L'extrême droite

L'extrême droite, simple anathème de diabolisation ou réalité sociohistorique ?

1. Un peu de définition

Le terme extrême droite désigne un ensemble de courants situés à la droite de la droite traditionnelle. Sa définition reste discutée en sciences politiques et varie selon les pays et les époques. Les notions de droite radicale, droite populiste ou ultra-droite sont également employées, sans être strictement synonymes.

Historiquement, la droite se caractérise notamment par son attachement à l’ordre, à la propriété, à l’autorité et à une certaine continuité des institutions et des traditions. Elle demeure cependant très diverse, allant du libéralisme au conservatisme et au nationalisme, ce qui rend difficile l’établissement d’une frontière unique avec l’extrême droite.

L’extrême droite se distingue généralement par une conception plus nationaliste et autoritaire de la politique, souvent associée à la défense d’une identité nationale considérée comme menacée et à une forte critique de l’immigration. Selon les courants et les époques, elle peut également contester le libéralisme politique, le parlementarisme ou certains principes de la démocratie représentative.

2. Un peu d'histoire

La Révolution

Lors de la Révolution française de 1789, on observe divers placements parmi les membres de l'Assemblée Constituante :

Les Montagnards qui représentent Paris, la capitale, siégeaient sur les bancs les plus élevés de la Convention, à la gauche du président. Cette position en hauteur leur a valu le nom de « Montagne », par opposition à la « Plaine » située en bas. Ils étaient les plus farouches partisans de la République. Ce sont eux qui ont exigé et obtenu la mort de Louis XVI, sans sursis ni appel au peuple. Ils peuvent se considérer comme l'extrême gauche (Danton, Marat, Robespierre), en plus de ceux de la conspiration de Babeuf (1796).

Les Girondins avaient pour caractéristiques une approche provinciale, décentralisée. Républicains convaincus, les Girondins (Vergniaud, Manon Roland, Brissot) prônaient une révolution encadrée par la loi et le débat parlementaire, refusant la violence des foules. Attachés à la souveraineté des départements, ils s'opposaient à l'hégémonie de Paris et au radicalisme des Sans-culottes. Cette modération, perçue comme une menace pour l'unité nationale en temps de guerre, causa leur perte face aux Montagnards en 1793. Leur arrestation, suivie pour beaucoup de l'exécution, scella le triomphe de la centralisation jacobine et le début de la Terreur.

Les monarchistes siégeaient à droite, ce n'était pas un bloc uniforme. On y trouvait des monarchiens (partisans d'une monarchie constitutionnelle à l'anglaise), des constitutionnels plus libéraux, et surtout des ultra-royalistes qui, par leur refus de tout compromis avec les idées révolutionnaires, occupaient l'extrémité droite de l'hémicycle. Malgré leur influence initiale, ces courants ont été progressivement marginalisés puis poussés à l'exil ou à la clandestinité après la chute de la royauté le 10 août 1792.

Toutes ces distanciations par rapport au pouvoir amorceront le futur clivage. Ce positionnement au sein de l'Assemblée nationale est demeuré, même après la fin du monarchisme.

19ᵉ siècle

Au 19ᵉ siècle, l'expression « extrême droite » commence à désigner les courants les plus hostiles à l'héritage révolutionnaire, notamment issus de la contre-révolution. Rarement revendiquée par les intéressés, cette appellation sert progressivement à distinguer les tendances réactionnaires et contre-révolutionnaires de la droite plus modérée.

En France, l’historien Paul Thureau-Dangin (1837–1913) contribue à diffuser l’expression. Le journaliste légitimiste Adrien Péladan (1815–1890) fonde quant à lui le journal L’Extrême-Droite, qui défend la monarchie traditionnelle, le catholicisme et la fidélité au comte de Chambord (1820–1883).

