Le fondamentalisme juif

Chaque courant religieux a sa dérive fondamentaliste, bien qu'il soit minoritaire, le judaïsme ne fait pas exception.

1. Un peu de définition

Apparu en 1795, le terme « orthodoxie » est un calque chrétien souvent remplacé par Haredim ou Yahadout HaTorah. Ce mouvement rejette la modernité pour préserver une tradition immuable et aligner la société sur les commandements divins.

Le judaïsme orthodoxe privilégie l’orthopraxie via une application stricte de la Halakha dans tous les domaines. En l’absence de dogme centralisé, l’autorité rabbinique absolue dicte les codes vestimentaires et les comportements quotidiens.

Ce courant impose une séparation sociale marquée et place l’étude de la Torah au sommet des priorités. La subordination totale de la vie privée et publique aux lois scripturaires définit le fondamentalisme juif.

2. Un peu d'histoire

19ᵉ siècle

Le courant "Haredim/ultra-orthodoxe" émerge au début du 19ᵉ siècle en Europe, menée par le rabbin Moses Sofer (1762-1839). Ce dernier s'oppose à la Haskala (les Lumières juives) en martelant que « Tout ce qui est nouveau est interdit par la Torah ».

En 1819, il devient le chef de file de l'opposition au mouvement de réforme du judaïsme (notamment lors de la controverse du Temple de Hambourg) : Le temple introduit des changements radicaux pour l'époque : liturgie en allemand (et non plus seulement en hébreu), usage de l'orgue et chorale mixte…

Ce qui déclenchera une violente opposition des rabbins orthodoxes locaux et européens, posant les bases du fondamentalisme contemporain en refusant tout compromis avec la modernité.

À la fin du 19ᵉ siècle, le rabbin Samson Raphael Hirsch (1808–1888) théorise une "orthodoxie" conciliant loi juive et modernité, tandis que le courant ultra-orthodoxe s'isole par rejet du monde séculier.

20ᵉ siècle

Au lendemain de la Shoah, le rabbin Avrohom Yeshaya Karelitz (1878-1953), s’établit en Israël pour y rebâtir le monde des académies talmudiques, alors presque totalement anéanti en Europe.

Il obtient en 1948 du Premier ministre David Ben Gourion (1886–1973) l'exemption du service militaire pour les étudiants en religion. Cette décision permet le développement d'une « société d'étudiants » (environ 400) totalement dévouée à l'étude des textes sacrés.

Le paysage bascule en 1967 quand le sionisme religieux, autrefois modéré, se radicalise sous l'impulsion du rabbin Zvi Yehouda Kook (1891-1982), pour devenir un nationalisme messianique plaçant la conquête territoriale au sommet des impératifs divins.

3. Un peu de politique

Le "sionisme religieux radical" se focalise sur la dimension territoriale et la rédemption : L'installation sur la terre biblique devient un impératif divin supérieur aux lois civiles, ou même le droit international.

La montée de ces mouvements influence les équilibres politiques, notamment en Israël, ou l'entrisme est fortement présent. Cette dynamique interroge la définition de l'identité nationale entre démocratie et théocratie. Le conflit entre droit civil et loi divine demeure le point de tension central.

L'observance rigoureuse du Shabbat et la séparation des sexes renforcent l'identité du groupe. Ces pratiques génèrent toutefois des tensions avec la société laïque sur le service militaire. Le financement des écoles religieuses reste également un sujet de friction majeur.

Les lignes de bus "Mehadrin" imposent une séparation stricte où les femmes s'assoient à l'arrière des bus pour éviter tout contact avec les hommes. Cette pratique découle d'une interprétation radicale de la "Tsniout" (pudeur), visant à exclure la mixité de l'espace public selon la loi religieuse. Bien que jugée illégale par la justice civile, cette ségrégation persiste dans les quartiers ultra-orthodoxes comme norme sociale et religieuse absolue.

4. Un peu de coutumes

Les ségoulot sont des remèdes spirituels et talismans utilisés pour attirer la bénédiction ou se protéger du "mauvais œil" par des gestes rituels. Des coutumes comme ne pas enjamber un enfant ou porter un fil rouge visent à écarter les démons et les malheurs du quotidien. Ces pratiques, bien que folkloriques, sont intégrées à la vie ultra-orthodoxe comme des protections complémentaires à l'étude de la Torah.

Si ces pratiques existent, il est utile de noter qu'elles font l'objet de débats internes. Une partie des autorités rabbiniques les considèrent avec méfiance, les percevant parfois comme proches de la superstition, alors que l'étude de la Torah reste la valeur suprême et "pure".

5. Un peu de conflit

Le fondamentalisme juif a transformé la perception du territoire en Cisjordanie. Depuis 1967, la terre n'est plus considérée comme une monnaie d'échange politique, mais comme un legs divin inaliénable. Cette sacralisation de la géographie rend tout compromis diplomatique complexe, car l'évacuation de colonies est perçue par ces groupes comme une transgression religieuse majeure.

Sur le plan institutionnel, l'influence de ces mouvements s'est consolidée par une présence stratégique au sein du gouvernement israélien actuel. Des ministres issus de partis radicaux contrôlent désormais des leviers clés tels que les finances, la sécurité nationale et l'administration civile des territoires occupés.

Dans cette optique de fondamentalisme messianique, l'olivier palestinien, par sa longévité, fait obstacle à la « rédemption » de la terre en matérialisant une présence autochtone continue. L'application du code foncier ottoman de 1858 permet alors de transformer ce lien historique en vide juridique : en entravant l'accès aux récoltes au nom de la sécurité des colonies, ces courants favorisent la requalification des vergers en « terres d'État » au 21ᵉ siècle.

Dans le cadre de l'actualité, Bezalel Smotrich et Itamar Ben-Gvir dirigent le courant Hardal, un fondamentalisme d'action alliant ultra-orthodoxie et nationalisme messianique. Cette idéologie perçoit l'État et la souveraineté territoriale comme des outils concrets destinés à accomplir la rédemption divine. Par leur présence au gouvernement, ils orientent la politique israélienne vers une expansion territoriale accélérée et une transformation religieuse des institutions.

Les courants fondamentalistes exacerbent les tensions identitaires avec le monde musulman. Ce durcissement idéologique alimente un cycle où les revendications religieuses s'excluent mutuellement, sans issue négociée.

Dans une autre idée, une analogie avec l'Iran semble permise, car elle vise à substituer la loi divine au droit civil, transformant une démocratie libérale en une nomocratie régie par la religion. Les 2 projets utilisent l'entrisme institutionnel pour imposer un contrôle social strict, la ségrégation des sexes et la primauté de l'autorité religieuse sur l'État. Cependant, l'absence de clergé centralisé dans le judaïsme rend ce projet plus fragmenté que la structure théocratique monolithique de l'Iran.

Références

  1. Haredim - Israël : Pourquoi les juifs orthodoxes ne veulent-ils pas servir dans l'armée israélienne (et quel est le lien avec la politique du pays) ? - BBC
  2. Guerre dans la bande de Gaza : Bezalel Smotrich et Itamar Ben-Gvir, les hommes d'influence de l'extrême droite israélienne - France TV Info
  3. Les juifs ultra-orthodoxes, paradoxe israélien : épisode 16/11 du podcast Israël-Palestine : les mots de la guerre - France Culture
  4. Familles et dissidences dans l’ultra-orthodoxie israélienne - Érudit

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