La pauvreté


"La pauvreté n'est pas un problème, c'est un symptôme. Le problème, c'est l'inégalité." Joseph Wresinski
1. Un peu de définition
Le mot "pauvreté" vient du latin "paupertas", qui signifie "pauvreté, indigence". "pauper" est lui-même dérivé du latin "pau", qui signifie "peu", et "par", qui signifie "égal". L'idée est donc que le pauvre est celui qui a peu de choses, pas très égalitaire, qui est dépourvu de ressources.
Au Moyen Âge, elle désigne la condition de celui qui est dans la misère, la précarité ou la vulnérabilité. Aujourd'hui, le mot "pauvreté" est utilisé pour décrire une situation de précarité ou de vulnérabilité, que ce soit sur le plan économique, mais aussi social ou culturel.
2. Un peu d'histoire
Antiquité
Les sociétés anciennes ont développé des systèmes de charité et d'assistance pour les pauvres :
La pauvreté dans l'Égypte antique n'était pas vue comme un vice, mais plutôt comme le résultat de l'échec de la Maât (soit par un manque d'ordre gouvernemental, soit par la défaillance des crues du Nil), et l'État (ou les temples) était l'organe désigné pour la combattre.
À Rome, l'État pouvait distribuer du grain à travers la cura annonae. Cependant, les sources historiques mentionnent peu les pauvres en tant que tels, l'accent étant plutôt mis à l'inverse sur les réseaux d'évergétisme et les devoirs de largesse des grandes fortunes.
Le "christianisme primitif" exalte la pauvreté volontaire, dans l'idée d'imiter Jésus, et fait de l'aumône une vertu essentielle. Le pauvre est considéré comme une figure du Christ, digne de respect et de soutien. Au concile de Nicée en 325, il est prescrit aux évêques de disposer dans chaque ville d'un Xenodokheion, où les voyageurs et les pauvres sont hébergés et soignés.
Les Grecs
En Grèce, les esclaves et les métèques (étrangers) étaient souvent dans une situation de pauvreté. Les cités-états grecques avaient des systèmes de charité et d'assistance pour les pauvres. Les temples et les sanctuaires offraient souvent de la nourriture et un abri aux pauvres. Les riches citoyens étaient attendus à contribuer à la charité et à l'assistance aux pauvres.
Les Grecs distinguaient deux formes de dénuement qui impliquaient des jugements moraux et des statuts sociaux très différents : le pénès, l'indigent fier qui subsiste par son activité quotidienne (ergon), et le ptochos, le mendiant marginalisé, dépendant d'autrui et plongé dans la honte.
Dans le système censitaire d'Athènes, les citoyens libres étaient divisés en 4 classes selon leur production agricole annuelle. Les thètes représentaient la classe des citoyens les plus pauvres.
Sous Périclès, la misthophoria était une indemnité journalière versée aux citoyens pour leur participation aux tribunaux de l'Héliée et au Conseil, l'indemnité d'assemblée n'intervenant qu'au 4ᵉ siècle AEC. Des distributions de grain subventionnées pouvaient avoir lieu lors des crises.
Des distributions de grain subventionnées ou gratuites (souvent lors de crises) pouvaient avoir lieu, mais elles étaient généralement ponctuelles ou le fruit de la générosité privée (évergétisme).
Moyen Âge
La pauvreté est exacerbée par les guerres, les épidémies et les famines. Cependant, l'Église catholique a joué un rôle important dans l'assistance en développant les hôpitaux et les structures monastiques, formalisant l'idée d'un salut accessible aux riches par l'aumône.
Considérés comme paresseux ou immoraux, les "mauvais" pauvres ont pu être incriminés, surtout quand ils étaient valides ou pratiquaient la mendicité agressive. À l'inverse, la doctrine des pauperes christi rappelait les devoirs d'aide envers les veuves, les orphelins et les malades.
On trouve également des ordres mendiants prônant la pauvreté volontaire, comme les Dominicains et les Franciscains, dans l'idée d'imiter le dénuement évangélique.
Époque moderne
À l'époque moderne, la pauvreté de masse se développe, augmentant avec l'urbanisation et l'industrialisation. Cette dernière crée le prolétariat et un nouveau type de dénuement : la pauvreté laborieuse. Des familles entières, bien qu'actives, vivent néanmoins dans une misère profonde due aux bas salaires.
