Le communisme

Les idées reçues sur le communisme sont nombreuses.

1. Un peu de définition

Le communisme prend sa forme théorique moderne au 19ᵉ siècle chez le philosophe allemand Karl Marx (1818-1883) et Friedrich Engels (1820-1893) dans le Manifeste du Parti communiste (1848).

Cette alternative au capitalisme y est décrite comme « une association où le libre développement de chacun est la condition du libre développement de tous ». Le communisme peut ainsi se définir comme une doctrine économique et sociale visant l'abolition de la propriété privée des moyens de production au profit de leur propriété collective, ainsi que la disparition progressive des classes sociales.

Dans la conception marxiste, la société communiste connaît 2 phases de développement : une phase inférieure, encore marquée par certains héritages du capitalisme, et une phase supérieure correspondant au communisme pleinement développé. La tradition marxiste-léniniste désignera généralement la première sous le terme de socialisme.

La « dictature du prolétariat » sera la période de transition qui suit la révolution socialiste et qui, caractérisée par la substitution à l'État bourgeois d'un État où le prolétariat exerce seul le pouvoir, doit permettre le passage à une société sans classes.

2. Un peu d'histoire

Antiquité

"La communauté des biens" est une idée qu'on pourrait faire remonter chez Platon. Mais surtout dans les Actes des Apôtres (2, 44-45) pour décrire les principes régissant la 1ʳᵉ communauté chrétienne de Jérusalem : « Tous les croyants vivaient ensemble et ils mettaient tout en commun. Ils vendaient leurs biens et leurs possessions, et ils en partageaient le produit entre tous en fonction des besoins de chacun ».

Moyen Âge

Dès le 13ᵉ siècle, on retrouve certaines formes de "communisme religieux", notamment chez le prêcheur italien Fra Dolcino (1250–1307) qui voyait un idéal dans la "pauvreté".

Au 14ᵉ siècle, l'Angleterre est marquée par la Révolte des paysans de 1381, influencée par le mouvement des Lollards et la théologie de John Wyclif (1328–1384) sur l'expropriation des propriétaires indignes. C'est surtout le prêcheur radical John Ball qui insuffle au soulèvement une véritable dimension égalitaire en contestant toute hiérarchie sociale.

Au 15ᵉ siècle, c'est le soulèvement hussite en Europe centrale, suivi de ses différenciations : d'une part, le mouvement militaire des taborites ; d'autre part, le mouvement pacifiste de l'Unitas fratrum, tous 2 axés sur l'instauration de communes chrétiennes collectivisantes.

A partir du 16ᵉ siècle

Au 16ᵉ siècle a lieu le soulèvement des paysans allemands (1524–1525) contre l'alliance des noblesses luthérienne et catholique ; une interprétation chiliaste de communisme religieux est proposée à ce soulèvement par Thomas Münzer (1489–1525).

Dans Utopie (1516), Thomas More (1478–1535) imagine une société sans propriété privée ni monnaie. Malgré une quête d'égalité et l'accès des femmes à l'éducation, la structure y demeure patriarcale — le plus âgé dirige la famille — et repose toujours sur l'esclavage.

Au 17ᵉ siècle, le théologien Tommaso Campanella (1568–1639) pose dans La Cité du Soleil (1602) les prémices des utopies communautaristes en imaginant une société idéale fondée sur la propriété collective et l'absence de monnaie.

Au 18ᵉ siècle, Jean Meslier (1664–1729), surnommé le « curé athée », défend dans son Testament une critique radicale de la propriété, des inégalités sociales et de la domination des puissants. En prônant une mise en commun des richesses, il apparaît ainsi comme l'un des précurseurs du communisme moderne.

La première occurrence attestée du mot « communisme » apparaît en 1797 sous la plume de l'écrivain Nicolas Edme Restif de la Bretonne (1734–1826). Sympathisant des idées de Gracchus Babeuf et de la Conjuration des Égaux, il se définit alors comme patriote, républicain et « communiste », affirmant que le communisme constituerait la forme idéale de gouvernement.