Le boulangisme

Le général Georges Boulanger (1837–1891) est souvent associé à l'extrême droite française, bien qu'il ait également bénéficié d'un certain soutien de la gauche. Nationaliste convaincu, il défendait l'idée d'une France forte et unie. L'idée de revanche sur l'Allemagne après la guerre franco-allemande de 1870 est véhiculée.

Présenté comme une victime des politiciens corrompus, Boulanger fut soutenu par une coalition regroupant tous ceux qui combattaient le régime républicain. Les nationalistes, emmenés par Paul Déroulède (1846–1914), le dirigeant de la Ligue des Patriotes, fondée en 1882, se rallièrent à lui.

Réputé proche des monarchistes, des bonapartistes et des conservateurs qui financent son ascension politique. Le boulangisme prend de l’ampleur, mais le général étant toujours dans l’armée active, il ne peut pas être élu. En 1888, il s’attaque à la Constitution de 1875, source de tous les maux selon lui.

Dans les années 1890, les sympathisants d’extrême droite lisent le journal antisémite de l’écrivain Édouard Drumont (1844–1917) et dont le sous-titre est « La France aux Français ». On les retrouve antidreyfusards à l’aube du 20ᵉ siècle.

En 1898 se forme la Ligue de la patrie française, Ses figures de proue sont les nationalistes Maurice Barrès (1862–1923) et Jules Lemaître (1853–1914). En 1899, Henri Vaugeois et Maurice Pujo fondent l’Action française, le mouvement évolue bientôt vers un nationalisme intégral et le royalisme, sous la houlette de Charles Maurras.

Le Front National

Après la chute du régime de Vichy en 1944, les idées d’extrême droite semblent discréditées par la collaboration avec le nazisme. Elles renaissent cependant dès le milieu des années 1950 avec Pierre Poujade, un populiste violemment antiparlementaire, qui fera élire le jeune Jean-Marie Le Pen. Son discours dégagiste – « Sortez les sortants ! » – fait mouche auprès des citoyens qui se sentent exclus de la modernité.

Le Front national est l'émanation du mouvement Ordre nouveau, créé en 1969, qui compte des anciens de la collaboration, de l'Organisation Armée Secrète, du mouvement poujadiste, de l'Action française, habitués à pratiquer un activisme violent. Fondé en 1972 et piloté par Jean-Marie Le Pen, l'immigration n'est pourtant pas un thème central du parti, dans les premières années du Front National.

En 1964, quelques étudiants parisiens créent le mouvement Occident. Nostalgiques de l’empire colonial, anticommunistes. Ils célèbrent "la race blanche".

En 1973, aura lieu les ratonnades de Marseille, considérés comme crimes racistes, ils feront de nombreuses victimes.

Le GUD

Avec pour emblème la croix celtique et pour outil la barre de fer, le GUD (Groupe Union Défense) ce syndicat étudiant, né en décembre 1968 à la faculté parisienne d’Assas, s’est illustré depuis des décennies par de nombreux actes de violences. Plusieurs fois mis en sommeil.

Plusieurs groupuscules d'extrême droite, dont le GUD restent encore actifs malgré leurs dissolutions. D'aucuns parlent d'ultra-droite pour caractériser le passage à l'action violente.

Références

  1. Pourquoi le général Boulanger s'attaqua-t-il à la Constitution de la IIIe République ?
  2. Front national, 1972. Naissance d’un parti d'extrême droite : Histoire de l’extrême droite, des ligues au Front national
  3. L'extrême droite dans la Ve République 1956-1983 : de la violence à la quête de la respectabilité - Lumni Enseignement
  4. Droite (en politique) - Toupie
  5. Historiens spécialisés sur l'extrême droite : Nicolas Lebourg, Jean-Yves Camus, Pierre Salmon, Emmanuel Casajus, Stéphane François, Baptiste Roger-Lacan, René Rémond, Pierre-André Taguieff, Magali Balent, Jean-François Sirinelli, Michel Winock

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