L'accusation du vol des terres palestiniennes

Un cliché de propagande d'infoguerre qui revient souvent.

Introduction

Sur les réseaux sociaux, les défenseurs déclarés de la cause palestinienne disent souvent que les Israéliens, voire les sionistes ont volé les terres historiques des palestiniens : tel est le mantra que les islamistes propagent par la pseudo-histoire.

1. Les terres palestiniennes

2 choses sont importantes à savoir en premier lieu :

Il n'y a pas eu de vol, mais un achat historique de terres qui s'est fait progressivement depuis le 19ᵉ siècle, suivi d'un découpage territorial fait sous l’égide des Nations Unies en 1947, pour tenter d'amener le calme.

Il n'y a pas de "terres palestiniennes", car il n'y a jamais eu d'État palestinien. Les "arabes palestiniens" cela n'existe pas avant 1967, c'est une création identitaire. L'activiste Yasser Arafat (1929-2004) ayant pratiqué une appropriation culturelle en récupérant ce nom pour le réattribuer aux arabes vivant en, et autour d'Israël.

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À l'Antiquité, les juifs étaient déjà présents en Judée et en Samarie bien avant même la naissance du christianisme et de l'islam. Cela se considère à partir du règne de David (1090–970 AEC) et du règne de Salomon, fils de David (970–930 AEC), ce qui conduira, à la monarchie unie d’Israël et Juda.

L'implantation juive en Palestine a redémarré à la fin du 19ᵉ siècle, alors que celle-ci était ottomane. Les palestiniens, ce sont historiquement ce qu'on appelle les juifs du Vieux Yichouv.

Dans le contexte du début du 20ᵉ siècle, la "colonisation" était normale, explique Henry Laurens : "La principale institution sioniste qui achetait des terres, c'était le Jewish Colonization Association (fondée en 1891). Et puis est arrivé un moment où le mot "colonial" a commencé à devenir péjoratif, donc on a rayé le terme.

Les "terres palestiniennes" n'existent pas historiquement. Avant, c'étaient les terres de l'empire ottoman depuis le 16ᵉ siècle, qui sont passées sous mandat franco-britannique lors de la chute de celui-ci en 1918, au lendemain réparti entre Syrie et Liban. Puis Israël au lendemain de la 2ᵉ guerre mondiale.

Cependant, dans le cadre de la guerre entamée depuis octobre 2023, il y'a bien eu des vols de terres… mais en Cisjordanie. En juillet 2024, le gouvernement israélien a approuvé le vol de 1270 hectares de terres en Cisjordanie occupée. Ces terres, situées dans la vallée du Jourdain, ont été déclarées "propriété du gouvernement" israélien. La destruction des oliviers peut même se voir comme criminelle.

La Cisjordanie était "palestinienne" depuis les accords d'Oslo ratifiés en 1993, qui signalent le moment où la paix au Moyen-Orient fut la plus proche. Cela se passait au temps où le terme "diplomatie" avait encore un sens.

2. Les accords arabes

La résolution de Bloudan (1937) : les dirigeants arabes se réunissent à Bloudan en Syrie, et rejettent le plan de partage de la Palestine proposé par la Commission Peel.

La conférence de Londres (1939) : les représentants britanniques, juifs et arabes se sont réunis à Londres pour discuter du futur de la Palestine, mais les Arabes ont rejeté les propositions britanniques.

La déclaration de la Ligue arabe (1945) : la Ligue arabe a déclaré son opposition à la création d'un État juif en Palestine et a appelé à l'indépendance de la Palestine sous contrôle arabe.

Les accords arabes de l'époque n'ont pas respecté, notamment la résolution 181 de l'ONU (1947). L'idéologie panarabiste ayant joué un rôle certain dans les tensions, à peine Israël créé en 1948, les voisins arabes unifiés lui déclarent la guerre, mais contre toute attente, il réussit à prendre l'ascendant, et donc des territoires. L'histoire se répétera avec la guerre des 6 Jours (1967), puis la guerre du Kippour (1973).

3. Le mandat britannique

Après la 2ᵉ guerre mondiale, les Britanniques décidèrent de mettre un terme à leur mandat (1920-1948), en raison du coût financier, et de la difficulté à maintenir l’ordre en Palestine. Il fut donc proposé un état multiethnique et multiconfessionnel.

De par Les livres blancs, élaborés à partir de 1922, l'immigration juive fut progressive et contrôlée dans un 1er temps, jusqu'à l'interdiction faite aux juifs d'immigrer en Israël suite à la grande révolte arabe en Palestine (1936-1939).

