La théorie du ruissellement

La relation entre le taux d'imposition et les recettes fiscales, montre qu'un taux trop élevé décourage l'activité au point de réduire les revenus de l'État.
La « théorie du ruissellement » (trickle-down theory) repose sur l'hypothèse selon laquelle les allégements fiscaux consentis aux entreprises et aux hauts revenus stimulent l'investissement privé, favorisant une dynamique de croissance dont les retombées bénéficient, à terme, à l'ensemble du corps social.
En France, ce cadre d'analyse a cristallisé les débats dès 2017 lors de la suppression de l'Impôt sur la fortune au profit de l'Impôt sur la fortune immobilière et de la mise en œuvre du prélèvement forfaitaire unique.
1. Un peu d'histoire
Bien que le terme soit souvent attribué de manière informelle à l'humoriste Will Rogers dans les années 1930 pour critiquer la politique de Herbert Hoover, la base théorique de ce mécanisme remonte au 19ᵉ siècle.
C'est l'économiste français Jean-Baptiste Say qui, en 1803, formule la « loi des débouchés », postulant que l'offre crée sa propre demande. Toutefois, la théorisation moderne sous forme de « politique de l'offre » (supply-side economics) émerge véritablement dans les années 1970 avec l'économiste Arthur Laffer.
Ce dernier popularise l'idée qu'une réduction des taux d'imposition des plus hauts revenus peut stimuler l'activité économique au point de compenser la perte de recettes fiscales initiales, un principe schématisé par la « courbe de Laffer ».
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La mise en œuvre concrète de la politique de l'offre atteint son apogée dans les années 1980 avec les « Reaganomics » aux États-Unis et le thatchérisme au Royaume-Uni.
Ronald Reagan : Dès son arrivée à la Maison-Blanche en 1981, il applique une réduction drastique du taux marginal d'imposition (passant de 70 % à 28 % en quelques années) et une dérégulation massive. L'idée était de libérer le capital pour favoriser l'investissement privé.
Margaret Thatcher : Au Royaume-Uni, elle mène une politique similaire de baisse de la fiscalité directe et de privatisation, visant à briser ce qu'elle considérait comme l'assistanat de l'État-providence pour restaurer les mécanismes de marché.
2. Un peu de macronisme
Bien que ses détracteurs qualifient sa politique de ruissellement, Emmanuel Macron récuse le terme, lui préférant le concept de « premier de cordée ».
La métaphore de la cordée (octobre 2017) : « Si l'on commence à jeter des cailloux sur les premiers de cordée, c'est toute la cordée qui dégringole. » Cette vision suggère que la réussite des entrepreneurs et des investisseurs est le moteur nécessaire qui entraîne le reste de la société par la création d'activité.
L'investissement productif : L'exécutif défend une politique de l'offre plutôt qu'un simple transfert de richesse. L'objectif affiché est de réorienter l'épargne des Français vers les entreprises nationales plutôt que vers l'immobilier ou les placements étrangers.
Ce positionnement est soutenu par le Medef, pour qui la baisse de la pression fiscale est la condition sine qua non de la compétitivité et de la restauration des marges de manœuvre des employeurs pour favoriser l'embauche.
3. Un peu de critique
L'opposition politique et certains économistes dénoncent ce qu'ils considèrent comme une application stricte du ruissellement, sans effets probants sur le pouvoir d'achat des plus modestes.
Par exemple, la suppression de l'ISF a favorisé une hausse des dividendes versés aux actionnaires plutôt qu'un ruissellement massif vers l'économie réelle. On observe que le capital ne ruisselle pas, s'il est placé dans des paradis fiscaux ou utilisé pour des rachats d'actions au lieu de l'investissement productif.
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Certains économistes, comme Joseph Stiglitz, évoquent un ruissellement vers le haut (trickle-up). Selon cette vision, c'est l'augmentation du pouvoir d'achat des classes moyennes et populaires qui stimule la consommation, laquelle pousse les entreprises à investir et à embaucher, enrichissant in fine les propriétaires du capital. C'est le fondement des politiques de relance par la demande.
4. Un peu d'études
FMI (2015) : Un rapport du Fonds Monétaire International a souligné que lorsque les revenus des 20% les plus riches augmentent, la croissance du PIB diminue à moyen terme, suggérant un effet inverse au ruissellement attendu.
LSE (2020) : Des chercheurs de la London School of Economics ont analysé 50 ans de baisses d'impôts pour les riches dans 18 pays développés. Leur conclusion est que ces mesures augmentent les inégalités sans avoir d'effet significatif sur la croissance ou le chômage.
France Stratégie (2023) : Un rapport conclut qu'il est impossible d'affirmer que la suppression de l'ISF a stimulé l'investissement productif, malgré une baisse des expatriations fiscales.
5. Un peu de réflexion
Dans les faits, peu d'économistes revendiquent le terme « ruissellement », qui est souvent une étiquette politique péjorative. La science économique parle plutôt de politique de l'offre.
L'idée n'est pas que l'argent « tombe » mécaniquement des poches des riches vers les pauvres, mais que la baisse des coûts de production (fiscalité, charges) augmente la capacité d'autofinancement des entreprises, ce qui doit stimuler l'investissement et, par extension, l'emploi.
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