Les multinationales

Des acteurs centraux de la mondialisation et du capitalisme, dont le poids économique dépasse désormais celui de nombreux États.

1. Un peu de définition

Les multinationales sont des grandes entreprises, passant à travers les frontières des pays pour optimiser les bénéfices de leurs activités, sans pour autant faire disparaître le rôle de ces derniers dans l'économie. Elles jouent avec les différentiels (économiques, législatifs, normatifs, etc.).

D'autres appellations existent, à l'instar de firme multinationale ou de corporation transnationale. L'Organisation de Coopération et de Développement Économiques joue un rôle pivot dans la définition de ces acteurs et la mise en place de principes directeurs pour encadrer leur conduite.

2. Un peu d'histoire

Il existe des centaines de multinationales, qui se sont progressivement imposées dans notre environnement depuis au moins la seconde moitié du 19ᵉ siècle.

La Compagnie néerlandaise des Indes orientales, créée en 1602, est souvent citée parmi les précurseurs. Elle possédait des pouvoirs régaliens (battre monnaie, préserver l'ordre, déclarer la guerre).

Suivra la Compagnie française des Indes orientales, créée en 1664 par Colbert. Se dotant de nombreux privilèges financiers, elle est chargée de créer une colonie de peuplement à Madagascar et d'établir des comptoirs en Inde, marquant les prémices de l'étatisme économique français.

La première multinationale de l'histoire est l’entreprise américaine Singer, connue pour ses machines à coudre. Elle ouvre en 1867 une usine en Écosse pour profiter d’une main-d’œuvre moins coûteuse. L'usine de Glasgow deviendra le symbole mondial de la production de masse de la firme.

Le développement des transports (vapeur, rail) et des communications (télégraphe en 1866) permettra aux entreprises de superviser des filiales lointaines. Siemens (électronique) installera des usines de fabrication à l'étranger pour contourner les barrières douanières.

John D. Rockefeller deviendra le 1ᵉʳ milliardaire de l'histoire en faisant fortune avec le pétrole, il sera connu pour sa réputation d'entrepreneur sans état d'âme, ruinant toute concurrence. Il fondera la Standard Oil of Ohio en 1870.

General Motors (automobile), fondée en 1908 pousse cette logique à l'extrême. Au lieu de simplement assembler des kits envoyés des États-Unis, le groupe rachète des constructeurs établis pour s'implanter immédiatement.

L'entre-deux-guerres marque une accélération de l'expansion avec l'émergence de géants pétroliers et agroalimentaires comme Unilever en 1929.

Après 1945, le plan Marshall favorise l'exportation du modèle de gestion américain, permettant à des firmes comme IBM (informatique) de dominer des secteurs technologiques stratégiques à l'échelle mondiale.

En 1972, le président du Chili, Salvador Allende, met en garde les États contre la puissance des multinationales. Ce pouvoir n'a fait que croître depuis, tout comme leur impunité, accusant des sociétés comme l'International Telegraph and Telephone Company et la Kennecott Copper Corporation d'avoir tenté d'empêcher son investiture et de fomenter un chaos social.

La fin des années 1990, fait naître de nombreuses start-up et attirent les investisseurs, qui voient une occasion d’affaires dans l’adoption généralisée d’Internet par la population, amorçant la naissance des GAFAM.

3. Un peu de GAFAM

Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft sont des noms connus au-delà de leurs domaines d'activité, le numérique et ses multiples applications.

Google (1998) : entreprise connue pour son moteur, qui accapare plus de 90 % des recherches dans le monde, hors Russie et Chine. L'amende record a plusieurs milliards d'euros infligée par l'Union européenne pour sa vente d'informations abusive fera date et polémique avec les États-Unis.

Facebook (2004) : entreprise fondée par Marc Zuckerberg qui possède également Instagram, Whatsapp compte plus de 2 milliards d'utilisateurs actifs.

Amazon (1994) : géant de la logistique et vente d'e-commerce fondé par Jeff Bezos, peu connu pour ses vertus syndicalistes.

Apple (1976) : entreprise fondée par Steve Jobs, connue pour ses Macs et ses Iphones. La Décomposition Internationale du Processus Productif (DIPP) explique pourquoi un iPhone est conçu en Californie, mais assemblé en Chine, avec des composants venant de partout dans le monde.

Microsoft (1975) : entreprise fondée par Bill Gates, qui s'impose grâce à son système d'exploitation présent dans plus de 90 % des machines de la planète, éclipsant Linux hors du secteur des serveurs et des supercalculateurs.

Ces entreprises pratiquent de plus en plus l'ubérisation du travail, un modèle popularisé par Uber, qui transforme le statut des travailleurs en prestataires indépendants, n'ayant quasiment aucun droit.

Elle possèdent même des câbles sous-marins de fibre optique, contrôlant ainsi matériellement la circulation de l'information mondiale.

4. Un peu d'économie

Le chiffre d'affaires de géants comme LVMH (produits de luxe) ou Samsung (électronique) rivalise avec le PIB de nations développées. Les multinationales comme Shell (pétrole) mettent les États en compétition fiscale, poussant à baisser les impôts ou à assouplir le droit du travail.

En fragmentant leur production sur plusieurs continents, 3M (équipementier) ou Airbus (aéronautique), optimisent leurs coûts de main-d'œuvre et de matières premières, rendant les économies locales dépendantes de leurs décisions stratégiques.

Près d’1/5 des bénéfices mondiaux sont déclarés dans des paradis fiscaux comme le Luxembourg, Jersey, l'île Maurice, loin des lieux où l’activité économique se déroule, dans un but d'optimisation fiscale, voir d'évasion. Une perte pour les États de plus de 100 milliards $ par an.

