, l'austérité et les oligarchies économiques.
En France, Jean-Marie puis Marine Le Pen sont associés au populisme de droite. À gauche, Jean-Luc Mélenchon adopte dans les années 2010 une stratégie de « populisme de gauche », influencée par Ernesto Laclau et Chantal Mouffe. Avec La France insoumise, fondée en 2016, il oppose notamment le « peuple » à « l'oligarchie » et recourt à des formes d'agit-prop — agitation et propagande politiques — adaptées aux médias contemporains.
3. Un peu de réflexion
Donald Trump, Jair Bolsonaro, Viktor Orbán, Hugo Chávez ou Jean-Luc Mélenchon peuvent être qualifiés de populistes malgré leurs divergences. Le populisme n'est donc intrinsèquement ni de droite ni de gauche : il peut s'associer au nationalisme, au socialisme ou au conservatisme. À gauche, il dénonce souvent les oligarchies économiques ; à droite, il insiste davantage sur la nation, l'identité et la souveraineté.
Le populisme peut être considéré comme une idéologie, mais aussi comme une méthode politique. Pour le politologue Cas Mudde, il constitue une « idéologie mince », opposant un « peuple pur » à une « élite corrompue ». Il peut aussi désigner une stratégie visant à construire et mobiliser le peuple contre des institutions ou des élites jugées trop éloignées de lui.
Il peut ainsi révéler une crise de représentation et une demande de souveraineté populaire. Mais présenter le peuple comme un ensemble homogène peut aussi fragiliser le pluralisme et la légitimité des contre-pouvoirs. Le mot « populiste » peut lui-même servir à disqualifier un adversaire, ce qui pose une question fondamentale : qui peut légitimement parler au nom du peuple ?
2 vues · 0 vote positif
Réactions
Connectez-vous pour réagir.
Commentaires
0 message