On retrouvera également du communisme avant la théorie marxiste chez les néo-babouvistes de l'association secrète des Travailleurs égalitaires à Paris ou à Lyon à la fin de l'année 1839.

3. Un peu de marxisme

Marx développe le matérialisme historique, selon lequel les conditions matérielles et les rapports de production conditionnent largement l'organisation des sociétés, leurs institutions et leurs idées. L'histoire est ainsi principalement interprétée à travers les rapports économiques et la lutte des classes.

Le matérialisme dialectique, développé à partir des travaux de Marx et d'Engels, puis systématisé par des penseurs marxistes comme Plekhanov et Lénine, considère que la matière, la société et l'histoire évoluent sous l'effet de leurs contradictions internes, pouvant conduire à des transformations progressives comme à des ruptures révolutionnaires.

Il critique ainsi le capitalisme en soulignant l'exploitation des travailleurs par les capitalistes. Il a argumenté que le capitalisme crée des inégalités et des conflits de classe entre la bourgeoisie (ceux qui possèdent les moyens de production) et le prolétariat (les travailleurs).

Marx définit l'être humain par son action et sa production concrète plutôt que par la pensée pure. Il perçoit l'État et la religion comme des créations aliénantes qui masquent les réalités matérielles, préconisant de placer la conscience humaine au centre de l'émancipation socialiste.

Sa célèbre formule qualifiant la religion d'« opium du peuple » (1844) s'inspire en partie du christianisme social d'Étienne Cabet (1788–1856) et de métaphores similaires alors très populaires chez des intellectuels comme Heinrich Heine ou Ludwig Feuerbach pour décrire l'effet anesthésiant de la foi.

Le prolétariat doit, selon Marx, s'organiser pour conquérir le pouvoir politique et instaurer une période de transition, la « dictature du prolétariat ». Celle-ci doit conduire à l'abolition progressive des classes sociales puis au dépérissement de l'État, ouvrant la voie à la société communiste. Marx considère ainsi que les contradictions internes du capitalisme doivent mener à son dépassement et à l'émergence d'une société sans classes.

4. Un peu de symbolisme

Le drapeau rouge devient un symbole d'insurrection populaire dès la Révolution française, notamment lors de la fusillade du Champ-de-Mars en 1791, où le peuple se réapproprie le drapeau de la loi martiale. Il s'impose ensuite sur les barricades en février 1848 puis sous la Commune en 1871, s'opposant explicitement au drapeau tricolore perçu comme le symbole de l'ordre bourgeois.

En 1918, le Conseil des commissaires du peuple cherche à concevoir le premier sceau de l'État soviétique. L'artiste Alexandre Chterenberg propose un projet combinant une faucille, un marteau et un glaive croisés devant un bouclier, le tout encadré d'épis de blé. Lénine exige alors le retrait du glaive, refusant d'associer un symbole de conquête militaire à l'image officielle d'un État se revendiquant pacifique. Seuls la faucille et le marteau sont conservés, devenant le symbole universel du travailleur agricole et de l'ouvrier industriel.

5. Les échecs du communisme

Les économies planifiées centralement ont souvent montré des inefficacités dans la production et la distribution des biens, notamment dans certains secteurs de l'agriculture. Le manque d'incitations pour les travailleurs et les entreprises a pu contribuer à des pénuries et à une faible productivité.

Plusieurs régimes se réclamant du communisme ont été marqués par une répression politique sévère, des violations des droits de l'homme et des purges. Les libertés individuelles et la dissidence étaient durement réprimées, dans des régimes qui ont vu émerger des élites dirigeantes et des inégalités.

Le bilan humain des régimes communistes demeure débattu quant à son ampleur et aux méthodes de comptage employées. Les répressions politiques, exécutions, déportations, systèmes concentrationnaires et certaines famines ont néanmoins causé plusieurs millions de morts, avec des estimations très variables selon les pays, les périodes et les événements considérés.