Le chiffre d'affaires de Walmart ou de Saudi Aramco peut se comparer au PIB de pays comme la Belgique ou le Nigeria.

5. Un peu d'entrisme

Par le financement de think tanks et la présence à Bruxelles ou Washington, les multinationales participent à la rédaction des normes (environnementales, fiscales, sociales). Des banques d'affaires comme Goldman Sachs ou des cabinets de conseil influencent les décisions politiques.

Le rachat de Monsanto par Bayer illustre la concentration dans l'agrochimie. En France, la puissance de la famille Mulliez ou de Vincent Bolloré dans les médias et la logistique pose la question des contre-pouvoirs.

Le développement de tribunaux d'arbitrage privés permet aux entreprises de poursuivre des États si des politiques publiques (comme une nouvelle loi écologique) menacent leurs profits attendus. On peut y voir un parallèle avec la guerre juridictionnelle.

Si elles affichent des engagements éthiques, le greenwashing ou le genderwashing (Total, Glencore) sont souvent utilisés pour prévenir des réglementations contraignantes pour garder une image positive.

La marque Shein (textile), impose des algorithmes addictifs tout en participant a une forme de génocide culturel contre les Ouïghours en Chine.

6. Un peu d'hégémonie

Les multinationales sont nombreuses : Ferrero, Bayer, Société générale, Bosch, Coca-Cola, Intel, Heineken, Ford, Mattel, Schneider, Nestlé…

Certaines entreprises n'hésitent pas à falsifier des données scientifiques, comme La firme Philip Morris, qui a tronqué volontairement les études montrant que le tabac pouvait donner des cancers.

BlackRock, dirigée par Larry Fink, est la plus grande société de gestion d'actifs au monde. Le groupe se trouve dans plus de 60 villes à travers 27 pays, connu pour son entrisme auprès de la Commission Européenne et son greenwashing.

Face aux crises (pandémies, tensions géopolitiques), certains États tentent de reprendre le contrôle, à l'instar de la politique industrielle menée sous Donald Trump pour sécuriser les approvisionnements et assurer leur souveraineté.

En Chine, la montée des BATX (Baidu, Alibaba, Tencent, Xiaomi), de constructeurs comme BYD, Nio ou la firme du texte Shein tente de briser les monopoles occidentaux.

Dans le cadre du capitalisme de surveillance, l'hégémonie repose aujourd'hui sur la propriété intellectuelle (brevets) et le contrôle des données (Big Data). En maîtrisant les infrastructures numériques, ces entreprises imposent leurs propres standards techniques et juridiques.

L'hégémonie repose aussi sur le contrôle des données et des infrastructures de défense avec des entreprises américaines comme Palantir et Anduril, spécialisées dans la sécurité et la surveillance.

7. Un peu de pop culture

Les jeux vidéos comme Cyberpunk 2077, illustrent des futurs dystopiques où les entreprises remplacent les structures étatiques.

Le film de James Cameron, Avatar met en scène une société minière, la Resources Development Administration Corporation, qui n'a aucun remord à détruire une planète, ses habitants et ses arbres pour exploiter ses ressources.

De nombreuses autres œuvres cinématographiques et littéraires montrent les abus potentiels des grandes firmes et l'ampleur des dérives : Terminator, Alien, Robocop, Jurassic Park, Blade Runner, Matrix, 1984, Wall-E…

8. Un peu de réflexion

La captation de la valeur ajoutée par les actionnaires des grandes firmes accentue les écarts de richesse, tant à l'intérieur des pays qu'entre le Nord et le Sud global.

En France, les auteurs du livre Le grand détournement estiment que le montant total des aides publiques (subventions, exonérations de cotisations patronales, niches fiscales) atteint désormais 270 milliards € par an.

Aux Pays-Bas, des solutions contre les algorithmes de Facebook ou Instagram existent pour lutter contre les abus du contrôle de l'information et de la vie privée.

Au niveau mondial, des lois anti-trust tentent de gérer les influences des milliardaires comme Elon Musk (SpaceX, Tesla) qui imposent l'idéologie transhumaniste.

Face à l’hyperpuissance des multinationales, l'éthique et les contre-pouvoirs sont nécessaires. Des initiatives comme l'impôt mondial minimum appuient l'idée du devoir de vigilance cherchant à limiter l'impunité des firmes.

Le rôle des ONG (comme Oxfam ou Amnesty) et des lanceurs d'alerte qui sont souvent les seuls à pouvoir dénoncer les pratiques de greenwashing ou d'évasion fiscale grâce à des fuites de données (Panama Papers, etc.).

Les multinationales représentent l'idée même du monopole qui ne veut pas voir la concurrence exister. On pourrait penser qu'elles sont un peu comme les béhémoths, des créatures monstrueuses de la Bible qui dévorent tout, symbolisant une puissance incontrôlable que rien ne semble arrêter.

Les solution seraient-elles que que nous passions a des lois éthiques plus réfléchies et appliquées comme la Taxe Zucman : une proposition visant à instaurer un impôt annuel de 2 % sur la fortune totale des milliardaires propriétaires des multinationales à l'échelle mondiale pour lutter contre l'évasion fiscale et les inégalités.

Références

  1. Vincent Bolloré sera jugé en décembre à Paris pour "corruption d'agent public étranger" au Togo - Francetvinfo
  2. Avec Donald Trump, l’image des multinationales du numérique s’est réaméricanisée - Alexandre Piquard, Le Monde
  3. De quoi les GAFAM sont-ils le nom ? - Serge Sur, Cairn
  4. Shein, la mode sans aucun complexe - Radio France
  5. Paradise Papers - Alexandre Pouchard, Le Monde
  6. Criminels climatiques - Mickaël Correia, Scholar
  7. Les milliardaires - Germinou, Quora

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