La guerre franco-prussienne
Entre 1870 et 1871, la France affronte la Prusse et les autres États allemands. En quelques mois, Napoléon III est renversé, Paris assiégé et l’Empire allemand proclamé à Versailles. Au centre de ce bouleversement se trouve Otto von Bismarck, qui fait de la guerre un moment décisif de l’unification allemande.
1. Une France face à une Allemagne en formation 🗺️
La guerre franco-prussienne — également appelée guerre franco-allemande ou guerre de 1870 — oppose la France à une coalition d’États allemands du 19 juillet 1870 au 10 mai 1871. Face au Second Empire combattent la Prusse, la Confédération de l’Allemagne du Nord et les États du Sud : Bavière, Wurtemberg, Bade et Hesse-Darmstadt.
Depuis sa victoire sur l’Autriche à Sadowa en 1866, la Prusse domine une Allemagne encore divisée. Son ministre-président, Otto von Bismarck, cherche à rallier les États du Sud pour achever l’unification. Son pouvoir n’est pourtant pas incontesté : au printemps 1870, en désaccord avec Guillaume Iᵉʳ sur plusieurs questions, il envisage même de démissionner.
Cette montée en puissance inquiète Paris. Une Allemagne unifiée disposerait d’un net avantage démographique, avec une population plus nombreuse et en croissance plus rapide, mais aussi d’une industrie en plein essor et d’une armée redoutable directement à la frontière française. Pour Napoléon III et une partie de l’opinion, c’est une question d’influence mais aussi de sécurité : la France risque de perdre sa position dominante en Europe continentale.
Les nationalismes accentuent cette rivalité. En Allemagne, l’idée d’unité progresse ; en France, une partie de l’opinion supporte mal les succès prussiens. Presse, chants patriotiques, propagande et caricatures exaltent la nation, dénigrent l’adversaire et entretiennent la tension des deux côtés.
2. Deux systèmes militaires très différents 🏭
La France reste une grande puissance économique et industrielle 🏭. Elle possède un vaste réseau ferroviaire 🚂 et de bonnes armes 🔫. Mais les territoires allemands connaissent une industrialisation rapide, particulièrement dans la Ruhr, avec le charbon, la sidérurgie et les chemins de fer.
L’écart est aussi démographique : la population des États allemands est plus nombreuse et augmente plus rapidement. Surtout, la Prusse dispose d’un système efficace de conscription et de réserves. Sous la direction du général Helmuth von Moltke, l’état-major peut mobiliser puis transporter rapidement des centaines de milliers d’hommes grâce au chemin de fer.
La France conserve un système de tirage au sort, avec exemptions et remplacement. Après Sadowa, le maréchal Adolphe Niel tente de le réformer : sa loi de 1868 crée notamment une Garde nationale mobile pour augmenter les réserves. Mais la réforme rencontre des résistances et reste inachevée lorsque la guerre éclate.
Les Français ne sont donc pas simplement « moins bien armés ». Leur fusil Chassepot est supérieur en portée au Dreyse prussien et ils disposent de la mitrailleuse de Reffye, capable de tirer rapidement plusieurs dizaines de projectiles. Mais cette arme nouvelle, gardée secrète avant la guerre et souvent utilisée comme une pièce d’artillerie à longue distance, est mal intégrée à la tactique française. Les Allemands mobilisent surtout davantage d’hommes, plus rapidement, et disposent d’une excellente artillerie Krupp.
3. Bismarck et la crise d’Ems 👑
L’étincelle est en partie dynastique. Après la révolution espagnole de 1868, l’Espagne cherche un roi et envisage Léopold de Hohenzollern-Sigmaringen. Paris redoute de voir la dynastie des Hohenzollern présente à la fois en Allemagne et en Espagne, avec la crainte d’un encerclement diplomatique. L’Espagne ne participe cependant pas à la guerre.
Même après le retrait de Léopold, le ministre français des Affaires étrangères Agénor de Gramont veut obtenir une garantie définitive. Il charge l’ambassadeur Vincent Benedetti de la demander à Guillaume Iᵉʳ. Le roi refuse poliment lors de leur rencontre à Ems le 13 juillet 1870.
Bismarck raccourcit le compte rendu de cet entretien et le publie : c’est la célèbre dépêche d’Ems. Cette manœuvre diplomatique retire les formules conciliantes et donne l’impression que le roi et l’ambassadeur se sont mutuellement éconduits. La presse s’enflamme des deux côtés.
À Paris, des foules manifestent aux cris de « À Berlin ! ». Le gouvernement d’Émile Ollivier, poussé notamment par Gramont et cette pression patriotique, choisit la fermeté. Ollivier affirme accepter la responsabilité de la guerre « d’un cœur léger ». Adolphe Thiers, au contraire, estime la France insuffisamment préparée et s’oppose au conflit.
Le 19 juillet 1870, la France déclare la guerre. Bismarck exploite alors la situation à son avantage : les États allemands du Sud se rangent derrière la Prusse, favorisant l’unification allemande. Bismarck conduit la diplomatie, Moltke la stratégie militaire et Guillaume Iᵉʳ incarne la monarchie prussienne.
