Le chômage

En France, une certaine idéologie politique, véhiculée notamment par Laurent Wauquiez, veut faire passer les chômeurs comme le symbole de l'assistanat.

1. Un peu d'étymologie

Le mot chômage dérive de « chômer », issu du bas latin caumare, « se reposer pendant les grandes chaleurs », lui-même apparenté au grec kaûma, « chaleur brûlante ». À l'origine, chômer signifie donc cesser son activité ou se reposer, notamment à cause de la chaleur, avant de désigner plus largement l'inactivité puis l'absence de travail.

C’est d’ailleurs ainsi qu’on le nomme dans les autres langues, où on parle du chômeur comme « sans emploi », en allemand, « Arbeitslos », ou « inoccupé », en italien « disoccupato ».

Chômer c’était donc se reposer, d’où l’expression « il ne chôme pas » pour dire, il ne s’arrête pas, il est infatigable. Mais ce n’est pas le sens qui domine aujourd’hui : le chômage n’est plus le synonyme de temps agréable, de temps de repos. Le chômeur ne demanderait pourtant pas mieux d’arrêter de « se reposer ».

2. Un peu d'histoire

Pendant l'ère victorienne en Angleterre (1837-1901), la pauvreté est souvent interprétée comme relevant en partie de la responsabilité individuelle. Cette conception est notamment renforcée par certaines lectures du libéralisme et du darwinisme social, associé à des penseurs comme Herbert Spencer, avant que le chômage ne soit progressivement reconnu comme un phénomène économique distinct.

Les workhouses, qui existaient déjà en Angleterre, sont réorganisées et renforcées par la loi sur les pauvres de 1834. Destinées à limiter l'assistance publique et à décourager son recours par des conditions de vie très strictes, elles deviennent un symbole du traitement sévère de la pauvreté. Le système disparaît définitivement en 1948, avec la mise en place de l'État-providence britannique moderne.

Au 19ᵉ siècle, le chômage acquiert progressivement une dimension sociale et politique, particulièrement visible lors de la révolution de 1848. La crise économique de 1846–1847 frappe durement les ouvriers et alimente les revendications autour du droit au travail, qui conduisent notamment à la création des Ateliers nationaux après la chute de la monarchie de Juillet.

À la fin du 19ᵉ siècle, le développement du salariat, du droit et de la statistique fait progressivement du chômage une catégorie sociale distincte. En France, cette évolution se concrétise notamment avec le recensement de 1896, qui permet de mieux identifier et comptabiliser les personnes privées d'emploi.

Une phrase est inscrite sur le bulletin individuel de recensement « Si vous êtes sans place ou sans emploi... », les chômeurs se détachent de la masse indistincte des indigents, des vagabonds, des saltimbanques et des invalides pour accéder à un statut particulier.

La crise économique des années 1930 provoque un chômage de masse qui contribue progressivement à modifier sa perception. Si le soupçon de paresse ou de responsabilité individuelle demeure présent dans certains discours, l'ampleur de la crise montre aussi que le chômage peut résulter de mécanismes économiques collectifs indépendants de la volonté des travailleurs. Cette évolution favorise progressivement le développement de politiques publiques d'emploi et de protection sociale.

La principale hausse du chômage a eu lieu entre le milieu des années 1970 (chocs pétroliers) et la fin des années 1980. Le nombre de chômeurs passe alors de 700 000 à 2,3 millions, le taux de chômage est multiplié par trois de 3 à 9 % (selon la définition du Bureau International du Travail).

3. Un peu de chiffres et de catégories

Insee et France Travail : pourquoi des chiffres aussi différents ? On compte 2,3 millions de chômeurs selon l'Insee et 2,8 millions de demandeurs d'emplois selon la définition la plus stricte de France Travail.

L'Insee utilise la définition du Bureau international du travail, selon laquelle il suffit d'avoir travaillé une heure dans la semaine pour ne pas être comptabilisé comme chômeur : le développement de formes très précaires d'emploi fait donc rapidement baisser leur nombre.

De son côté, France Travail comptabilise les personnes inscrites officiellement dans ses fichiers, et ses catégories B et C intègrent des chômeurs qui peuvent avoir travaillé quelques heures au cours du mois précédent. Les données de France Travail évoluent en fonction du marché du travail, mais peuvent aussi fluctuer en fonction des conditions juridiques d'indemnisation.

4. Un peu d'actualité

Aujourd'hui, la recherche d'emploi peut elle-même représenter une activité exigeante : consulter les offres, adapter son CV, rédiger des candidatures, préparer des entretiens ou effectuer des démarches auprès de France Travail. Les politiques d'accompagnement cherchent à maintenir les demandeurs d'emploi dans une démarche active, mais leur efficacité dépend notamment de l'adéquation entre les offres proposées, les qualifications et la situation des personnes.

Cela peut être épuisant, entre l'adaptation de son CV, la rédaction de lettres de motivation, la recherche sur les sites d'emploi et la préparation aux entretiens, on peut y passer des heures à cela chaque jour… Sans compter les emails de suivi et l'attente de réponses qui peuvent ne jamais arriver. De plus, dans une bonne logique de discernement, faudrait-il encore aussi être capable de distinguer travail, emploi, activité, profession, métier et job ?

En 2025, le taux de chômage ne reflète qu'une partie de la sous-utilisation de la main-d'œuvre. Eurostat y ajoute notamment les personnes disponibles mais ne recherchant pas activement un emploi, celles qui cherchent mais ne sont pas immédiatement disponibles et les travailleurs à temps partiel souhaitant travailler davantage. Dans l'Union européenne, cet ensemble représentait 11,7 % de la population active élargie au deuxième trimestre 2025, contre 5,8 % pour le seul chômage

Références

  1. Le chômage demeure à un niveau élevé depuis 40 ans - Observatoire Société
  2. Comment le nombre de chômeurs est-il compté ? :Les chômeurs et les politiques d'emploi - France Culture
  3. Dans quels pays d'Europe le marché du travail est-il le plus atone ? Euronews
  4. 1896, chômage année zéro - Le Monde
  5. Travail et chômage - France Culture

2 vues · 0 vote positif

Réactions

Connectez-vous pour réagir.

Commenter ce contenu…

Commentaires

0 message