Le monarchisme

Pourquoi défendre le pouvoir d’un roi à l’époque des républiques ?
1. Un peu de définition
Le monarchisme désigne l’ensemble des doctrines et mouvements politiques favorables à la monarchie. Le mot dérive du grec monarkhía, formé de mónos (« seul ») et arkhḗ (« pouvoir, commandement »), désignant littéralement le gouvernement d’un seul.
Le monarque, chef de l’État, peut porter différents titres : roi, reine, empereur, prince ou grand-duc. Il accède généralement au pouvoir par succession héréditaire, selon des règles dynastiques, mais certaines monarchies ont également été électives, le souverain étant choisi par un groupe de princes, de nobles ou d’autres dignitaires.
La monarchie est à distinguer du monarchisme : la première est une forme de gouvernement, tandis que le second désigne l’adhésion politique à cette forme de gouvernement. Le monarchisme devient donc particulièrement identifiable lorsque la monarchie est contestée par d’autres modèles, notamment républicains.
Les termes monarchiste et royaliste sont proches, mais ne sont pas parfaitement synonymes. Le monarchisme désigne plus largement l’adhésion au principe monarchique, quel que soit le titre du souverain, tandis que le royalisme renvoie plus précisément au soutien à un roi, à une dynastie royale ou à sa restauration. Un partisan d’un empereur peut ainsi être monarchiste sans être, au sens strict, royaliste ; en France, le terme « royaliste » est notamment associé aux mouvements favorables au retour des Bourbons ou des Orléans.
Les monarchistes ne défendent pas nécessairement une monarchie absolue. La monarchie constitutionnelle limite les pouvoirs du souverain par une constitution et des institutions représentatives ; dans une monarchie parlementaire, comme au Royaume-Uni, en Suède ou en Espagne aujourd’hui, le monarque exerce essentiellement une fonction symbolique et institutionnelle tandis que le gouvernement dépend du Parlement.
Les justifications du monarchisme sont diverses. Certains défendent la monarchie au nom de la tradition, de la religion ou de la légitimité dynastique ; d’autres considèrent qu’un souverain placé au-dessus de la compétition électorale peut incarner la continuité de l’État et l’unité nationale. À l’inverse, ses adversaires lui reprochent notamment le caractère héréditaire de la fonction et lui opposent le principe de souveraineté populaire.
2. Un peu d’histoire
De la monarchie au monarchisme
Dans l’Europe médiévale et moderne, la monarchie constitue une forme de gouvernement largement répandue. En France, Louis XIV (1643–1715) devient l’une des grandes figures de la centralisation monarchique, tandis qu’en Angleterre les conflits entre la Couronne et le Parlement conduisent à la Glorieuse Révolution de 1688 puis au Bill of Rights de 1689, qui limite fortement les prérogatives royales.
Les philosophes réfléchissent également à la légitimité du pouvoir monarchique. Thomas Hobbes, dans Le Léviathan (1651), défend un pouvoir souverain très puissant sans considérer toutefois que celui-ci doive nécessairement être monarchique. À l’inverse, John Locke, après la révolution anglaise, théorise un gouvernement limité et fondé sur le consentement des gouvernés, contribuant à une conception libérale de la monarchie constitutionnelle.
Révolutions et contre-révolutions
La Révolution française (1789) constitue une rupture fondamentale. La monarchie constitutionnelle instaurée en 1791 est renversée et la République proclamée le 21 septembre 1792. L’exécution de Louis XVI en 1793 transforme alors la défense de la monarchie en véritable position politique contre-révolutionnaire.
Après la chute de Napoléon Ier, la Restauration (1814–1830) ramène les Bourbons sur le trône avec Louis XVIII puis Charles X. La révolution de 1830 instaure ensuite la monarchie de Juillet (1830–1848) de Louis-Philippe Ier, divisant les monarchistes entre légitimistes et orléanistes. Parallèlement, le bonapartisme constitue une voie originale, associant pouvoir impérial héréditaire et légitimation populaire par le plébiscite, notamment sous Napoléon III (1852–1870).
