Sigmund Freud et les religions

Sigmund Freud (1856–1939) était un neurologue autrichien, connu pour être le père de la psychanalyse, méthode d'introspection du subconscient. Son œuvre montre des a-priori stéréotypés sur le sujet des religions. La problématique de son analyse est qu'elle a fait fi des sciences religieuses.
1. Religion = peur de la mort
Dans L'Avenir d'une illusion (1927), Freud décrit la religion comme un anxiolytique psychologique dont la fonction principale est de consoler l'être humain face aux forces de la nature et à l'angoisse de la mort. Cette approche réductionniste s'inscrit en réalité dans la lignée de la philosophie matérialiste du 19ᵉ siècle, notamment celle de Ludwig Feuerbach (L'Essence du christianisme, 1841), qui théorisait déjà Dieu comme une projection des désirs et des peurs de l'homme.
La limite majeure de cette thèse freudienne est qu'elle universalise une vision purement monothéiste et occidentale du sacré. L'histoire des religions montre que toutes les traditions ne sont pas centrées sur la peur de la mort ou sur la promesse d'un au-delà moralisé avec un système de rétribution (paradis et enfer), à l'instar du catholicisme ou de l'islam. Le confucianisme, le judaïsme antique (centré sur l'existence terrestre, le Shéol n'étant qu'un séjour indifférencié des morts) ou de nombreuses religions de la Préhistoire et de l'Antiquité se concentrent sur l'ordre du monde et les rites sociétaux, sans faire de la survie de l'âme le moteur de la croyance.
2. Religion = superstition
La superstition se définit comme un comportement irrationnel vis-à-vis du sacré, reposant sur la croyance que certains actes ou signes entraînent mystérieusement des conséquences positives ou négatives.
Ce concept est hérité de l'Antiquité romaine, où la superstitio, jugée excessive et ignorante, s'opposait déjà à la religio, la juste pratique civique et rationnelle. La philosophie des Lumières au 18ᵉ siècle a simplement sécularisé ce terme pour l'appliquer aux religions institutionnelles elles-mêmes, transformant la superstition en « religion de l'autre » face à l'essor de la raison.
En qualifiant toute religion d'illusion, la psychanalyse freudienne efface cette distinction de nature entre religion et superstition. Pour Freud, l'une et l'autre découlent du même mécanisme psychologique : la projection extérieure de désirs inconscients. Qu'il s'agisse de croyances institutionnelles ou de présages, la psychanalyse y voit des constructions artificielles issues d'un refus de la réalité, qu'elle se donne pour mission de retraduire en une psychologie de l'inconscient.
3. Religion = névrose
Freud s'est basé sur son principe des 3 blessures narcissiques, dont surtout celle de la blessure darwinienne (l'homme est un animal comme les autres). Il serait dégradant pour lui d'être comparé à un singe.
Dans son essai Totem et tabou, il aborde la vie sociale primitive en se basant sur l’ouvrage de James George Frazer intitulé Totémisme et exogamie, publié en 1910 ; sur les travaux d’Andrew Lang, le Secret du totem, publié en 1905 ; sur les réflexions de Wilhelm Wundt, Mythe et religion et Psychologie des peuples ; sur celles de James Fergusson.
Freud est resté prisonnier de travaux de son temps, qui sont aujourd’hui dépassés. Son "rival" Carl Gustav Jung (1875–1961), théoricien de la psychologie analytique, avait un regard anthropologique plus objectif, voire positif sur la religion. Pour lui l'attitude religieuse est une donnée fondamentale de l'âme humaine, et qu'il n'y a pas véritablement d'humanité non religieuse.
Références
- Psychanalyse et religion : la pensée de Freud - Dominique Bourdin, Sciences Humaines
- Freud et la « vérité historique » de la religion - Charles Boyer, Cairn
- Dieu, une névrose obsessionnelle ? - Jean-Pierre Winter, Le Point
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