L'immigration

D'aucuns insistent pour parler davantage de l'immigration dans le débat public. Une bonne idée, faut-il encore éviter de confondre les ressentis et les faits, ou de répéter des stéréotypes identitaires.

Introduction

Les flux migratoires entre les anciennes colonies et la France sont importants, avec des personnes qui viennent en France pour travailler, étudier, fuir des conflits ou rejoindre leur famille.

Les populations issues de l'immigration sont souvent confrontées à des défis d'intégration et de reconnaissance de leurs droits. Les colonisations ont également laissé des héritages de racisme et de discrimination, qui peuvent affecter les relations entre les communautés. Comment clarifier les choses auprès du grand public ?

1. Un peu de définition

L'immigration est le fait de quitter son pays d'origine pour s'installer dans un autre pays, généralement pour des raisons économiques, sociales, politiques, démographiques, climatiques (guerres, persécutions)... Cela implique de traverser une frontière internationale et de s'établir dans un nouveau pays pour une période prolongée ou de manière permanente.

Le terme « immigré » se généralise en France à partir du milieu du 20ᵉ siècle, notamment pour désigner la main-d’œuvre étrangère. Après 1945, les expressions « travailleur immigré » et « main-d’œuvre immigrée » deviennent courantes, tandis que le mot tend progressivement à se distinguer de celui d’« étranger ».

À partir du début des années 1990, « immigré » est devenu une catégorie statistique, utilisée par les démographes pour désigner toute personne née étrangère à l’étranger et résidant en France.

Un demandeur d'asile est une personne qui a quitté son pays en quête d’une protection internationale, mais qui n’a pas encore obtenu le statut de réfugié. Il ne peut pas être renvoyé de force dans son pays pendant la procédure d’examen de sa demande d’asile. De plus, une personne ne peut être renvoyée de force dans son pays si sa vie ou sa liberté y est menacée (principe de non-refoulement).

Un réfugié est une personne qui a fui son pays parce qu’elle craint d’y être persécutée en cas de retour, du fait de son identité (son origine ethnique, sa nationalité, son appartenance à un certain groupe social), de ses convictions religieuses ou de ses opinions politiques, et dont le gouvernement ne peut ou ne veut assurer la protection. À la différence d’un demandeur d’asile, le statut de réfugié lui a été reconnu.

2. Un peu d'histoire

Préhistoire

Les premiers humains modernes (Homo sapiens) sont apparus en Afrique il y'a environ 300 000 ans. Il y'a environ 60 000 ans, ils ont commencé à migrer hors d'Afrique, en Asie et en Europe. Les premières migrations ont probablement été motivées par la recherche de nourriture et de ressources. 🍴

Les premiers humains sont arrivés en Amérique il y'a au moins plus de 24 000 ans, en provenance d'Asie. Ils ont migré à travers le détroit de Béring, qui était alors un pont de terre, et ont colonisé l'Amérique du Nord et du Sud.

Au Néolithique, il y'a 10 000 ans, les migrations prennent une réelle ampleur, car directement conjuguées avec l'essor démographique produit par l'invention de l'agriculture, de la domestication des animaux et bien sûr de la sédentarisation des humains.

Antiquité

Dans l'Antiquité, les empires tels que l'Empire romain, l'Empire chinois et l'Empire perse ont connu des mouvements de population importants, souvent liés à la conquête et à la colonisation.

En Mésopotamie, les premières cités sumériennes se développent au 4ᵉ millénaire AEC, mais l'origine géographique des Sumériens demeure incertaine. La région voit ensuite se succéder et se mêler différents peuples, notamment les Akkadiens, Babyloniens et Assyriens, dont les déplacements, conquêtes et échanges participent à la formation des grandes civilisations mésopotamiennes.

Contrôler la circulation des hommes aboutit toujours à perfectionner les techniques d'identification. Dès l'Antiquité, les étrangers auxquels étaient accordés certains droits devaient prouver leur identité à l'aide de documents écrits, mais bien d'autres procédés ont existé...