Cette opposition traverse une grande partie du 19ᵉ siècle européen, où les monarchies affrontent la montée du libéralisme et du nationalisme. Sous le règne de Victoria (1837–1901), la monarchie britannique poursuit son évolution parlementaire : tandis que le gouvernement dépend de plus en plus clairement du Parlement, la Couronne s'éloigne progressivement de la compétition partisane et renforce sa fonction symbolique d'incarnation de la continuité nationale.
Le recul et la persistance des monarchies
La Première Guerre mondiale (1914–1918) provoque l'effondrement de plusieurs grandes dynasties européennes. Nicolas II abdique en Russie en 1917, Guillaume II en Allemagne en 1918, tandis que disparaissent également les monarchies austro-hongroise et ottomane. L’Europe du 20ᵉ siècle devient ainsi progressivement beaucoup plus républicaine.
En France, le monarchisme demeure notamment représenté par l’Action française, fondée à la fin du 19ᵉ siècle et dominée intellectuellement par Charles Maurras (1868–1952). Son monarchisme nationaliste et antidémocratique exerce une influence importante sur une partie de la droite française, mais son antisémitisme et son soutien au régime de Vichy marquent profondément son héritage.
Au Japon, la restauration de Meiji en 1868 replace l’empereur au centre du nouvel État, avant que la Constitution de 1947 ne réduise son rôle à celui de symbole de la nation.
En Iran, la dynastie Pahlavi règne de 1925 à 1979, jusqu’à son renversement par la révolution islamique.
Dans le monde arabe, plusieurs monarchies disparaissent au 20ᵉ siècle, notamment en Égypte en 1953 et en Irak en 1958, tandis que d’autres se maintiennent durablement, comme en Arabie saoudite, en Jordanie ou au Maroc.
Au Brunei, petit État d’Asie du Sud-Est devenu pleinement indépendant du Royaume-Uni en 1984, le sultan Hassanal Bolkiah, au pouvoir depuis 1967, conserve des prérogatives politiques considérables. À la fois chef de l’État et chef du gouvernement, il incarne une forme de monarchie absolue contemporaine, dans laquelle le pouvoir royal demeure au cœur des institutions, contrairement aux monarchies parlementaires européennes.
3. Un peu de réflexion
De nos jours, les monarchies n’ont pourtant pas disparu. Le Royaume-Uni, l’Espagne, la Belgique, les Pays-Bas, le Danemark, la Norvège, la Suède ou encore le Japon conservent des monarchies constitutionnelles, tandis que d’autres États, notamment l’Arabie saoudite, accordent au souverain un pouvoir politique beaucoup plus important.
Le monarchisme contemporain recouvre ainsi des positions très différentes : la défense d’une monarchie parlementaire existante, la volonté de restaurer une dynastie abolie ou, plus rarement, la recherche d’un pouvoir autoritaire renforcé. Dans les régimes démocratiques, le souverain est souvent perçu comme un garant institutionnel et un vecteur de stabilité lors des crises.
C'est ainsi qu'en Espagne, après la mort de Franco le 20 novembre 1975, Juan Carlos Ier monte sur le trône le 22 novembre et accompagne la transition démocratique, un rôle renforcé par son opposition au coup d'État militaire du 23 février 1981.
De même, au Cambodge, la restauration de Norodom Sihanouk comme roi le 24 septembre 1993, dans le contexte des accords de paix et du retour à une monarchie constitutionnelle, participe à la recherche d'une unité nationale après plusieurs décennies de guerres et de violences politiques.
Par ailleurs, la mémoire monarchique ressurgit parfois dans le débat contemporain. En Iran, une partie de l'opposition en exil se rallie à Reza Pahlavi, fils du dernier Shah, érigeant une dynastie déchue en symbole d'alternative au régime théocratique.
Le monarchisme ne constitue plus un grand modèle politique universel concurrent de la république, mais il demeure une tradition politique active, capable de se réinventer entre symbole d'unité, argument d'opposition et vecteur d'influence culturelle.
2 vues · 0 vote positif
Réactions
Connectez-vous pour réagir.
Commentaires
0 message