L'Union Européenne

Une union sans cesse plus étroite ?

1. Un peu de définition

Étymologiquement, l'explication traditionnelle, fondée sur le grec ancien, combine eurýs (« large ») et ṓps (« visage, regard ») pour désigner un « visage au large regard ». Une autre hypothèse linguistique lui prête une origine sémitique liée à la notion de couchant ou d'Occident, venant s'opposer au levant de de l'Asie.

L'Union européenne est une organisation politique et économique réunissant aujourd'hui 27 États européens. Elle constitue une construction originale : elle n'est ni un État fédéral, comme les États-Unis, ni une simple organisation internationale. Ses membres restent souverains, mais partagent certaines compétences via des institutions communes.

2. Un peu d'histoire

L'idée d'une Europe unie

Bien avant l'Union européenne, plusieurs penseurs réfléchissent aux moyens de garantir durablement la paix entre les États européens. Au début du 18ᵉ siècle, dans une Europe régulièrement déchirée par les guerres dynastiques, l'abbé de Saint-Pierre propose, après la guerre de Succession d'Espagne (1701–1714), une alliance permanente des souverains européens dotée d'institutions communes pour régler leurs différends sans recourir à la guerre.

Son projet est repris et discuté par Jean-Jacques Rousseau en 1761, avant qu'Emmanuel Kant ne développe à son tour, dans Vers la paix perpétuelle (1795), l'idée d'une fédération d'États libres destinée à prévenir les conflits.

Au 19ᵉ siècle, l'idée se poursuit sous différentes formes. Victor Hugo évoque ainsi en 1849 de futurs « États-Unis d'Europe ». Mais le continent reste dominé par les États-nations, les rivalités impériales et les nationalismes, qui culminent avec les deux guerres mondiales de 1914–1918 et 1939–1945.

Des guerres européennes à la coopération

Après 1945, l'unification européenne devient un véritable projet politique. L'Europe occidentale sort affaiblie de la guerre tandis que débute la guerre froide entre les États-Unis et l'URSS. En 1946, Winston Churchill appelle à la formation d'« États-Unis d'Europe », notamment autour de la réconciliation franco-allemande.

Le 9 mai 1950, le ministre français des Affaires étrangères Robert Schuman, inspiré notamment par Jean Monnet, propose de placer les productions française et allemande de charbon et d'acier sous une autorité commune. L'objectif est économique, mais aussi politique : rendre une nouvelle guerre entre les deux pays beaucoup plus difficile.

Le traité de Paris crée en 1951 la Communauté européenne du charbon et de l'acier. Elle rassemble 6 États : France, RFA, Italie, Belgique, Pays-Bas et Luxembourg. Schuman et Monnet comptent parmi les principales figures de cette première construction, aux côtés de l'Allemand Konrad Adenauer et de l'Italien Alcide De Gasperi.

De la CEE à l'Union européenne

Les traités de Rome, signés le 25 mars 1957, créent notamment la Communauté économique européenne, qui entre en vigueur en 1958. Elle vise à construire progressivement un marché commun fondé sur la libre circulation des marchandises, des personnes, des services et des capitaux. La politique agricole commune se développe à partir de 1962.

L'intégration européenne rencontre néanmoins des résistances autour de la souveraineté nationale. Charles de Gaulle défend une « Europe des États » et s'oppose à un transfert excessif de pouvoir vers les institutions supranationales, comme l'illustre la crise de la chaise vide de 1965–1966. La construction européenne se poursuit néanmoins par les élargissements : Royaume-Uni, Irlande et Danemark en 1973, Grèce en 1981, puis Espagne et Portugal en 1986.

Le traité de Maastricht, signé le 7 février 1992 et entré en vigueur le 1ᵉʳ novembre 1993, donne officiellement naissance à l'Union européenne. Négocié dans le contexte de la fin de la guerre froide et de la réunification allemande, il approfondit l'intégration, crée une citoyenneté européenne et prépare la monnaie unique.

En France, il n'est approuvé par référendum en 1992 qu'avec 51 % des voix, révélant déjà de profondes divisions sur la construction européenne. L'euro est finalement introduit en 1999, puis sous forme de pièces et billets en 2002.

3. Un peu de crises

Après la disparition du bloc soviétique, l'Union s'élargit vers l'Europe centrale et orientale : 10 États la rejoignent en 2004, puis la Bulgarie et la Roumanie en 2007 et la Croatie en 2013.

En France, la Constitution européenne est rejetée par référendum le 29 mai 2005, avec 54,7 % de « non ». Élu en 2007, Nicolas Sarkozy soutient ensuite le traité de Lisbonne, qui reprend une partie des réformes institutionnelles du texte rejeté sous une forme juridique différente. Il est ratifié par le Parlement en 2008, sans nouveau référendum.

L'Union traverse parallèlement plusieurs crises : crise financière et crise des dettes souveraines après 2008, tensions migratoires au milieu des années 2010 et progression de l'euroscepticisme. Le référendum britannique du 23 juin 2016, remporté à 51,9 % par les partisans de la sortie, conduit au Brexit : le Royaume-Uni quitte officiellement l'Union le 31 janvier 2020, ramenant celle-ci à 27 membres.

En France, les critiques de l'Union prennent différentes formes. Certains défendent le « Frexit », tandis qu'à gauche le débat porte davantage sur sa transformation. En 2017, les discussions entre Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon échouent notamment sur l'Europe : Hamon privilégie la négociation, tandis que Mélenchon défend un « plan A » de renégociation des traités, suivi d'un « plan B » de rupture en cas d'échec.