Moyen Âge

Le Moyen Âge a vu des mouvements de population importants, notamment les invasions barbares en Europe et les migrations des peuples slaves et germaniques.

L'immigration viking en France a eu lieu principalement entre le 9ème et le 11ème siècle, lorsque les Vikings, des guerriers et des navigateurs originaires de Scandinavie, ont lancé des raids et des expéditions en France. En 911, le roi français Charles le Simple a accordé aux Vikings le droit de s'établir en Normandie, en échange de leur aide pour protéger la France contre d'autres envahisseurs.

La peste noire du 14ᵉ siècle a entraîné des mouvements de population. Celle-ci aurait tué entre 30% et 60% de la population européenne, ce qui a entraîné une pénurie de main-d'œuvre et une augmentation des salaires.

La migration des paysans vers les villes, où ils espéraient trouver du travail et échapper à la pauvreté. La fuite des nobles et des riches vers les campagnes, pour fuir la maladie. S'ensuivra les migrations des Juifs, accusés d'avoir propagé la maladie et persécutés dans de nombreux pays. 🤢

Aux 15ᵉ et 16ᵉ siècles

Plusieurs rois de France, comme Charles VIII et Louis XI, ont activement encouragé l'immigration d'artisans, d'ingénieurs et d'artistes étrangers. Ils ont fait venir des Italiens, des Écossais ou des Espagnols pour leurs savoir-faire, notamment en architecture, en armurerie et en soierie (comme l'établissement de la première manufacture royale de soie en France par Louis XI).

19ᵉ siècle

A Paris, lorsque l'on parlait de « diversité » ou « d'étranger » pour la population ouvrière, cela ne désignait pas les immigrés tels qu'on les conçoit aujourd'hui, mais souvent les migrants de l'exode rural, c'est-à-dire les Bretons, les Auvergnats ou les Savoyards qui venaient s'installer dans la capitale.

La France commence à devenir peu à peu un véritable pays d’immigration.

Les Belges et les Allemands frontaliers ont été les premiers immigrants importants, attirés par les opportunités d'emploi dans les industries textiles et métallurgiques du nord de la France.

Les Italiens ont commencé à immigrer en France dans les années 1850, en raison de la pauvreté et de la surpopulation, attirés par les opportunités d'emploi dans les industries de la construction et de l'agriculture du sud de la France.

Les Espagnols ont commencé à immigrer en France dans les années 1860, en raison de la guerre civile en Espagne.

Les Polonais ont commencé à immigrer en France dans les années 1880, en raison de la pauvreté et de la répression politique en Pologne.

20ᵉ siècle

La France se diversifie, plus encore après la Première Guerre mondiale, pour répondre aux besoins de reconstruction du pays. Les immigrations italiennes (communauté la plus nombreuse en 1930) et polonaises ont largement contribué à alimenter les secteurs de la mine, du bâtiment et de l’industrie sidérurgique et métallurgique.

Après la Seconde Guerre mondiale (1939–1945), des millions de personnes fuient les persécutions nazies et la guerre, notamment les Juifs, les Tsiganes et les opposants politiques.

Les études postcoloniales des années 1960 et 1970 tendent à mettre l’accent sur l’importance du lien entre colonisation et flux migratoires. Les mouvements de décolonisation en Afrique et en Asie entraînent des flux migratoires vers les métropoles coloniales.

La crise pétrolière des années 1973 entraîneune récession économique et des politiques d'immigration plus restrictives. Les pays européens ferment leurs frontières aux travailleurs immigrés et mettent en place des politiques de contrôle de l'immigration. En France, la loi du 3 juillet 1974 a suspendu l'immigration de travail et a mis en place un système de quotas pour les travailleurs immigrés.

La chute du mur de Berlin de 1989 et la fin de la guerre froide entraînent des flux migratoires importants en Europe de l'Ouest.

