L'islamisme

D'aucuns ne distinguent pas islam et islamisme, mais le -isme fait pourtant toute la différence.

Introduction

On pourrait penser que ces 2 mots désignent exactement la même chose, alors que non, pas tout à fait. D'un côté certains identitaires non-musulmans, et de l'autre des musulmans eux-mêmes ne font pas la distinction.

Les médias grand public font parfois eux-mêmes l’amalgame entre islamisme, salafisme et djihadisme. Une chatte n'y retrouverait pas ses petits ! 😺

1. Un peu de sémantique

L'islamisme est un courant à la fois religieux et politique qui cherche à organiser la société selon une interprétation de l'islam considérée comme normative, en faisant de la charia la principale source du droit. Il critique généralement la sécularisation et certaines valeurs associées à la modernité occidentale, tout en utilisant largement les outils modernes pour diffuser son projet politique.

Certaines réflexions ont servi de base à des mouvements fanatiques, radicaux, extrémistes et même terroristes. C'est pourquoi l'islamisme ainsi identifié est considéré par la plupart des musulmans modérés comme une forme pervertie et fanatisée de l'islam.

Le terme est utilisé surtout à partir des années 1970 par les analystes pour éviter l'emploi des mots fondamentalisme et intégrisme. Ce dernier désignant une lecture littéraliste du Coran sans recours à l'exégèse, toute évolution de doctrine y est impossible.

L'islamisme actuel s'exprime surtout par un refus ou une réticence à adopter les caractéristiques de la modernité occidentale que l'islamisme cherche à combattre, voire éliminer. Il se retrouve à la fois chez les chiites et les sunnites.

2. Un peu de catégorisation

Les islamistes peuvent aussi se classer en plusieurs camps.

Ceux qui souhaitent prendre le pouvoir par des élections (parmi lesquels se rangeraient aujourd’hui les islamistes tunisiens d’Ennahda).

Ceux qui, sans prôner la violence, n’excluent pas d’y arriver au moyen d’une révolte populaire ou d’un coup d’État.

Ceux qui prônent la lutte armée, inspirés par l'écrivain Sayyid Qutb, exécuté par pendaison en 1966. Certains voient dans les combattants de Daech les héritiers de cette thèse.

3. Un peu d'histoire

Au 18ᵉ siècle, le théologien arabe Mohamed ibn Abd al-Wahhab (1703-1792) pourrait être considéré comme le précurseur de l'islamisme. Il affirme que seule la religion qu'il professe est le véritable islam, prévalent sur les autres.

Au 19ᵉ siècle, le théologien égyptien Mohamed Abduh (1849–1905) essaie de réformer l'islam en le modernisant par la culture et l'éducation, mais sans succès. Il critiquait trop son gouvernement, et finit en exil.

Selon le politologue Haoues Seniguer, l'islamisme commence à naitre au lendemain de l'abolition du califat par Atatürk en 1924. Ce qui déstabilisera la quasi-entièreté du monde musulman, pendant près d'un siècle.

En 1928, la confrérie des frères musulmans est fondée par l'instituteur Hassan Al-Banna (1906–1949) en Égypte. Il souhaite reconstruire la oumma et lutter contre l'influence culturelle issue de la colonisation britannique.

Dans les années 1950, la pensée de Sayyid Qutb (1906-1966) marque de nombreuses organisations, des Frères musulmans aux salafistes djihadistes, et contribuer à radicaliser l'islam politique en inspirant des groupes comme Al-Qaïda et l'État islamique.

En 1953, Taqiuddin al-Nabhani (1909–1977) fonde le parti politique Hizb ut-Tahrir en Jordanie, un mouvement islamiste transnational qui se propose de rétablir le califat. Il aura même des répercussions jusqu'en Indonésie.

En 1967, la guerre des 6 jours en Israël marque un renforcement du sentiment islamiste, alors que paradoxalement les arabes sont divisés après leur défaite.

En 1979, la révolution iranienne marque l'avènement idéologique de l'islamisme à l'échelle de tout un pays, dans sa capacité politique à imposer la pseudo-histoire.

En 1979 également, on verra naître le courant djhidadiste, les guerres d'Afghanistan opposeront les moujahiddines et talibans sur le long terme. Ces derniers amènent progressivement l'islam politique à la population, et interdira même le droit à l'éducation des filles en 2021.

En 1980, un coup d’État bouscule la vie politique de la Turquie et amorce la “synthèse turco-islamiste”, qui ouvre la voie à l’essor de l’islam politique dans le pays.

En 1981, le président de la République arabe d'Égypte, Anouar al-Sadate (1918-1981), victime d'une fatwa, est assassiné par des extrémistes religieux.

En 1987, le Hamas est fondé comme branche palestinienne des Frères musulmans. Son idéologie s'inscrit dans la tradition des Frères musulmans tout en intégrant une forte dimension nationaliste palestinienne. Au fil des années, le mouvement développe une alliance stratégique avec l'Iran, qui lui apporte un soutien financier, militaire et logistique malgré leurs divergences doctrinales entre sunnisme et chiisme.

En 1989, la liberté d'expression incarnée par l'écrivain Salman Rushdie ne plaira pas à l'ayatollah Rouhollah Khomein qui lancera une fatwa contre lui.

La “décennie noire” (1992-2002) est l’un des épisodes les plus sanglants de l’histoire de l’Algérie. Cette guerre civile qui a vu s'affronter l'armée et les islamistes a fait entre 100 000 et 200 000 victimes, en laissant de profonds traumatismes.

En 2001, l'organisation terroriste Al-Qaïda fait parler d'elle avec les attentats du World Trade Center. Oussama Ben Laden (1957–2011) devient l'ennemi n°1 en faisant l'objet d'une longue traque.

En 2009, la secte islamiste Boko Haram véhicule l'interprétation salafiste de la charia dans tout le nord du Nigéria. Elle fait des milliers de morts, tout en diabolisant la culture occidentale.

En 2011, les Printemps arabes débouchent sur des victoires électorales de partis politiques liés aux fréristes dans plusieurs pays. Les répercussions de cette mouvance iront du Maghreb jusqu'au Qatar.

En 2014, la ville irakienne de Mossoul connait le sort tragique d'Alep. Le gouvernement irakien à majorité chiite tenait de récupérer le symbole de ce qui fut 4 années durant la capitale religieuse de l'État islamique. Abou Bakr akl-Baghdadi (1979–2019) s'y autoproclamant calife.

Conclusion

En 2025, dans le contexte du conflit israélo-palestinien, les islamistes ont montré leur capacité à imposer leur idéologie au plus grand nombre. Ils sont même arrivés au pouvoir, également par les urnes, dans plusieurs endroits du monde musulman :

Soudan (1989- ), Palestine (2006-2007), Tunisie (2011-2014), Maroc (2011–2021), Égypte (2012-2013)… et donc non pas uniquement par l'imposition guerrière, comme en Iran ou en Afghanistan.

Gageons que si l'islam avait réussi l'une de ses réformes d'ouvertures à la culture, l'islam libéral serait plus populaire et réduirait l'influence islamiste. La solution passera par l'idée de populariser davantage de culture pour les musulmans eux-mêmes quelque soit leurs obédiences. On pourrait ainsi parler des islams au pluriel.

Références

  1. Islam et islamisme, le grand flou
  2. La fabrique de l'islamisme

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