Associés à la montée des mouvements contestataires, les pauvres sont de plus en plus perçus à travers le prisme des "classes dangereuses" , déplaçant la question sociale au centre des débats politiques.
Au 19ᵉ siècle, la pauvreté n'était pas décrite comme l'absence d'activité, mais comme l'impossibilité de se procurer le minimum vital par celle-ci. Des réformes sociales embryonnaires apparaissent avec les premières lois sur le travail des enfants et les caisses de secours mutuel.
L'industrialisation a ainsi créé un paradoxe : une misère non pas due à l'inaction, mais à l'exploitation et à la faiblesse du pouvoir d'achat face à l'essor des villes, renforçant l'idée d'une pauvreté purement structurelle.
En Angleterre, la loi sur les pauvres (Poor Law) de 1834 crée des workhouses, des établissements de travail rigoureux où les indigents pouvaient aller pour recevoir de l'aide et un abri en échange d'un labeur obligatoire.
Époque contemporaine
En 1945, la création de la Sécurité sociale intervient à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Portée par l’élan du Conseil national de la Résistance, la France aspire à bâtir une société solidaire tout en cherchant à relancer la dynamique démographique.
En 1964, le président américain Lyndon B. Johnson lance la "Guerre contre la pauvreté" (War on Poverty) dans son discours sur l'état de l'Union, engageant plusieurs réformes législatives majeures.
Dans les années 2000, alors que les très hauts patrimoines connaissent une croissance soutenue, les objectifs du Millénaire pour le développement des Nations Unies fixent pour but de réduire la pauvreté de moitié dans le monde.
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De nos jours, on parle surtout de "taux de pauvreté" et de" seuil de pauvreté". On le calcule sur des références assez précises pour que ce soit comparable, au moins entre pays "occidentaux".
Dans l'Union européenne, une personne sur cinq exposée à un risque de pauvreté ou d'exclusion sociale.
3. Dom Helder Câmara, ou les 3 violences
Dom Helder Câmara (1909–1999) fut une figure emblématique de l'Église catholique et un ardent défenseur des pauvres. Son approche de la pauvreté est souvent associée à la théologie de la Libération, qui interprète l'Évangile comme un appel à la libération sociale et économique des pauvres.
Il ne considérait pas la pauvreté comme une fatalité ou un simple objet de charité, mais comme une injustice systémique et une violence structurelle du système politique.
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Il fut connu pour sa distinction entre 3 types de violence, qui expliquent la persistance de la pauvreté :
La Violence Numéro 1 (V1) : La Violence Structurelle. C'est la source principale. C'est la pauvreté institutionnalisée, les conditions d'injustice sociale (faim, misère, analphabétisme, manque de soins) imposées par un système économique et politique qui privilégie une minorité. Pour Dom Helder, c'est la pire des violences.
La Violence Numéro 2 (V2) : La Révolte. C'est la réaction violente et désespérée des opprimés à l'injustice structurelle (V1). Il la comprenait, mais ne l'encourageait pas.
La Violence Numéro 3 (V3) : La Répression. C'est la réaction des puissants pour étouffer la révolte (V2) et maintenir le statu quo (V1).
Il interpellait régulièrement les pays développés et les élites brésiliennes sur le "miracle" que constituait l'inégalité : « Quand je donne à manger aux pauvres, on m'appelle un saint. Quand je demande pourquoi ils sont pauvres, on me traite de communiste. »
Cette citation encapsule sa conviction que l'action contre la pauvreté doit aller au-delà de la simple charité pour exiger un changement radical des structures sociales et économiques.
Le Groupe des « Petits Frères » : Pour lutter contre la V1, il a promu la formation de petites communautés de base (les « Petits Frères »), invitant les prêtres et les laïcs à vivre humblement parmi les pauvres pour partager leur réalité et les organiser de manière non-violente.
Pour Helder Câmara, la pauvreté était un péché social nécessitant non pas de la pitié, mais une justice sociale radicale et un engagement non-violent pour transformer les systèmes oppressifs.
