Le littéralisme

Le littéralisme est un terme qui désigne les lectures littérales des textes au 1ᵉʳ degré de la lettre. C'est l’attachement scrupuleux à la lettre tel quel dans toute traduction.
1. Un peu d'histoire
Dans le judaïsme ancien, l’herméneutique utilise le Midrash, une méthode d’interprétation de la Bible hébraïque d'examination profonde des textes, permettant de structurer des lois juives réfléchies.
1. Le Midrash halakhique : Ils s’occupent de l’exégèse des textes de l’Exode au Deutéronome. Ils ont surtout une orientation juridique et s’efforcent de montrer que la Halakha a sa source dans l’Écriture.
2. Le Midrash aggadique : Il comporte l’interprétation, l’illustration ou le développement, sous forme morale et didactique des parties non juridiques de la Bible.
3. Le Midrash Tehillim : Il interprète le Livre des Psaumes. L’ouvrage se compose de 2 sections qui se distinguent par leur langue et leur style : la 1ʳᵉ section, la plus ancienne, contient des midrashim sur les Psaumes 1-118. La 2ᵉ section, ajoutée ultérieurement, propose des midrashim sur les Psaumes 119-150. Les 2 sections englobent une gamme de styles et de méthodes d’interprétation.
4. Les Midrashim indépendants : ils ne suivent pas l’ordre du découpage traditionnel de la Torah ou des chapitres des Écrits ou des Prophètes. Ils ont leur propre logique, conservant à la fois récits et règles de vie.
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Origène, théologien chrétien et surtout père de l’exégèse biblique du 3ᵉ siècle parlait déjà à son époque des différents sens de l'écriture.
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Pour lui, le texte sacré possède une structure analogue à celle de l’être humain. (Le Livre IV du Traité des Principes d’Origène). La Lectio divina est une forme de lecture spirituelle, qui se fonde sur la méthode des 4 sens de l’Écriture.
Par ailleurs, on oublie souvent les étymologies comme les choix des figures du discours. Ce qui fait qu'on fait abstraction de toutes les différentes formes d'humour semées au long du texte biblique.
En outre, le christianisme a développé la méthode des 4 sens en s'appuyant initialement sur la Septante. Bien que cette version grecque tente de restituer le texte hébreu — y compris par de nombreux calques syntaxiques —, elle constitue une « adaptation culturelle et linguistique au monde hellénistique, qui déplace parfois les nuances sémantiques de l'original hébreu. »
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S’appuyant sur la division de Paul de Tarse (1 Th 5, 23), il distingue 3 niveaux de lecture fondamentaux :
Le sens somatique (le corps) : C'est le sens littéral et historique, le récit au premier degré, accessible à tout lecteur.
Le sens psychique (l'âme) : C'est le sens moral ou tropologique, qui concerne l'édification de l'âme et la conduite de la vie.
Le sens pneumatique (l'esprit) : C'est le sens spirituel, qui dévoile les mystères profonds du dessein divin.
L’allégorie est l’outil indispensable qui permet de passer du "corps" du texte à son "esprit". Il considérait que certaines contradictions ou impossibilités dans le récit littéral (comme un Dieu se promenant physiquement dans un jardin) étaient des "pierres d'achoppement" volontairement placées par l'Esprit pour forcer le lecteur à dépasser la lettre et à chercher une vérité plus haute.
Cette tripartition initiale a jeté les bases de ce qui deviendra, au Moyen Âge, la méthode plus formalisée des 4 sens de l’Écriture (littéral, allégorique, tropologique et anagogique), sur laquelle se fonde encore la Lectio divina.
En témoigne également, la PaRDeS, la version juive des 4 sens de l'écriture (pchat : premier, réméz : allusion, drach : recherche, sod : secret), qui postule que la "lettre" n'est que l'écorce. S'y arrêter, c'est ignorer la sève. 🌿
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Le créationnisme, en tant que mouvement idéologique et militant opposé aux sciences modernes, n'existait pourtant pas avant le 19ᵉ siècle ; auparavant, la lecture littérale de la Genèse relevait simplement d'une représentation du monde partagée, et non d'un dogme de combat. Dans ce même siècle, le théologien protestant Émile Guers (1794–1882) dénonçait déjà les dangers du littéralisme dans les prophéties bibliques.
Le littéralisme est né, aux lendemains de la guerre de Sécession (1867), quand les églises conservatrices du sud des USA refusaient "la science allemande de la Bible" qu'on nomme de nos jours "exégèse historique et critique".
2. Un peu de réflexion
Contrairement aux idées reçues, le littéralisme n'a jamais été la norme unique des textes religieux, seuls les fondamentalistes croient cela. Toute personne qui s'intéresse à penser les 4 sens de l'écriture, sait qu'il ne faut pas les lire de la même manière que des manuels de kits de montage de meubles Ikea, comme l'expliquent des théologiens comme Tareq Oubrou.
Il est certain que si l'on prend les textes de la Genèse au pied de la lettre avec nos mentalités contemporaines, on ne peut y voir qu'un Dieu méchant et punisseur. Alors que les hébraïsants, de part leurs connaissances linguistiques, voient cela comme un test éthique subtil.
Dans les croyances athées, croire en Dieu, c'est comme croire au Père Noël, or celui-ci est un personnage de folklore, qui n'a rien à voir avec la théologie. D'après la philosophe Mazarine Pingeot, l'infantilisation est même l'un des dangers potentiels du littéralisme.
L'herméneutique, méthode scientifique d'interprétation des textes, est donc nécessaire. La polysémie des mots et la restitution des contextes socioculturels est indispensable.
La tension est forte entre la nécessité de lire à la lettre et en même temps d'interpréter pour avoir du sens, mais les lettrés s'en préviennent toujours pour ne tomber dans le sempiternel piège de l'anachronisme.
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