Le Medef

Devrait-on restreindre le MEDEF pour améliorer le dialogue social ?
1. Un peu de définition
Le MEDEF, ou Mouvement des entreprises de France, exerce une influence significative sur le gouvernement français depuis sa création en 1998, en tant que successeur du Conseil national du patronat français (CNPF), fondé en 1946.
Depuis sa création, cette organisation a eu une influence notable sur les gouvernements successifs, notamment sous les présidences de Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy, François Hollande et Emmanuel Macron.
Ses priorités immédiates restent focalisées sur la compétitivité, le coût du travail et la simplification réglementaire.
2. Un peu d'histoire récente
Le tournant de la rigueur
En 1983, le gouvernement Mauroy décide d'opérer un tournant radical dans sa politique économique et de se rallier à une conception plus libérale. Le « tournant de la rigueur » est l'événement fondateur de cette période.
Il marque l'abandon de la politique de relance keynésienne du début du septennat socialiste, pour s'aligner sur les contraintes économiques et financières internationales (maintien dans le Système Monétaire Européen, lutte contre l'inflation…).
C'est le moment où la France, sous un gouvernement de gauche, adopte de facto les grandes lignes d'une politique de désinflation compétitive et d'ouverture aux marchés, typiques du néolibéralisme.
Après Mitterrand
Dans le même cadre idéologique, Jacques Chirac et son Plan Juppé de 1995, amorceront une nouvelle rigueur après l'austérité d'Edouard Balladur pour réformer la Sécurité sociale, qui fera pérenniser les idées du patronat.
Nicolas Sarkozy, son successeur, suivra en s'alliant avec le Medef, rajoutant de l'identitaire pour copier le succès de la droite nationale en 2002. On se souvient de la loi TEPA de 2007, et des autres grandes lignes libérales (compétitivité, allègement de la fiscalité du capital, recherche de flexibilité).
François Hollande a suivi sous couvert de social-libéralisme, en faisant plusieurs cadeaux au patronat : La loi Rebsamen (2015), qui réduit le dialogue social et les instances représentatives du personnel. Sans compter les mesures d'allègement du coût du travail (comme le CICE – Crédit d’Impôt Compétitivité Emploi – ou le Pacte de responsabilité) et de la "loi travail de 2016", dite El Khomri.
3. Un peu d'influence
L'idéologie du MEDEF qui peut se décrire comme du néolibéralisme appliqué méprive ouvertement les acquis sociaux et favorise les inégalités économiques, en promouvant le libre-échange et la privatisation à tout-va.
En France, le MEDEF est l'acteur principal (interprofessionnel), aux côtés d'organisations moins écoutées comme la CPME (PME) et de l'U2P (artisans/professions libérales). Dans les autres pays, il existe des équivalents potentiels au MEDEF :
Italie : la Confindustria (Confederazione Generale dell'Industria Italiana)
Allemagne : le BDI (Bundesverband der Deutschen Industrie)
Royaume-Uni : la CBI (Confederation of British Industry)
États-Unis : US Chamber of Commerce
4. Un peu de réflexion
Politiquement, le gouvernement français, pourrait ne pas tenir compte des opinions du MEDEF, en distinguant les patrons créateurs d'entreprises, et les patrons héritiers qui n'ont aucun mérite particulier, si ce n'est celui de "faire croire" par effet de surmédiatisation, qu'ils génèrent des emplois au nom de la sainte croissance.
Les français votant massivement pour la même idéologie d'obédience économique libérale, cela ne peut donc pas fonctionner pour régler les violences socio-économiques qui font leur lit sur la pauvreté, le chômage et l'inflation.
L'histoire des "élites économiques françaises" montre que certains individus ou familles issues (ou alliées) à l'ancienne noblesse ont pu se fondre dans le grand patronat, jouant ainsi un rôle, y compris son prédécesseur et, par extension, le MEDEF. On pense à Ernest Antoine Seillière ou Geoffroy Roux de Bézieux.
Selon un sondage, 35% des Français voient le MEDEF comme un élément de blocage de la société française. L'organisation est souvent perçue comme défendant davantage les intérêts des chefs d'entreprise que des entreprises elles-mêmes, ou encore comme étant "sourde aux colères sociales".
Maintenant, peut-on dire que tous les présidents de la 5ᵉ République depuis au moins François Mitterrand ont été pris dans un « cadre idéologique et systémique libéral dominant », et que la pourrait être en quelque sorte le "mal politique moderne" ?
Références
- Le néolibéralisme a favorisé la montée en puissance des valeurs réactionnaires
- Jacques Chirac et l’économie : relation conflictuelle et bilan mitigé
- Entreprises : à quoi sert vraiment le Medef ?
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