Les partis politiques

En France, il existe toute une diversité de partis politiques.

1. Un peu de définition

En France, les partis politiques sont des associations privées dont l'objectif est de participer à la vie politique afin de conquérir et d'exercer le pouvoir. Leur statut est régi par plusieurs textes fondamentaux.

Les partis français remplissent 3 fonctions principales :

Fonction de programmation : Élaboration de propositions et d'idées politiques.

Fonction de sélection : Désignation des candidats aux élections.

Fonction d'encadrement : Lien entre les élus, les militants et les citoyens.

2. Un peu d'histoire

L'histoire des partis en France est marquée par une structuration lente, passant de groupements d'affinités à des organisations de masse.

L'émergence (1789-1848)

Sous la Révolution française, il n'existe pas de partis au sens moderne, mais des clubs (Jacobins, Cordeliers, Feuillants). Le 19ᵉ siècle voit s'affronter des courants doctrinaux plutôt que des organisations structurées.

La période 1815-1848 est caractérisée par des "familles spirituelles" plutôt que par des structures partisanes.

Légitimistes : Partisans du retour des Bourbons et de l'Ancien Régime.

Orléanistes : Partisans d'une monarchie constitutionnelle libérale (Louis-Philippe).

Républicains : Défenseurs du suffrage universel et de la laïcité.

Bonapartistes : Attachés à un pouvoir exécutif fort et direct, validé par le plébiscite.

L'usage de l'adjectif « spirituel » souligne que ces divisions ne sont pas seulement électorales, mais reposent sur des tempéraments, des cultures politiques et des visions du monde qui se transmettent de génération en génération. Durant cette période, le terme « parti » était d'ailleurs souvent plutôt perçu de manière négative, comme synonyme de « faction » divisant la nation.

La structuration (1870-1940)

La IIIe République marque la naissance des premières grandes formations :

1901 : La loi sur les associations favorise la création du Parti Radical, premier grand parti organisé français. Appuyé sur des comités locaux et des réseaux maçonniques, il devient un parti de cadres central sous la IIIᵉ République. Portée par Pierre Waldeck-Rousseau, la loi de 1901 consacre la liberté d'association et fournit un cadre juridique aux partis.

1905 : Unification des socialistes au sein de la SFIO (Section française de l'Internationale ouvrière). Sous l'impulsion de Jean Jaurès, cette unification met fin à la dispersion des courants socialistes français en acceptant les principes de la lutte des classes et de l'internationalisme. À l'inverse des radicaux, la SFIO sera un parti de masse avec beaucoup de militantisme.

1920 : Scission de la SFIO au Congrès de Tours et création du Parti Communiste Français. Ce congrès marque une rupture au sein de la gauche française, provoquée par le débat sur l'adhésion à la IIIe Internationale de Lénine (Komintern) et l'alignement sur le modèle révolutionnaire bolchevique. La Droite : Elle reste longtemps moins structurée, privilégiant des comités électoraux ou des ligues. Le refus de la forme "parti", perçue comme une source de division nationale, favorise les groupes de pression comme l'Action française (1899) ou les Croix-de-Feu (1927), qui contestent le régime parlementaire, se fédérant plutôt autour du notabilisme.

Cette absence de partis de masse à droite ne sera véritablement comblée qu'après la Seconde Guerre mondiale avec l'émergence du gaullisme.

La rationalisation sous la Ve République (1958-présent)

L'instauration du scrutin uninominal à 2 tours et l'élection du Président au suffrage universel direct (1962) imposent une rationalisation du système partisan, forçant les formations politiques à se regrouper en pôles cohérents pour accéder au pouvoir.

Les années 1960 et 1970 voient la domination de la droite gaulliste (UNR, UDR, puis RPR) face à une gauche qui s'unifie progressivement. Cette période est marquée par la refondation du Parti Socialiste au Congrès d'Épinay en 1971 sous l'impulsion de François Mitterrand et la signature du Programme commun.

L'élection de Valéry Giscard d'Estaing en 1974 introduit une nuance au sein de la majorité avec l'émergence du centre-droit, mettant fin à la stricte hégémonie gaullienne.

À partir des années 1980, le paysage politique s'élargit avec l'émergence du Front National et des mouvements écologistes, bien que la vie politique reste structurellement bipolaire entre le PS et la droite parlementaire.

Les années 2000 marquent l'aboutissement d'un bipartisme structuré, où l'alternance entre le Parti Socialiste à gauche et l'UMP à droite organise la vie politique. Cette période, bien que stable en apparence, voit l'érosion progressive des partis de gouvernement traditionnels face à la montée de l'abstention et du Front National, qui sera présent au 2ᵉ tour de l'élection de 2002.

Le cycle électoral de 2017 provoque une rupture majeure avec l'effondrement simultané des 2 grands pôles historiques. Le paysage se reconfigure autour d'une force centrale, La République en Marche, qui absorbe une partie des cadres et des électeurs de la gauche sociale-libérale et de la droite modérée, entraînant une polarisation accrue aux extrémités.

