La haine des juifs

Les détestations envers les juifs ne datent pas d'hier, mais elles peuvent prendre différentes formes culturelles.

Introduction

Une haine est une détestation viscérale, voire une volonté de détruire. Elle désigne un sentiment d'aversion ou de répulsion envers un individu ou un groupe.

Dans le contexte de la culture musulmane et du conflit israélo-palestinien, la stigmatisation des juifs est particulière et nécessite des rappels historiques pour mieux comprendre comment elle s'est construite différemment de l'antisémitisme occidental.

1. La haine coranique

Si le Coran contient des passages polémiques sur les juifs, d’autres donnent une vision plus positive des "enfants d’Israël". Cette ambivalence rend impossible une lecture univoque du texte sacré de l’islam, explique l’islamologue de confession juive Meir M. Bar-Asher.

Cette lecture qui n'anathémise personne est peu connue du grand public, car le fondamentalisme progressant dans les idées depuis le 19ᵉ siècle a pris l'ascendant dans l'inconscient collectif.

2. Du 19ᵉ siècle à la 2ᵉ guerre mondiale

Des accusations de crime rituel sont attestées à Beyrouth (1824), Antioche (1826), Hama (1829), et surtout à Damas (1840). L'idée que les Juifs assassinaient des enfants chrétiens afin d'utiliser leur sang dans la préparation des pains azymes de Pâques, était pourtant étrangère à la tradition islamique.

En 1834, le Pogrom de Safed pourrait être considéré comme un événement précurseur des violences des musulmans contre les juifs en Palestine mandataire, dans le contexte des rivalités européennes.

En 1903, Les protocoles des sages de Sion auront eu une importance mondiale dans la structuration de l'antisémitisme musulman, alors que tout le consensus historique décrit ce document comme un faux produit dans le contexte de la désinformation russe de l'époque.

En 1929, les massacres d'Hébron, font suite à des rumeurs selon lesquelles les Juifs essayeraient de conquérir les lieux saints de Jérusalem. Le journaliste Muhammad Rashid Rida (1865-1935) commencera à diffuser le faux.

En 1941, Hitler convia à Berlin le grand mufti de Jérusalem, Haj Amin al-Husseini, au moment même où les nazis entreprirent l'assassinat en masse des Juifs. Ce qui lui permit de déclarer avec enthousiasme, en 1943, que « les Allemands savent comment se débarrasser des Juifs ». Le dirigeant national arabe palestinien souligne ainsi le lien idéologique entre Allemands et musulmans.

Durant le conflit entre 1947 et 1948, certains des Juifs de certains pays arabes furent l’objet de persécutions et leurs biens furent confisqués. Les indépendances des pays du Maghreb font confisquer des biens aux juifs avec expulsions.

3. 1967 et après

En 1967, la guerre des 6 Jours intensifie la diabolisation des Juifs, en particulier parmi les intégristes musulmans. La perte d'un territoire considéré "islamique" par la conquête de la ville "sainte" de Jérusalem par les Israéliens suscitent un sentiment d'humiliation collectif.

Par la suite, les intégristes les plus convaincus exacerbèrent et affûtèrent l'image traditionnelle du sionisme et des Juifs pour en faire quelque chose de si ignoble et si pervers qu'ils ne pouvaient mériter qu'une éradication totale.

Cette haine de la fin des années 1960 était déjà génocidaire dans ses implications. Quasiment tous les "théologiens" arabes réunis au Caire en 1968 présentèrent les Juifs comme des « ennemis de Dieu et de l'humanité » ; comme une racaille criminelle, et non comme un peuple.

Curieusement, les dhimmis juifs auparavant sans défense réussirent à créer un État, capable de vaincre plusieurs armées arabes sur le champ de bataille. Cette humiliation culturelle ressentie pourrait s'expliquer comme tentative de détournement des traumatismes infligés à la psyché arabe par le savoir-faire technologique et militaire israélien.

La victoire juive devenant un symptôme du malaise et de la dégradation de l'islam, de son incapacité à recouvrer les sources religieuses de sa gloire passée et à relever les défis posés par une modernité occidentale décadente.

Le djihad contre Israël se devant de défendre l'inaliénable « sol sacré musulman » (Waqf) de Palestine, envers les Juifs, mais aussi les Américains.

4. 1988 et après

En 1988, le mythe du complot juif constitue un élément extrêmement important de la charte palestinienne adoptée par le Hamas.

En 1995, l'affaire Garaudy, suscitée par la parution de son livre Les Mythes fondateurs de l'Israël moderne (qui prétend que les Juifs ont inventé la Shoah à des fins politiques et financières), est révélatrice en ce qu'elle montre la vitalité d'un renouveau négationniste dans le monde arabo-musulman, qui se montre aussi bien dans le Djihad islamique palestinien, que dans la doctrine iranienne.

