Les orthopraxies

Des lois et des modes de vie avant tout.
1. Un peu de définition
Étymologiquement, orthopraxie : ortho==> droit, juste ; praxis==> pratique.
La praxis se rapporte spécifiquement à toute activité humaine et s'oppose à la théorie, alors considérée comme abstraite. Comme adjectif, il désigne ce qui est utile ou commode pour une action efficace et caractérise des hommes aussi bien que des procédés, des règlements, etc.
Dans l'usage philosophique, la pratique se distingue de la contemplation tournée vers ce qui est éternel et immuable et n'est donc pas accessible à l'action humaine, qui s'exerce toujours sur un donné changeant et modifiable.
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L'orthopraxie est un concept souvent exploré dans les études religieuses, ainsi que dans certaines discussions sur la santé et le bien-être, ou l'on se réfère à la pratique correcte ou à l'exécution appropriée des rituels et des comportements.
Contrairement aux orthodoxies, qui met l'accent sur les croyances correctes, l'orthopraxie souligne l'importance de l'action juste et des pratiques appropriées. L’objet de ces religions n’est pas de “croire”mais “d'être”.
Elle désigne l'observance stricte des rites, des cérémonies et des commandements prescrits par une tradition ou une foi spécifique. Cela signifie que l'accent est mis moins sur les convictions intérieures individuelles, que sur l'adhésion visible aux normes et aux rituels établis de la communauté.
Elle se distingue par son focus sur la conformité aux pratiques et aux comportements qui sont jugés bénéfiques ou nécessaires au sein d'un cadre culturel, religieux, ou de bien-être spécifique, mettant en lumière l'importance de l'action et de la pratique dans la réalisation des objectifs personnels ou communautaires.
2. Un peu d'exemple
À la différence des christianismes, par leurs constructions via la doxa aristotélienne et ses dogmes ; les autres religions comme le judaïsme, l'islam, le bouddhisme et l'hindouisme… n'ont pas construit de doxa et sont spécifiquement des orthopraxies.
Dans le judaïsme, la Torah est la loi, mais on applique la Halakha : C'est la jurisprudence produite par réflexion sur la loi et ses cas d'application, qui peut se traduire par "cheminement".
Dans l'islam, après avoir discuté la loi, la Sharia est le corpus de textes dans lequel puise la loi islamique mais on applique le Fiqh : qui désigne la même chose que la Halakha, et se traduit par "compréhension". Elle se discute au filtre des 4 écoles juridiques dans le sunnisme et 2 dans le chiisme.
Le philosophe Christian Brouwer, dans l’introduction de Hérésies : une construction d’identités religieuses (2015), met l’accent sur la corrélation originelle, la construction réciproque de l’hérésie et de l’orthodoxie.
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Dans le catholicisme romain, on a des doctrines, définies par des autorités, revendiquant un caractère originel, la transmission véridique sans altération, l’unité et l’universalisme (la catholicité), mais même l’orthodoxie ainsi définie comprend toujours aussi une orthopraxie réglant la pratique du culte.
Le rapport à l'autorité doctrinale n'est pas uniforme au sein du monde chrétien. Le catholicisme romain se distingue par sa centralisation pyramidale. À l'inverse, le monde évangélique, né de la rupture protestante, récuse cette structure cléricale et le culte des saints pour se focaliser sur l'autorité de la Bible. Quant aux orthodoxes ou aux épiscopaliens, ils fonctionnent selon un modèle collégial et synodal bien plus horizontal, où l'autorité est partagée entre les évêques et les assemblées plutôt que concentrée entre les mains d'un chef unique.
Pour bien faire la différence, ces orthopraxies n'imposent pas un appareil de dogmes rigides ni une autorité centrale comparable à celle du pape. Elles s'articulent autour d'un pilier théologique majeur — l'unicité divine — et laissent la jurisprudence régler la vie quotidienne sans chercher à standardiser les consciences par une doctrine officielle.
Des codes de bonnes pratiques existent dans toutes les professions ; elles le nomment le plus souvent "déontologie". Les orthopraxies dans lesquelles il n'y a rien à croire et qui organisent un style de vie répondant à un code de lois assorti d’une jurisprudence.
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