Depuis 2017, le paysage politique français tend vers une tripolarisation entre un bloc central, une droite dominée par le Rassemblement National et une gauche où La France Insoumise occupe une place importante. Cette recomposition a fortement affaibli l'ancien duel entre le PS et la droite parlementaire.

3. Un peu de comparaison en Angleterre

Le paysage politique anglais prend forme au 17ᵉ siècle avec l'affrontement entre les Whigs et les Tories. Les premiers défendent la suprématie du Parlement et des réformes libérales, tandis que les seconds soutiennent l'autorité de la Couronne et les prérogatives de l'Église anglicane. Ce duel idéologique jette les bases du système parlementaire britannique moderne.

Au 19ᵉ siècle, ces mouvements se structurent en organisations modernes : le Parti Libéral succède aux Whigs et le Parti Conservateur aux Tories. L'extension progressive du suffrage universel et l'essor industriel favorisent ensuite la création du Parti Travailliste (Labour) en 1900. Ce nouveau venu s'impose rapidement pour représenter les intérêts des travailleurs et des syndicats.

Après la Première Guerre mondiale, le Parti Travailliste supplante définitivement les Libéraux, devenant la force d'opposition majeure face aux Conservateurs. Ce système de bipartisme est renforcé par le mode de scrutin uninominal à un tour, qui favorise l'alternance directe entre la droite et la gauche tout en limitant l'influence des tiers partis.

3. Un peu de droit

Loi du 1er juillet 1901 : La majorité des partis sont déclarés sous cette forme associative. Ce statut leur permet de bénéficier de la personnalité juridique tout en conservant une grande liberté d'organisation interne.

Article 4 de la Constitution de 1958 : Il dispose que « les partis et groupements politiques concourent à l'expression du suffrage. Ils se forment et exercent leur activité librement. Ils doivent respecter les principes de la souveraineté nationale et de la démocratie. »

4. Un peu de financement

Le financement public des partis, instauré par la loi du 11 mars 1988 et réformé en 1990 et 1995, comprend 2 enveloppes. La première dépend des résultats législatifs : elle bénéficie aux partis atteignant 1 % des voix dans au moins 50 circonscriptions au premier tour. Ce montant est proportionnel aux suffrages, mais subit une décote si les obligations de parité entre candidats, renforcées par la loi du 6 juin 2000, ne sont pas respectées.

La seconde fraction est répartie annuellement selon le nombre de parlementaires rattachés à chaque formation en novembre. Ce financement public est exclusif depuis 1995, date à laquelle les dons des entreprises ont été interdits pour garantir l'indépendance des élus. Aujourd'hui, seuls les dons de personnes physiques restent autorisés dans une limite strictement plafonnée par la loi.

Le don d'une personne physique à un parti est plafonné à 7 500 € par an. Ce montant s'entend par donateur et pour l'ensemble des formations politiques, conformément à la loi n° 88-227 du 11 mars 1988 relative à la transparence financière de la vie politique.

5. Un peu d'anecdotes

Le Parti Whig et l'insulte : Au Royaume-Uni, le terme Whig (ancêtre du Parti Libéral) était à l'origine une insulte. C'est une abréviation de whiggamor, un terme écossais désignant les conducteurs de bétail. À l'opposé, Tory (Parti Conservateur) vient d'un mot irlandais signifiant "brigand" ou "poursuivi". Les 2 grands partis britanniques portent donc des noms qui étaient, au 17ᵉ siècle, des sobriquets péjoratifs.

Les symboles américains - L'éléphant et l'âne 🫏🐘 : Les symboles des partis américains découlent des caricatures de Thomas Nast au 19ᵉ siècle plutôt que de choix officiels. L’âne, initialement lié aux insultes visant Andrew Jackson, fut retenu pour illustrer l’entêtement démocrate. L’éléphant fut introduit pour représenter l’électorat républicain, perçu comme une force massive, mais parfois craintive ou maladroite. Ces illustrations satiriques ont fini par s'imposer comme les emblèmes permanents de la vie politique aux États-Unis.

Le Parti du Rhinocéros Canadien 🦏 : Au Canada, le Parti Rhinocéros (fondé en 1963) était un parti satirique dont la principale promesse électorale était de "ne tenir aucune de ses promesses". Parmi leurs propositions figurait l'abrogation de la loi de la gravité ou le remplacement de la monnaie canadienne par des chewing-gums 🫧, afin qu'elle puisse être gonflée ou dégonflée à volonté.

Le Best Party Islandais 💪 : En 2010, après la crise financière, l'humoriste Jón Gnarr a fondé le Best Party (Besti flokkurinn). Bien que présenté comme une blague (promettant des serviettes gratuites dans les piscines et un ours polaire au zoo), le parti a remporté les élections municipales de Reykjavik, obligeant les membres (des artistes et des punks) à gérer réellement la capitale islandaise pendant 4 ans.

Références

  1. Couverture : Lié au 0.9 — Politique
  2. Histoire des partis politiques : un podcast à écouter en ligne - Philippe Chassaigne, France Culture
  3. Introduction à l'histoire des partis politiques - Paolo Pombeni

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