Enfin, l'invasion à grande échelle de l'Ukraine par la Russie le 24 février 2022 replace au premier plan les questions de défense, d'énergie et de souveraineté européenne. Les nouvelles candidatures à l'adhésion montrent que l'Union demeure une construction politique en évolution, toujours partagée entre élargissement, approfondissement de l'intégration et souveraineté des États membres.

4. Un peu de politique

Son fonctionnement repose principalement sur la Commission européenne, qui propose notamment les textes législatifs et veille à l'application des traités ; le Parlement européen, élu au suffrage universel direct depuis 1979 ; le Conseil de l'Union européenne, où siègent les ministres des États membres ; et le Conseil européen, qui réunit leurs chefs d'État ou de gouvernement. La Cour de justice de l'Union européenne assure quant à elle le respect du droit européen.

L'intégration européenne concerne notamment le marché intérieur, le commerce, l'agriculture, la concurrence, l'environnement ou certaines politiques migratoires. Tous les États ne participent cependant pas exactement aux mêmes dispositifs : 21 États utilisent actuellement l'euro, tandis que l'espace Schengen dépasse en partie les frontières institutionnelles de l'UE.

L'Union repose ainsi sur un équilibre parfois conflictuel entre souveraineté nationale et intégration européenne. Certaines décisions restent essentiellement entre les mains des États, tandis que d'autres sont prises collectivement ou confiées aux institutions européennes selon les compétences définies par les traités.

5. Un peu de mythologie

Dans la mythologie grecque, Europe est une princesse phénicienne dont Zeus tombe amoureux. Le dieu prend l'apparence d'un taureau blanc 🐂, l'attire sur son dos puis l'emporte à travers la mer jusqu'en Crète. De leur union naissent notamment Minos, Rhadamanthe et Sarpédon.

Europe épouse ensuite Astérion, roi de Crète, qui élève ses enfants. Zeus lui offre également plusieurs présents merveilleux, dont Talos, un géant de bronze chargé de protéger l'île. Europe devient ainsi une figure importante des mythes crétois, notamment par son fils Minos, futur roi de Crète.

6. Un peu de géographie

Dans l'Antiquité grecque, le nom « Europe » acquiert progressivement un sens géographique. Les Grecs divisent traditionnellement le monde connu en trois grandes parties : Europe, Asie et Libye — cette dernière correspondant approximativement à l'Afrique du Nord. Leurs frontières restent toutefois imprécises et évoluent selon les auteurs et les époques.

L'Europe désigne d'abord principalement les terres situées au nord et à l'ouest du monde égéen, avant que le terme ne s'étende progressivement. Elle ne correspond donc pas exactement à notre continent actuel : la définition géographique et les frontières de l'Europe se sont construites et transformées au cours de l'histoire.

7. Un peu de vexillologie

Le drapeau européen représente 12 étoiles dorées disposées en cercle sur fond bleu. Adopté en 1955 par le Conseil de l'Europe, il est repris par les Communautés européennes en 1986, puis devient l'un des principaux symboles de l'Union européenne. Les étoiles ne représentent donc pas les États membres et leur nombre reste fixé à 12.

Officiellement, le cercle d'étoiles symbolise l'unité, la solidarité et l'harmonie entre les peuples européens, tandis que le nombre 12 évoque traditionnellement la perfection et la plénitude. Une possible influence chrétienne et mariale a également été évoquée, notamment par Arsène Heitz, l'un des concepteurs du drapeau, mais elle ne constitue pas sa signification officielle.

L'Union possède d'autres symboles : l'Ode à la joie de Beethoven devient son hymne, la devise « Unie dans la diversité » est adoptée en 2000, tandis que la Journée de l'Europe, célébrée le 9 mai, commémore la déclaration Schuman du 9 mai 1950, considérée comme une étape fondatrice de la construction européenne.

8. Un peu d'idées reçues

L'Union européenne a-t-elle supprimé la souveraineté des États ? Les États membres restent souverains, mais ont choisi par les traités d'exercer certaines compétences en commun ou de les confier aux institutions européennes. Pour ses partisans, cette mise en commun renforce leur poids collectif ; pour ses critiques, elle limite leur capacité à décider seuls. Le Brexit montre néanmoins qu'un État peut juridiquement quitter l'Union.

L'euro a-t-il provoqué une forte hausse des prix ? Le passage aux pièces et billets en 2002 a nourri un fort sentiment d'augmentation des prix. Des hausses et arrondis ont existé dans certains secteurs, mais les statistiques ne montrent pas d'explosion générale de l'inflation directement causée par l'euro. Il existe donc un écart entre inflation mesurée et inflation ressentie.

Jacques Chirac était-il pro ou anti-européen ? En 1979, il dénonce une « Europe mollusque », impuissante et trop supranationale. Il soutient pourtant le « oui » à Maastricht en 1992, puis la Constitution européenne en 2005. Cette spectaculaire évolution, tournée en dérision dans le film Dans la peau de Jacques Chirac (2006), illustre les nombreux changements de position de Chirac sur la construction européenne.

Références

  1. Comment s'est construite l'Union européenne ? - Vie Publique, 2024
  2. Les Lumières, matrice de l'idée européenne ? - France Culture, 2018
  3. Événements historiques de la construction européenne

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