4. Une guerre rapide et brutale 💥
La première phase est foudroyante. Seulement 6 semaines séparent la déclaration de guerre de la catastrophe de Sedan. Les Français sont battus à Wissembourg, Frœschwiller-Wœrth et Forbach-Spicheren ; l’armée de Bazaine se retrouve enfermée dans Metz.
L’armée de Mac Mahon, accompagnée de Napoléon III, tente de la secourir mais est encerclée à Sedan. Le 2 septembre 1870, l’empereur capitule. Deux jours plus tard, le Second Empire s’effondre et la République est proclamée à Paris.
La guerre continue pourtant. Léon Gambetta quitte Paris en ballon pour organiser de nouvelles armées en province. D’anciens zouaves pontificaux forment même les Volontaires de l’Ouest d’Athanase de Charette, qui combattent notamment à Loigny. Metz capitule cependant le 27 octobre.
Paris est assiégé 🏙️ à partir du 19 septembre. Ballons montés 🎈 et pigeons voyageurs 🕊️ maintiennent les communications, tandis que nourriture et charbon viennent à manquer. Le 18 janvier 1871, Guillaume Iᵉʳ est proclamé empereur allemand 👑 dans la galerie des Glaces de Versailles. Paris accepte finalement l’armistice le 28 janvier.
Toutes les places fortes françaises ne capitulent pourtant pas. À Bitche, le commandant Louis-Casimir Teyssier résiste aux Bavarois à partir du 8 août 1870, malgré les bombardements, la faim et le typhus. La citadelle ne tombe jamais par les armes : ses défenseurs ne l’évacuent que le 27 mars 1871, après la fin des combats, drapeaux déployés et avec les honneurs militaires rendus par l’ennemi. 🏰🇫🇷
La guerre est courte mais meurtrière : environ 139 000 Français meurent, contre 51 000 à 65 000 Allemands, auxquels s’ajoutent des dizaines de milliers de blessés et près de 400 000 prisonniers français. Combats, sièges, froid et maladies, notamment la variole, expliquent cette mortalité.
5. Défaite, Commune et traumatisme 🇫🇷
La guerre se joue aussi dans les esprits. Journaux, propagande et caricatures exaltent le patriotisme et ridiculisent l’adversaire. Bismarck et les Prussiens sont particulièrement visés en France ; après Sedan, Napoléon III devient à son tour la cible des dessinateurs. La défaite transforme cette guerre des images en récit d’humiliation.
Après l’armistice, Adolphe Thiers, qui s’était opposé à la guerre en 1870, prend la tête du pouvoir et négocie avec Bismarck. À Paris, le siège et les privations ont radicalisé une partie de la population : républicains, socialistes, blanquistes, proudhoniens et autres révolutionnaires se côtoient. La Commune ne se réduit donc pas aux seuls anarchistes.
Le 18 mars 1871, la tentative du gouvernement de reprendre les canons de la Garde nationale marque le début de la Commune de Paris. Des insurrections éclatent également à Lyon, Marseille, Saint-Étienne ou Narbonne. À Paris, l’expérience communarde s’achève dans la violence avec la Semaine sanglante, du 21 au 28 mai.
La situation produit alors un paradoxe : quelques mois après avoir combattu la France, Bismarck facilite l’action de Thiers contre la Commune. Les Allemands ne participent pas directement aux combats, mais permettent notamment le retour de prisonniers français qui renforcent l’armée versaillaise. Thiers veut reprendre Paris ; Bismarck souhaite une France assez stable pour appliquer les conditions de paix. La crainte d’une propagation révolutionnaire existe aussi dans une partie de l’Europe.
La défaite laisse ainsi un profond traumatisme national : l’empereur capturé, Paris assiégé, le territoire envahi, puis une guerre civile dans la capitale. En quelques mois, l’enthousiasme patriotique de juillet 1870 laisse place au sentiment d’un effondrement politique et militaire.
6. Une guerre courte aux conséquences très longues 🕊️
Le 10 mai 1871, le traité de Francfort met officiellement fin au conflit. La France doit verser cinq milliards de francs-or et accepter temporairement l’occupation d’une partie de son territoire. Elle perd l’Alsace, sauf Belfort, et une partie de la Lorraine avec Metz ; environ 1,6 million d’habitants passent sous souveraineté allemande.
Les « provinces perdues » deviennent un puissant symbole national et nourrissent chez certains Français le désir de Revanche. La Troisième République s’installe progressivement tandis que la mémoire de 1870 se diffuse dans l’école, la presse, la littérature et les monuments.
En Allemagne, la victoire achève au contraire l’unification voulue par Bismarck. Le nouvel Empire devient une grande puissance démographique, industrielle et militaire au centre de l’Europe. L’Italie profite également du retrait des troupes françaises protégeant le pape pour prendre Rome en septembre 1870.
La guerre n’est pas une simple répétition générale de 1914, dont les causes seront beaucoup plus larges, mais elle bouleverse durablement l’équilibre européen. 1870 est une guerre courte aux conséquences très longues : le Second Empire disparaît, l’Empire allemand naît, la Troisième République s’installe et l’Alsace-Lorraine devient un contentieux durable entre Français et Allemands.
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