Reste une question politique et historique centrale : ces violences découlent-elles de la théorie communiste elle-même, de son application par des régimes autoritaires, ou de facteurs historiques propres à chacun d'eux ?

Des exemples

L'URSS a connu, jusqu'à son effondrement en 1991, de nombreuses difficultés : stagnation économique, problèmes agricoles, tensions identitaires, contrôle de l'information, absence de contre-pouvoirs et héritage du Goulag et de la Grande Terreur (1937–1938). Les réformes de Gorbatchev, notamment la perestroïka et la glasnost, tentèrent d'y répondre mais accélérèrent aussi la déstabilisation du régime. L'une de ses principales contradictions fut la « dictature du prolétariat » revendiquée par les bolcheviks, qui se transforma en monopole du Parti communiste, puis en un système dominé par une élite politico-administrative privilégiée : la nomenklatura.

La Chine a connu de graves crises sous Mao Zedong. Le Grand Bond en avant (1958–1961) a désorganisé l'agriculture au profit d'une industrialisation forcée, provoquant une famine meurtrière. Plus tard, la Révolution culturelle (1966–1976) a constitué une violente campagne de radicalisation idéologique. Ce n'est qu'à partir de 1978, sous Deng Xiaoping, que le pays a amorcé ses réformes économiques vers le marché tout en conservant le contrôle politique du Parti unique.

À Cuba, le régime issu de la révolution de 1959 verrouille progressivement l'opposition politique. La première réforme agraire, promulguée en mai 1959, frappe les grands domaines (latifundia) et contribue à de fortes tensions avec les États-Unis. Fidel Castro proclame officiellement le caractère socialiste de la révolution en 1961 ; l'État cubain se définit depuis comme socialiste, dirigé par un Parti communiste, plutôt que comme une société ayant atteint le communisme au sens marxiste.

S'adaptant au contexte international, le Vietnam engage en 1986 la politique du Đổi mới (« Renouveau »). Le pays adopte progressivement des mécanismes de marché, comme le libre-échange et le soutien public à l'entrepreneuriat, tout en maintenant un régime à parti unique où les libertés d'expression et d'association demeurent fortement restreintes.

D'autres expériences communistes ont également connu des trajectoires autoritaires ou d'importantes difficultés économiques, notamment en Corée du Nord et en Roumanie, mais aussi en Afrique (Éthiopie, Angola, Mozambique) et en Amérique latine, principalement à Cuba et, dans un contexte différent, au Nicaragua sous les sandinistes.

En Thaïlande, en revanche, le communisme ne parvint jamais au pouvoir : le Parti communiste thaïlandais mena surtout une insurrection armée contre l'État entre les années 1960 et 1980, avant de décliner progressivement.

6. Des réussites à petite échelle

Le communisme conduit-il nécessairement à l'échec ? Certaines expériences communautaires ont durablement appliqué des principes proches de l'idéal communiste à petite échelle.

En Israël, les kibboutzim se développent à partir de 1909, avec la fondation de Degania, sur un modèle communautaire fondé sur la propriété collective. Leur fonctionnement commence toutefois à évoluer profondément après la crise financière de 1985, qui pousse nombre d'entre eux vers la privatisation et le salariat. Ce processus s'accélère ensuite avec l'évolution libérale de l'économie israélienne et l'affaiblissement de la Histadrout.

Dans leur forme traditionnelle, les kibboutzim constituaient des microexpériences démocratiques et autogestionnaires fondées sur la propriété collective, la mise en commun d'une grande partie des ressources et une répartition relativement égalitaire, en échange d'une participation de chacun à la vie économique de la communauté.

On pourrait également évoquer le village de Marinaleda en Espagne, fondé sur l'autogestion municipale et le coopérativisme agricole. Si de telles initiatives illustrent des formes de vie collective durables, elles relèvent davantage d'expériences communautaires ou libertaires locales que d'une véritable application de la théorie communiste à l'échelle d'un État.

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