3. Un peu de statistiques

Pour autant, le temps long de l’histoire des migrations comme celui de l’empire colonial impriment encore leurs marques sur les données statistiques :

49 % des immigrés résidant en France proviennent de 7 pays : Algérie (12,7 %), Maroc (12 %), Portugal (8,6 %), Tunisie (4,5 %), Italie (4,1 %), Turquie (3,6 %), Espagne (3,5 %).

De même, 41 % des immigrés arrivés en France en 2019 sont nés en Afrique et 31,9 % sont nés en Europe. Ils sont plus souvent nés au Maroc (9,5 %), en Algérie (7 %), en Tunisie (4,5 %), en Italie (4,5 %), en Espagne (3,3 %), au Royaume-Uni (3,2 %), en Chine (3 %) ou en Roumanie (2,8 %).

Contrairement à une idée reçue, l'immigration n'a pas connu une explosion spectaculaire ces dernières décennies à l'échelle mondiale. Bien que le nombre de migrants internationaux, c'est-à-dire ceux qui traversent une frontière, soit passé de 93 millions en 1960 à 281 millions en 2020, cette hausse reste proportionnelle à l'augmentation de la population mondiale. Les migrants internationaux représentent 3 % de la population mondiale, une proportion relativement stable depuis 1960.

4. Un peu de stéréotypes

L'immigration constitue depuis longtemps un sujet de débat politique propice a des amalgames parfois éloignées des données disponibles. Les inquiétudes qu'elle suscite peuvent être réelles, mais elles sont aussi exploitées politiquement à travers des discours sur l'identité, la sécurité ou l'économie. Distinguer les faits des représentations permet ainsi de mieux comprendre les principaux stéréotypes associés à l'immigration.

Les stéréotypes sur les immigrés

L’immigration serait devenue incontrôlable : l’Europe serait submergée par des vagues migratoires incessantes. C'est le principe de la théorie du complot du grand remplacement, que tous les démographes déconstruisent. Selon cette-ci, la population petit à petit supplantée par des peuples extra-européens, en particulier musulmans, qui anéantiraient notre patrimoine commun.

Les immigrés plombent les comptes publics : L'immigration est désignée comme un gouffre financier qui plomberait les comptes publics. Or, selon une étude de l’OCDE, c’est tout le contraire. Les immigrés ont versé plus d’impôts et de cotisations que les États n’ont dépensé pour leur protection sociale, leur santé et leur éducation.

Les immigrés volent notre travail et font baisser les salaires : Les immigrés ne volent pas le travail des autochtones, car ils créent souvent leurs propres emplois et entreprises. Les études montrent que l'immigration a un impact très faible, voire positif, sur les salaires des autochtones.

Les immigrés ne viennent que pour les allocations et prestations sociales : Pourtant, ils bénéficient peu des aides sociales et contribuent au contraire au budget en payant des impôts et des cotisations, quand on les autorise à travailler.

La plupart des migrants sont peu instruits : Dans de nombreux cas c'est tout l'inverse, ils sont plus diplômés. Selon les pays d'origine, la différence est parfois flagrante, les immigrés venus du Royaume-Uni, de Chine, et même de Roumanie et de Pologne ont, en proportion, plus souvent suivi des études supérieures que les natifs français.

La majorité des migrants sont des hommes : Selon l'Organisation internationale pour les migrations (OIM), en 2020, les hommes représentaient 51,9% des migrants internationaux, tandis que les femmes représentaient 48,1% .

L'immigration augmente l'insécurité : les étrangers sont surreprésentés dans certaines statistiques de la délinquance, mais cela ne suffit pas à établir un lien de causalité avec l'immigration. Cet écart s'explique en partie par des facteurs socio-économiques et démographiques — âge, sexe, précarité — ainsi que par certaines infractions liées au statut des étrangers et les pratiques de contrôle. Le lien entre immigration et insécurité est donc plus complexe qu'une simple relation de cause à effet.

Les immigrés ne parlent pas la langue française : Selon l'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee), en 2020, 71% des immigrés en France âgés de 18 ans ou plus parlaient français comme langue principale ou secondaire. 29% des immigrés ne parlaient pas français, mais cela ne signifie pas qu'ils ne le comprennent pas ou ne le parlent pas du tout.