4. Un peu de français
Vincent de Paul (1581–1660) a laissé un héritage caritatif important, avec notamment la Congrégation de la Mission, et les Filles de la Charité.
Vers la fin du 18ᵉ siècle, de par leurs analyses, Saint-Simon et Jean-Jacques Rousseau ont eu un impact intellectuel considérable. Critiquant de la propriété privée, ils jetteront les bases des réformes sociales et politiques.
Henri Grouès (1912–2007), prêtre catholique, fut connu pour son appel radio de hiver rigoureux de 1954, des milliers de personnes ont répondu à l'appel et incitera le gouvernement a créé de nombreuses cités HLM.
Joseph Wresinski (1917-1988), autre prêtre catholique, sera le fondateur de ATD quart monde en 1957 qui montrera que les pauvres sont aussi des êtres humains qui ont des aspirations et peuvent avoir des droits.
Simone Veil (1927–2017) a exercé une influence décisive sur les structures médico-sociales françaises, notamment lors de son retour au ministère des Affaires sociales de 1993 à 1995. Son action a consolidé les dispositifs d'accès aux soins pour les plus démunis, complétant l'architecture de solidarité nationale dont le Revenu minimum d'insertion, introduit en 1988 par le gouvernement de Michel Rocard, constituait le pilier central avant de devenir le RSA.
5. Un peu d'anecdotes
Le roi Louis IX de France fut connu pour fréquenter les hôpitaux (comme l'Hôtel-Dieu de Paris) et les maladreries (léproseries), on dit qu'il les lavait et les invitait à sa table pour manger. 🍴
L'écrivain anglais Charles Dickens a écrit une lettre à un ami pour lui demander de l'argent pour aider une famille pauvre qu'il avait rencontrée. La lettre a été publiée dans un journal et a suscité une vague de générosité qui a permis de collecter des fonds pour aider la famille.
Au début du 20ᵉ siècle, des figures de la presse et du commerce comme John Wanamaker et William Randolph Hearst décident de donner des cadeaux de Noël à des enfants pauvres de New York.
En 1930, le chef de la pègre de Chicago, Al Capone, a ouvert l'une des soupes populaires les plus connues de la ville pendant la Grande Dépression aux États-Unis… non sans avoir eu l'idée de redorer son blason.
6. Un peu de statistiques
De nos jours, on parle surtout de "taux de pauvreté" et de" seuil de pauvreté". On le calcule sur des références assez précises pour que ce soit comparable, au moins entre pays "occidentaux". Dans l'Union européenne, une personne sur cinq exposée à un risque de pauvreté ou d'exclusion sociale.
La pauvreté est un problème mondial qui touche environ 700 millions de personnes, soit 9% de la population mondiale, vivant avec moins de 2,15 dollars par jour. L'Afrique subsaharienne est la région la plus touchée, avec près d'un Africain sur deux vivant dans la pauvreté.
Les chiffres clés de la pauvreté dans le monde :
- 713 millions de personnes vivent avec moins de 2,15 dollars par jour
- 1,783 milliard de personnes vivent avec moins de 3,65 dollars par jour
- 3,574 milliards de personnes vivent avec moins de 6,85 dollars par jour
- 60% des personnes extrêmement pauvres vivent en Afrique subsaharienne
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Selon les données fondées sur les relevés de ressources, le taux de pauvreté en France atteint 15,4 % en 2025, ce qui représente 9,8 millions de personnes. Les chômeurs et les familles monoparentales restent les catégories les plus exposées, avec des taux de pauvreté respectifs de 36,1 % et 34,3 %.
Selon les données du Secours Catholique (basées sur les revenus de 2022/2023), le taux de pauvreté en France en 2025 atteint 15,4%, soit 9,8 millions de personnes, un niveau record depuis 1996.
Références
- Lutte contre la pauvreté : les politiques publiques sont-elles efficaces ? - France Culture
- Comment parlait-on des pauvres dans l'Antiquité grecque ? - France Culture
- Vivre ou survivre dans la rue ? Une histoire de la pauvreté - France Culture
- Le pauvre et ses doubles au Moyen Âge ou la transfiguration de la domination sociale - HAL
- Soigner pour sauver son âme - Historia
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