Les sciences politiques

On pense souvent que la politique se résume aux élections et aux débats télévisés. Pourtant, derrière l'actualité, il existe une discipline rigoureuse : la science politique.

1. Un peu de définition

Les sciences politiques sont un champ d'étude qui se concentre sur l'analyse et la compréhension des phénomènes politiques, des institutions et des processus qui régissent les sociétés humaines.

Elles constituent un champ d'étude interdisciplinaire qui combine des éléments de la philosophie, de l'histoire, de la sociologie, de l'économie, du droit et de la politique comparée pour comprendre les faits politiques.

La philosophie politique étudie les grands concepts (justice, liberté, égalité, bien commun), tandis que la sociologie politique analyse les régimes et les formes de pouvoir (démocratie, autoritarisme, totalitarisme, État). Elle ne dit pas pour qui voter, mais étudie comment le pouvoir est organisé et exercé.

Le terme "politique" en soi est polysémique. Pour l'analyser rigoureusement, les spécialistes le distinguent généralement selon 3 dimensions :

Le politique (Polity) : Il désigne la dimension institutionnelle, le cadre du pouvoir (l'État, la constitution, le régime de gouvernement).

La politique (Politics) : Elle désigne l'activité humaine relative au pouvoir. C'est la vie politique, la compétition des idées entre les partis pour la conquête et l'exercice du pouvoir, dans les négociations pour résoudre les conflits.

Les politiques publiques (Policy) : Elles désignent les actions concrètes menées par les autorités publiques pour résoudre un problème social (ex: la politique du logement, la politique étrangère).

2. Un peu d'histoire

Le 18ᵉ siècle établit les fondations méthodologiques qui mèneront à la science politique. Les penseurs comme Montesquieu, Locke et Rousseau cherchent à comprendre les lois qui régissent les sociétés et les gouvernements, non plus en s'appuyant uniquement sur Dieu, mais sur la raison et l'observation.

Des ouvrages comme De l'esprit des lois de Montesquieu (1748) tentent d'analyser les systèmes politiques de manière comparative et de découvrir des lois sociales, adoptant déjà une démarche que l'on pourrait qualifier de scientifique, même si elle s'apparente à de la philosophie politique ou du droit.

Au 19ᵉ siècle, l'idée s'impose qu'il faut étudier le politique de manière empirique et objective, en se séparant la philosophie politique et le droit public. L'émergence se matérialise par la création de lieux dédiés à cet enseignement et à cette recherche, comme la fondation de l'École Libre des Sciences Politiques en 1872.

3. Les penseurs et chercheurs qui ont fait évoluer les sciences politiques

Platon (427-347 AEC) : Dans son livre La République, il cherche à définir la Cité idéale et le gouvernement juste, et critique les régimes existants (particulièrement la démocratie athénienne de son temps) comme des formes imparfaites et dégénérées.

Aristote (384-322 AEC) : L'homme est un animal politique. L'être humain est naturellement destiné à vivre en société, au sein de la Cité. Il fondera l'étude du politique sur l'observation systématique, la comparaison des faits et la recherche du régime le plus stable et modéré plutôt que sur l'idéal inaccessible.

Augustin d'Hippone (354–430) : Sa contribution majeure à la pensée politique se trouve dans son œuvre monumentale, La Cité de Dieu, rédigée après le sac de Rome par les Wisigoths en 410. L'État, bien qu'imparfait, doit être respecté pour son rôle de maintien de l'ordre, mais il n'est qu'un moyen subordonné à la recherche du salut.

Thomas d'Aquin (1225–1274) : Le but de l'État et du gouvernement est de diriger la communauté vers le Bien Commun et la Vertu. Pour lui, le meilleur régime est une monarchie tempérée par des éléments aristocratiques et démocratiques pour éviter la tyrannie.

Nicolas Machiavel (1469-1527) : Le père du réalisme politique, rompant avec la morale et la religion dans l'étude du pouvoir. Le succès du prince dépend de sa Virtu (énergie, courage, intelligence stratégique) à dompter la Fortuna (le hasard, les circonstances).

Thomas Hobbes (1588-1679) : L'état de nature est une "guerre de tous contre tous" car l'homme, naturellement mû par son égoïsme, "est un loup pour l'homme". Pour échapper à cette violence et garantir la sécurité, les individus cèdent volontairement tous leurs droits à un souverain absolu (le Léviathan).

John Locke (1632-1704) : Dans ses Deux Traités du gouvernement (1689), il pose plusieurs fondements du libéralisme politique, notamment en résistance à l'absolutisme. Il défend les droits individuels, le consentement des gouvernés et distingue les fonctions législative et exécutive.

Jean-Jacques Rousseau (1712-1778) : Dans Du contrat social (1762), il affirme que les individus s'unissent en une communauté politique gouvernée par la volonté générale. Ils passent ainsi de la liberté naturelle à la liberté civile, fondée sur des lois auxquelles ils participent.