Les stéréotypes identitaires

Les Français de souche : une expression qui apparait chez l'écrivain Charles-Augustin Sainte-Beuve a une époque où la France était en train de se construire en tant que nation. Elle était utilisée pour désigner les personnes qui étaient considérées comme étant "vraiment" françaises, c'est-à-dire celles qui avaient des ancêtres français depuis plusieurs générations.

La France aux Français : slogan utilisé pour la 1ʳᵉ fois en 1892 par Édouard Drumont, un journaliste français, dans son journal "La Libre Parole". À l'époque, il visait à dénoncer l'influence des Juifs en France.

On est plus chez nous : une expression pour donner l'idée de dépossession et de perte de contrôle sur le territoire national, datant de Jean-Marie Le Pen dans les années 1980. Elle a été dénoncée par les associations antiracistes et certains partis qui estiment qu'elle contribue à créer un climat de tension et de haine envers les étrangers.

5. Un peu de politiques

Les politiques sur l'immigration

L'immigration choisie : L'immigration choisie est une politique d'immigration qui vise à sélectionner les migrants en fonction de leurs compétences, de leurs qualifications et de leurs capacités à contribuer à l'économie du pays d'accueil. Elle est souvent critiquée pour être trop sélective et pour favoriser les migrants les plus aisés et les plus éduqués. Les critiques arguent que cette politique peut entraîner une fuite des cerveaux dans les pays en développement et aggraver les inégalités économiques et sociales.

La convention de Genève : La Convention de Genève relative au statut des réfugiés, adoptée le 28 juillet 1951, est un traité international qui définit les droits et les obligations des réfugiés et des États qui les accueillent. Le principe de non-refoulement : les États ne peuvent pas renvoyer un réfugié vers un pays où il risque d'être persécuté. - La France a ratifié la Convention de Genève en 1954.

La loi asile du 26 janvier 2024 : elle est prévue pour contrôler l'immigration et améliorer l'intégration est une réforme importante du système d'immigration en France. L'idée d'Emmanuel Macron est de chercher a lutter contre l'immigration clandestine et éloigner les étrangers dont la présence est une menace pour l'ordre public.

L'identité nationale : c'est un concept qui fut remis au gout du jour par Nicolas Sarkozy, qui crée même un ministère sur ce thème en reprenant des idées du Front National. C’est la gauche, et en particulier le parti socialiste, qui met la question sur l’identité nationale à l’agenda politique dès la fin des années 1970.

6. Un peu de drames

Les morts des migrants sont un phénomène tragique et préoccupant qui touche de nombreuses personnes à travers le monde. Selon l'Organisation internationale pour les migrations (OIM), plus de 72 000 personnes sont mortes ou ont disparu en migrant entre 2014 et 2024.

Les principales causes de décès sont les noyades. Il y'a aussi les violences, les accidents de voiture et les conditions climatiques extrêmes sont également des causes importantes de décès.

Les migrants qui traversent le désert du Sahara ou la frontière entre les États-Unis et le Mexique sont particulièrement exposés à ces risques.

La mort d'Alan Kurdi, un enfant syrien d'origine kurde de 3 ans… fait l'effet d'un choc mondial et relance la question de l'accueil des migrants. D'aucuns iront même jusqu’à parler de mise en scène, mais la complosphère sera déconstruite.

Comme nous pouvons le voir, il existe de nombreuses idées reçues sur le sujet sensible de l'immigration. Et pour cause, on confond les ressentis et les faits. Et donc une fois encore la doxa et l'épistémé. Celle-ci expliquerait-elle la popularité de l'extrême droite en France, qui en fait son thème phare ?

Références

  1. Depuis quand la France est-elle une terre d’immigration ?
  2. Les migrations aux origines de notre humanité
  3. Une science des migrations est-elle possible ?
  4. Immigration : les faits plutôt que le ressenti
  5. La France face à l'immigration

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