La cindynique

Certaines idées peuvent être potentiellement moins innocentes et plus dangereuses qu'elles en ont l'air.

1. Un peu de définition

Du grec ancien kíndunos (« danger »). Les cindyniques sont à la base les sciences des risques et dangers industriels, mais celles-ci peuvent être étendues aux idées, voire aux idéologies. Certaines étant plus dangereuses que d'autres, l'innocence n'est parfois qu'apparente.

Ces dangers peuvent être propagés via des propagandes d'infoguerres par exemple. Mais pas que, on pense aux pseudo-sciences, aux doxas, aux complotismes… etc.

2. Un peu d'histoire

La cindynique a été formalisée à partir de 1987, notamment par l'ingénieur français Georges-Yves Kervern (1935–2008). Initialement centrée sur les risques industriels et technologiques majeurs, elle étudie les situations de danger à travers les "déficits cindyniques" (manque de communication, culture d'infaillibilité, décalages épistémologiques). Kervern a rapidement envisagé l'extension de cette méthode à une cindynique des conflits, s'intéressant aux causes idéologiques ou socioculturelles.

3. Des complots dangereux

Les théories du complot peuvent aller loin dans les dangers. Le grand remplacement qui a inspiré des meurtres de masse comme au tueur de Christchurch en Nouvelle-Zélande en 2019. Les doxocrates voulant faire passer cette théorie comme quelque chose de constatable, évident et scientifique.

Le dénigrement antiscientifique des vaccins contre le Covid-19 a incité des gens à ne pas se vacciner, et donc à mourir, ce qui peut se voir comme criminel. Les charlatans, livres complotistes et documentaires sensationnalistes ont œuvré à cela.

La désinformation sur les vaccins, les études en santé publique (notamment de l'OMS et de l'Inserm) confirment qu'une baisse de la couverture vaccinale induite par la désinformation est corrélée à une augmentation de la mortalité évitable lors des vagues épidémiques.

4. Des athées de forum dangereux

Certains athées de forum montrent des limites à la liberté d'expression et la liberté de culte, comme une forme d'intolérance qui peut se structurer pour interdire les religions, comme cela s'est vu par le passé, quand on pense par exemple aux crimes athées ou au refus de l'enseignement laïque du fait religieux.

5. Des pseudo-sciences dangereuses

Le psychologisme nuit à la rationalité en réduisant les phénomènes sociaux à de simples mécanismes individuels, au mépris de la sociologie. Ce travers rappelle les dérives de la fin du 19ᵉ siècle, époque où la phrénologie — aujourd'hui reconnue comme une pseudo-science — était encore prise au sérieux. Le psychologisme moderne, que l'on observe fréquemment sur les forums, en est le pendant contemporain : un reliquat de cette tendance à vouloir expliquer des comportements complexes par des théories simplistes ou biaisées.

Les jéhovistes quand ils refusent les transfusions sanguines mettant en danger des vies humaines à cause de leur doctrine fondamentaliste. Celle-ci voulant se placer comme supérieure à la médecine dans cette logique.

En 2025, en France la désinformation médicale a atteint un tel niveau de dangerosité, que le ministère de la santé a décidé de mettre les moyens pour lutter contre.

6. Des modes dangereuses

Sur Tik Tok, réseau social le plus populaire au monde, et autres réseaux, de nombreuses modes dangereuses persistent sans qu'il n'y ait un travail éthique derrière :

La mode du zizi qui se montre pouvant attirer pervers et humilier les plus fragiles.

Le mode des portes forcées dans les fast-foods exaspèrent les employées.

La mode des starters packs qui est une mode consumériste nuisible au réchauffement climatique.

La mode des investissements hasardeux (finluenceurs) dans les cryptomonnaies pouvant ruiner des jeunes sous-informés des risques.

6. Les propagandes d'infoguerres

Dans les conflits israélo-palestinien et russo-ukrainien, vouloir informer sur les guerres en cours à un impact sur les idées, sauf que l'informateur est rarement du côté de la neutralité axiologique, et a choisi l'un des 2 camps pour orienter l'opinion.

Dire que les israéliens commettent un génocide sur les palestiniens ou que ce n'est pas la Russie qui a envahi l'Ukraine servant à envenimer la situation. On a appris récemment par une enquête de Franceinfo qu'une agence russe travaille activement à la désinformation par intérêt financier et politique.

7. Un peu de réflexion

Le développement d'une cindynique des conflits s'intéressant aux causes idéologiques ou socioculturelles a été envisagée en 1987 par l'ingénieur français Georges-Yves Kervern (1935–2008).

Le même type d'événement peut, selon les époques, les milieux socioculturels, les idéologies, les individus, être grave, sérieux ou de peu d'importance, être un risque réel pour certains, fantasmé pour d'autres.

Où est le mal nous dira-t-on ? Homo sapiens aime parler, beaucoup parler. Souvent sur les réseaux sociaux, il aime à se lâcher à toutes sortes d'idées et partager des liens rapidement tels des "virus culturels", rapidement imitables par effet de mimétisme, mais parfois ou trop souvent complètement irréfléchis ?

Les cyndiniques posent en premier lieu des questions d'ordre épistémique, axiologique, déontologique, téléologiques. Les idéologies dangereuses basées sur une ostracisation de l'autre n'ont jamais manqué qu'ils s'agissent du nazisme ou du bolsonarisme par exemple… ?

Reste à avertir le grand public des dérives socioculturelles actuelles sans qu'il le prenne mal. Bien souvent, diffuser des informations à grande échelle sur les réseaux en se répétant est plus dangereux que ça en a l'air. On n'est jamais à l'abri du premier endoctrinement ou embrigadement venu.

Cela se traduit par des déficits culturels : cultures de l’infaillibilité, du simplisme, de la non-communication et du nombrilisme ; et les déficits organisationnels comme le refus de se coresponsabiliser de ses propos par décalage épistémologique.

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