Alexis de Tocqueville (1805-1859) : Il identifie trois dangers pour la démocratie : l'individualisme, qui éloigne les citoyens de la vie publique ; la tyrannie de la majorité, qui peut étouffer les opinions minoritaires ; et le despotisme doux, où un État protecteur mais centralisé rend progressivement les citoyens passifs et dépendants.

Émile Durkheim (1858-1917) : Il considère que le politique s'enracine dans la société et sa conscience collective. L'État contribue à sa régulation et à sa cohésion morale, notamment avec l'aide de groupes intermédiaires comme les corporations professionnelles.

Max Weber (1864-1920) : Il pose les bases d'une étude détachée des jugements de valeur en définissant l'État par son moyen spécifique, à savoir le monopole de la violence physique légitime. Son œuvre analyse les différentes formes de légitimité du pouvoir ainsi que les conséquences de sa rationalisation, via le phénomène de la bureaucratisation.

Friedrich Hayek (1899-1992) : Il se concentre sur l'idée que la liberté individuelle et l'économie de marché sont les fondements d'une société juste et prospère. Le fait politique doit être réduit à son strict minimum : l'établissement de règles abstraites qui permettent aux individus de coopérer librement dans un ordre spontané.

Hans Morgenthau (1904-1980) : Figure majeure du réalisme en relations internationales, il décrit un monde sans autorité supérieure aux États, où chacun cherche à défendre ses intérêts et sa puissance. Il explique notamment ces rivalités par une conception pessimiste de la nature humaine, marquée par la recherche du pouvoir.

Hannah Arendt (1906-1975) : Dans Les Origines du totalitarisme (1951), elle analyse comment les régimes autoritaires détruisent l'espace public et la liberté. Elle théorise ensuite la « banalité du mal » avec Eichmann à Jérusalem (1963), montrant que les pires crimes peuvent être commis par de simples exécutants dénués de sens critique.

Gabriel Almond (1911-2002) : Il développe le concept de culture politique, qui désigne les valeurs et croyances des citoyens envers la politique. Selon lui, elle permet de mieux comprendre le fonctionnement des systèmes politiques et les comportements des citoyens.

Sidney Verba (1932-2019) : Il parle du fait que la participation n'est pas qu'une question de choix individuel, mais qu'elle est fortement liée au statut socio-économique. Pour lui, si les citoyens les plus riches participent davantage, le gouvernement répondra prioritairement à leurs besoins, créant un cercle vicieux pour la démocratie.

Robert Dahl (1915-2014) : Il distingue la démocratie, conçue comme un idéal, de la polyarchie, qui désigne les démocraties réellement existantes. Celle-ci repose notamment sur deux dimensions : la contestation, qui permet l'opposition et la compétition politique, et la participation, fondée sur un suffrage largement ouvert.

John Rawls (1921-2002) : Dans Théorie de la justice (1971), il imagine le voile d'ignorance : chacun doit choisir les principes d'une société sans connaître la place qu'il y occupera. Il en déduit la garantie des libertés fondamentales pour tous et n'accepte les inégalités que si elles améliorent la situation des plus défavorisés.

Samuel Huntington (1927-2008) : Dans Le Choc des civilisations (1996), il soutient qu'après la guerre froide, les identités culturelles et religieuses deviennent une source majeure de conflits. Il divise le monde en grandes civilisations, dont les frontières constitueraient les principales lignes de tension internationale.

Pierre Bourdieu (1930-2002) : Il analyse la société comme un espace de rapports de domination où les inégalités tendent à se reproduire. Il développe les concepts d'habitus et de capitaux (économique, culturel, social), et montre comment l'école et la culture peuvent légitimer ces inégalités par une violence symbolique souvent invisible.

4. Les premiers lieux d'études politiques

En France, l'École libre des sciences politiques est fondée en 1872 par Émile Boutmy, dans le contexte de la défaite face à la Prusse et de la Commune de Paris. Boutmy entend moderniser la formation des élites françaises, dont il juge les connaissances politiques insuffisantes. L'école est l'ancêtre de l'actuel Institut d'études politiques de Paris (Sciences Po).

Aux États-Unis, le mouvement d'institutionnalisation universitaire fut significatif avec la création de la Columbia University à New York en 1880. Suivront les écoles de science politique des universités du Michigan (1910) et de Harvard (1936).

En Allemagne, la tradition des études administratives et l'émergence de la sociologie via Max Weber préparent le terrain, via des institutions comme la Deutsche Hochschule für Politik (1920) illustrant cette volonté d'institutionnalisation.

Au Royaume-Uni, la London School of Economics and Political Science, fondée en 1895, est un autre exemple majeur, bien qu'elle ait été initialement axée sur l'ensemble des sciences sociales et économiques.

5. Des débats actuels des sciences politiques

Quels sont les défis posés par la globalisation à la souveraineté des États-nations ?

Les multinationales concurrencent-elles les pouvoirs d'état ?

Le numérique transforme-t-il la nature même du pouvoir ?

Les institutions démocratiques sont-elles modernes ?

Références

Couverture : Lié au 0.9 — Politique

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