En 1999, le ministre syrien de la Défense, Mustapha Tiass répétait encore l'affirmation qu'il avait développée dans Le Pain azyme de Sion, selon laquelle l'affaire de Damas de 1840 se fondait sur le "fait établi" que les Juifs fanatiques commettaient des crimes rituels.

En 2001, pour les fréristes, le 11 septembre n'était rien moins qu'un "châtiment divin". L'islam fondamentaliste nourrit la même aspiration totalitaire pseudo-messianique à l'hégémonie mondiale que le nazisme allemand et le communisme soviétique.

En 2003, certains dirigeants arabes comme Saddam Hussein estiment que « la Palestine est arabe et doit être libérée du fleuve à la mer, et tous les sionistes qui ont émigré en terre de Palestine doivent partir ».

5. La haine iranienne

En 1979, se produit la révolution iranienne qui crée le début de la discorde entre l'Iran et Israël alors que ces 2 pays s'entendaient bien auparavent. La montée de l'intégrisme religieux fait de l'Iran une théocratie.

L'ayatollah Rouhollah Khomeini (1902–1989) favorise l'établissement d'un régime autoritaire basé sur du fondamentalisme, dans lequel les partis modérés, laïques ou religieux, et les partisans de gauche sont arrêtés et condamnés par les tribunaux islamiques avant d'être exécutés.

Toutefois, la haine de remonte à l’année 1963, bien avant la guerre des 6 Jours. Sa doctrine étant construite bien avant la chute du Shah. En 1969, il développe même l'idée d'un gouvernement panislamique, influencé par les thèses des fréristes, notamment en traduisant les œuvres de Sayyid Qutb.

C’est l'influence de l'antisémitisme occidental, absent de la tradition chiite qui a permis de rendre constance à son idéologie, adoptant ainsi certaines idées d’après lesquelles les Juifs ont toujours été hostiles à l’islam, en se basant sur des faux à l'instar des Protocoles des Sages de Sion. Le but d’Israël consisterait alors à s’emparer des "terres d’Islam".

Le devoir religieux de libérer Jérusalem s’y conjugue à la formation d’une internationale anti-impérialiste : dans le refus de l’injustice faite aux Palestiniens par les "sionistes" : américains, juifs, arabes…

En 2005, Mahmoud Ahmadinejad organise des colloques avec des pseudo-historiens comme Robert Faurisson pour nier la Shoah. Ce discours ouvertement pseudo-historique va jusqu'à accuser les juifs d'avoir volé la terre des palestiniens. Le président iranien a donc fait du négationnisme un axe stratégique de propagande politique.

6. La haine frériste

Les fréristes haïssaient les juifs en raison de l'idée stéréotypée que les Juifs sont les descendants de singes et de porcs, il faut inculquer aux enfants la haine des Juifs. Des voix se font même entendre en Égypte pour réclamer la restauration de la taxe dhimmi abolie à la fin du 19ᵉ siècle par un empire ottoman affaibli.

Les Frères Musulmans ont pour ainsi dire "modernisé" cette haine, mais de manière passive. Hassan el Banna (1906–1949), qui fonda le mouvement en 1928, s’est employé à la transformer en une doctrine virulente qui s’intégrait à la fois dans son rêve de voir renaître le Califat, et dans son combat contre l’occupation britannique de l’Égypte, et l’influence des valeurs grandissante de l’Occident.

El Banna développe ses thèses dans d’innombrables écrits. Pour lui, les Juifs sont les vecteurs du changement et de l’occidentalisation ; ils sont responsables du déclin de l’Occident et de l’Islam. Il correspond même avec Hitler et fait traduire en arabe Mein Kampf sous le titre "Mon Jihad".

Le poète Sayed Qutb (1906–1966), souvent appelé père de l’idéologie des Frères et grand-père des mouvements jihadistes d’aujourd’hui. Dans une repensé des valeurs, le théoricien de la Confrérie, est celui qui va jeter les bases religieuses du combat contre les Juifs.

Conclusion

En 2025, l'histoire idéologisée du roman national palestinien catalyse tout ce stress socio-culturel, pour ne pas toujours dire haine.

Sans l'Iran idéologisé qui finance le Hamas, la propagande des Protocoles, le stéréotype du peuple élu, le fondamentalisme… nous n'en serions pas dans l'État actuel du conflit Israélo-palestinien.

Mais devrait-on réellement parler de haine, ou plutôt de stigmatisation générée aussi bien par de la pseudo-histoire, que de la pseudo-anthropologie, que de la contre-culture ?

Références

  1. Antijudaïsme ou antisémitisme en contextes islamiques ?
  2. L'antisémitisme musulman : un danger très actuel
  3. L'Iran et Israël, de l'amitié à l'hostilité

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