Les Protocoles des Sages de Sion

Le faux le plus populaire de l'histoire ?

1. Un peu de définition

Les Protocoles des Sages de Sion sont à la base d'une célèbre théorie du complot affirmant que les Juifs posséderaient des dirigeants secrets cherchant à dominer le monde en manipulant la politique, l'économie, la finance et les médias. Malgré sa falsification démontrée depuis longtemps, le texte est encore pris pour un véritable document historique par certains internautes.

Présentés comme le compte rendu de réunions secrètes de dirigeants juifs, les Protocoles sont en réalité un faux antisémite destiné à donner une apparence de preuve au vieux mythe du complot juif mondial. Il est devenu l'une des publications antisémites les plus diffusées de l'époque contemporaine.

2. Un peu d'histoire

Les Protocoles des Sages de Sion apparaissent dans l'Empire russe et sont publiés en 1903. Leur fabrication a longtemps été attribuée à l'Okhrana, la police politique du tsar Nicolas II (1868–1918), même si son implication directe dans leur rédaction reste discutée.

Le faux plagie en grande partie le Dialogue aux enfers entre Machiavel et Montesquieu, pamphlet publié en 1864 par Maurice Joly (1829–1878). Son ouvrage ne parlait pourtant ni des Juifs ni d'un complot juif : il constituait une satire du régime de Napoléon III (1808–1873). La falsification est notamment exposée publiquement par The Times en 1921.

Rencontrant d'abord relativement peu de succès, les Protocoles sont largement popularisés après la révolution bolchévique de 1917, notamment par des émigrés russes et baltes anticommunistes. Dans les années 1920, le texte se répand à travers l'Europe et les États-Unis, avant de devenir dans les années 1930 un véritable best-seller international.

Deux personnalités contribuent particulièrement à cette diffusion : l'industriel Henry Ford (1863–1947), dont le journal diffuse massivement des thèmes issus des Protocoles, et Adolf Hitler (1889–1945), qui reprend le mythe du complot juif dans son idéologie. L'ouvrage de Ford, The International Jew, inspiré notamment des Protocoles, dépasse les 500 000 exemplaires et est traduit dans au moins 16 langues.

Sous le régime nazi, la presse et la radio diffusent massivement l'antisémitisme. La propagande dirigée par Joseph Goebbels (1897–1945) reprend notamment le mythe d'un complot juif mondial, en détournant des représentations anciennes, dont celle du peuple élu, au profit de l'idéologie raciale nazie. En 1938, la maison d'édition du parti nazi avait déjà produit 22 éditions des Protocoles.

Les Protocoles représentent un texte majeur de l'imaginaire antisémite nazi, nourrissant le mythe d'une conspiration judéo-bolchevique et financière mondiale et participant à la radicalisation du régime.

3. Un peu de diffusion

Dans les pays arabes, les Protocoles sont traduits et largement diffusés : une première traduction arabe paraît à Damas en 1925. L'ancien propagandiste nazi Johann von Leers (1902–1965), installé en Égypte, participe ensuite à la diffusion de l'antisémitisme nazi dans le monde arabe. Il entretient également des liens avec le grand mufti de Jérusalem, Mohammed Amin al-Husseini (1895–1974), qui reprend lui-même des thèmes des Protocoles dans ses émissions radiophoniques. Après la création d'Israël en 1948 et surtout la guerre des Six Jours de 1967, le mythe du complot sioniste mondial sert également, dans certains discours, à expliquer les défaites arabes.

La révolution iranienne de 1979 porte au pouvoir un régime islamiste faisant de l'hostilité envers Israël et les États-Unis un élément central de son idéologie. Le thème de l'ennemi « américano-sioniste » devient récurrent dans sa propagande et une édition des Protocoles est publiée en Iran en 1985, puis une autre par le gouvernement en 2000. Le faux nourrit l'imaginaire conspirationniste présentant Israël comme le centre d'une entreprise secrète de domination mondiale.

De nos jours, le texte continue d'être mobilisé par des mouvances identitaires, antisémites et islamistes, notamment dans certains discours provenant d'Iran ou du Hamas. La charte originelle du Hamas de 1988 invoquait même explicitement les Protocoles dans son article 32. Un faux fabriqué dans la Russie tsariste a ainsi traversé les frontières, les régimes et les idéologies pour devenir l'un des textes les plus durables du complotisme antisémite.

Les adeptes des théories du complot, notamment par défiance envers le pouvoir politique et les médias traditionnels, peuvent encore prendre le document au sens littéral malgré les preuves de sa falsification. Les Protocoles constituent ainsi l'un des exemples les plus célèbres de pseudo-histoire devenue un puissant instrument de désinformation politique, aujourd'hui encore diffusé sur Internet et les réseaux sociaux.

Références

Taguieff : "L’influence des 'Protocoles des Sages de Sion' sur le Hamas est déterminante"

3 vues · 0 vote positif

Réactions

Connectez-vous pour réagir.

Commenter ce contenu…

Commentaires

0 message