L'impérialisme

Qu'est-ce que dominer ? Les métamorphoses de l'impérialisme.
1. Un peu de définition
Le terme « impérialisme » dérive du latin imperium, qui désigne le commandement, l'autorité ou le pouvoir souverain. Dans la Rome antique, l'imperium est notamment le pouvoir de commandement détenu par certains magistrats, avant que le terme « empire » ne prenne progressivement un sens territorial et politique plus large.
L'impérialisme désigne une politique ou une doctrine par laquelle un État étend sa puissance au-delà de ses frontières, en imposant ou en renforçant son influence sur d'autres territoires et populations. Cette domination peut être militaire et territoriale, mais aussi politique, économique ou culturelle.
L'impérialisme ne se confond donc pas entièrement avec le colonialisme : la colonisation implique généralement la prise de contrôle et l'administration d'un territoire, tandis qu'une puissance impérialiste peut exercer une domination indirecte, par exemple en contrôlant les échanges commerciaux, les gouvernements locaux ou les ressources stratégiques.
2. Un peu d'histoire
Les logiques impériales sont bien antérieures à la notion moderne d'« impérialisme ». Les empires assyrien, perse, romain ou chinois, ainsi que les conquêtes d'Alexandre le Grand, illustrent différentes formes d'expansion et de domination politique. À son apogée au 2ᵉ siècle, l'Empire romain contrôle ainsi une grande partie du bassin méditerranéen et impose son autorité à des populations très diverses.
À partir du 15ᵉ siècle, les explorations maritimes européennes ouvrent une nouvelle période d'expansion. Portugal et Espagne, puis Pays-Bas, France et Angleterre, établissent comptoirs et colonies en Amérique, en Afrique et en Asie. Parallèlement, en Europe, Napoléon construit entre 1804 et 1815 un vaste empire fondé sur les conquêtes militaires, les États satellites et la diffusion des institutions françaises.
Le terme « impérialisme » se diffuse surtout au 19ᵉ siècle, dans un contexte d'industrialisation, de rivalités entre puissances et de recherche de matières premières et de débouchés commerciaux. Le Royaume-Uni possède alors le plus vaste empire colonial, tandis que la France étend fortement le sien et que l'Allemagne, unifiée en 1871, entre à son tour dans la compétition coloniale à partir des années 1880. La conférence de Berlin de 1884-1885 accompagne notamment le « partage de l'Afrique » entre puissances européennes.
Cette nouvelle phase d'expansion ne se limite toutefois pas à l'Europe : les États-Unis renforcent leur présence dans les Caraïbes et le Pacifique après la guerre hispano-américaine de 1898, tandis que le Japon, modernisé depuis la restauration de Meiji de 1868, bâtit son propre empire en Asie et annexe notamment la Corée en 1910.
Face à cette expansion, l'économiste britannique John A. Hobson publie Imperialism: A Study en 1902, l'une des premières grandes critiques de l'impérialisme moderne. Ses travaux influencent la pensée marxiste : en 1917, Vladimir Lénine publie L'Impérialisme, stade suprême du capitalisme, où il présente l'expansion impériale comme une conséquence du capitalisme financier en quête de nouveaux marchés et de monopoles.
Au 20ᵉ siècle, les deux guerres mondiales affaiblissent les empires coloniaux européens et les mouvements indépendantistes accélèrent la décolonisation, particulièrement après 1945. La notion d'impérialisme ne disparaît pourtant pas : durant la guerre froide, elle est employée pour dénoncer aussi bien l'influence des États-Unis que la domination exercée par l'URSS sur une partie de l'Europe de l'Est.
3. Un peu de pop culture
L'imaginaire impérial occupe une place considérable dans la fiction. Dans Star Wars, l'Empire galactique constitue l'exemple le plus évident : centralisation du pouvoir, expansion militaire et répression des populations sont directement associés à l'idée d'empire. La science-fiction transpose ainsi fréquemment dans l'espace des mécanismes inspirés des empires historiques.
Les jeux de stratégie placent également l'expansion territoriale au cœur de leurs mécaniques. Dans Age of Empires, le joueur développe une civilisation, exploite des ressources, construit une armée et affronte d'autres puissances afin d'assurer sa domination. Les différents épisodes mettent en scène des civilisations et empires historiques, des Romains aux Mongols, en passant par les Byzantins, les Ottomans ou les Britanniques.
4. Un peu de réflexion
L'anti-impérialisme s'est développé en réaction aux conquêtes et aux dominations exercées par les grandes puissances. Il joue un rôle majeur dans les mouvements de décolonisation du 20ᵉ siècle, mais nourrit également des critiques plus larges des rapports de force économiques, militaires et culturels entre États.
La question reste actuelle avec la Russie de Vladimir Poutine. L'annexion de la Crimée en 2014, puis l'invasion à grande échelle de l'Ukraine en 2022, sont fréquemment interprétées comme les manifestations d'un impérialisme russe ou néo-impérial, notamment en raison des revendications territoriales et des discours contestant l'autonomie historique de l'Ukraine.
Aux États-Unis, la notion demeure également débattue. Leur puissance militaire, économique et culturelle alimente depuis longtemps les critiques de l'impérialisme américain, tandis que certaines déclarations de Donald Trump concernant le Groenland ou le canal de Panama ont renouvelé ces interrogations.
Le terme pose finalement une difficulté fondamentale : où s'arrête l'influence et où commence la domination ? Une grande puissance cherche presque nécessairement à défendre ses intérêts et à exercer une influence internationale, sans que toute politique de puissance soit pour autant impérialiste. La frontière dépend donc des moyens employés, du degré de contrainte exercé et de la souveraineté laissée aux autres États.
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