En 1948, 8% des terres du mandat étaient de propriété de personnes de la communauté juive : 9% des terres étaient de propriété de personnes des communautés chrétiennes, musulmanes, druzes... 83% des terres étaient publiques, de propriété de l'État.

À la fondation d'Israël, rien n'avait tellement changé vu que les terres publiques du mandat passèrent sous contrôle Israélien. Il en aurait été de même, si les dits "Palestiniens" avaient fondé et déclaré leur État et seraient donc devenus propriétaires des terres publiques de la partie du mandat qui lui avait été assignée.

4. Les accords Sykes-Picot

Les accords Sykes-Picot (1916) qui auraient pu conduire à un partage équitable dans le Moyen-Orient, n'ont pas été appliqués pour au moins 3 raisons :

La déclaration Balfour (1917) : le gouvernement britannique a publié une déclaration qui soutenait l'établissement d'un foyer national juif en Palestine.

La révolte arabe (1916–1918) : les Arabes se sont révoltés contre l'Empire ottoman avec l'aide des Britanniques, mais ils attendaient une indépendance totale.

La conférence de San Remo (1920) : les Alliés ont décidé de modifier les accords Sykes et de placer la Palestine sous mandat britannique, ce qui a conduit à la création de l'État d'Israël en 1948.

5. Décolonisation

La Nakba (1948) permet à Israël de conquérir une partie de la Palestine, et d'ordonner des expulsions massives. Elle est un phénomène analogue aux rapatriements des colons français, dépouillés de leurs biens situés au Maghreb, lors des indépendances en 1962.

Si l'on fait en réciprocité, on pourrait même inverser la situation : ce sont les arabes qui ont volé les terres des juifs et des chrétiens. Les arabes ont volé des terres aux berbères au 7ᵉ siècle, a ce qu'on sache ils n'ont jamais restitué ces terres aux autochtones.

Certains Palestiniens sont aussi restés sur le territoire d’Israël. "Ils s’appellent eux-mêmes les Palestiniens d’Israël, mais ils ont constitué une minorité, qui représente aujourd’hui 20 % de la population israélienne". On trouve même des députés arabes israéliens : Azmi Bishara, Ahmed Tibi, Ayman Odeh, Haneen Zoabi…

Paradoxalement, on peut s’étonner seulement que les pays arabes alentour, eux-mêmes colons, n'aient pas intégré les réfugiés palestiniens ou que ce soit. On peut voir plusieurs causes possibles à cela :

Les pays arabes proches ont rencontré des difficultés socio-économiques pour absorber les réfugiés palestiniens, ce qui a limité leur capacité à les intégrer totalement sur le long terme.

Les riches pays du Golfe ne laissant entrer que de riches étrangers dans leur pays. Ainsi, au lieu d'accueillir des réfugiés, le Qatar préfère héberger le chef du Hamas, puissant et multimillionnaire. Quant à l'Iran, il veut détruire Israël, l'expulsion des Palestiniens de leur territoire n'est donc pas une option.

Au Liban, l'insurrection palestinienne au Sud-Liban (1968–1982) ayant joué un rôle certain dans le déclassement des palestiniens qui ont eu des interdictions civiles. On peut imaginer des raisons sécuritaires similaires pour la Jordanie.

L'idée de se reposer sur l'UNRWA (fondé en 1949), qui a fourni une assistance humanitaire aux réfugiés palestiniens, ce qui a permis aux pays hôtes de maintenir leur statut de réfugiés sans avoir à les intégrer.

L'essoufflement de l'idéologie panarabiste qui a commencé a décliné dans les années depuis l'échec de la République arabe unie (1958-1961) entre l'Égypte et la Syrie, période qui marque l'essor de l'islamisme.

Conclusion

Non, les palestiniens n'ont pas eu leurs terres historiques volées par les israéliens. Véhiculer ce stéréotype, c'est faire le relai de la propagande d'infoguerre, sans questionner sur les intérêts islamistes derrière cette idée.

La plupart des nouvelles générations ont de la sympathie pour les Palestiniens, mais elles ne connaissent pas la dynamique du conflit parce que ces choses ne sont plus enseignées à l’école.

Dans les années 1960 et 1970, de nombreux pays arabes disposaient d’un programme scolaire complet sur la Palestine, en prenant en compte l'évolution des identités, mais de nos jours les sociétés ont changé avec les forces de la mondialisation.

Références

  1. Henri Laurens et Alain Dieckoff : 2 spécialistes du conflit aux positions nuancées et complémentaires
  2. Yehoshua Ben-Arieh : Le financement des achats de terre de Jérusalem au 19ᵉ siècle

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