L'Inquisition

Une traque un peu violente !
1. Un peu de définition
En latin, inquisitio signifie "recherche". L'Inquisition désigne une juridiction établie par l’Église catholique ✝️, à partir du 13ᵉ siècle, dans les pays d'Europe de l'Ouest.
Ce tribunal pontifical médiéval est institué par la papauté 👴🏼 pour protéger l'orthodoxie catholique : il est créé pour lutter contre les dissidences religieuses, principalement les cathares et les vaudois, mais aussi pour rechercher et punir ceux qui auraient eu des sentiments contraires à la foi catholique : des hérétiques.
L’Inquisition concernait les individus considérés comme déviants par l’Église : les mystiques, les sorciers, les bigames, les auteurs d’adultère, les zoophiles 🐷 ou encore toute personne dénoncée.
2. Un peu de contexte
Son émergence s'inscrit dans un mouvement de centralisation du pouvoir face à la fragmentation féodale. À cette époque, la justice seigneuriale était morcelée, arbitraire et hautement lucrative : chaque seigneur local disposait de son propre droit de justice sur ses terres pour percevoir des amendes, confisquer des biens et affirmer son indépendance politique tant face aux rois que face à l'Église.
Pour affirmer son autorité universelle et imposer une norme juridique cohérente dans toute la chrétienté, la papauté instaure une justice rationnelle et centralisée qui échappe aux intérêts des seigneurs locaux. L'Inquisition innove alors par l'usage systématique de l'écrit : chaque interrogatoire, témoignage et sentence est scrupuleusement consigné dans des registres d'archives, une pratique inédite pour l'époque qui posera les bases de la bureaucratie judiciaire moderne. 📜
3. Un peu de courants
On peut distinguer 3 grands types d'Inquisitions :
L'Inquisition médiévale : introduite devant les tribunaux ecclésiastiques par le pape Grégoire IX en 1231.
L'Inquisition romaine : fondée en 1542 pour lutter contre le protestantisme, remplacée par le Saint-Office en 1908.
L'Inquisition espagnole : inféodée à la couronne d'Espagne, fondée en 1478 et supprimée en 1834, et l'Inquisition portugaise.
4. Un peu d'idées reçues
Si l'Inquisition avait une dimension politique incontestable — la défense de la foi étant indissociable du maintien de l'ordre social —, elle restait une institution profondément religieuse. Par ailleurs, loin de la légende noire d'un carnage perpétuel, la peine de mort et la torture y étaient strictement codifiées et réservées à une minorité de cas, la majorité des peines consistant en des pénitences, des pèlerinages ou des confiscations de biens. 💀
Dans les faits, l'Inquisition est souvent présentée comme une justice arbitraire et archaïque, alors qu'elle apparaît plutôt moderne : elle met en place une procédure d'enquête. Ainsi l'instruction est méthodique, elle ne peut débuter que sur la base de témoignages vérifiés.
Il est sûr qu'au cours de son histoire l'Inquisition a pu se montrer violente, mais il faut aussi mentionner que les abus de certains juges sont aussi punis. Elle ne condamne pas systématiquement les personnes suspectées. Il ne s'agit pas d'une justice aveugle, comme pouvait l'être la justice seigneuriale, souvent plus arbitraire et expéditive. ⚖️
Sur le plan du droit, l'Inquisition s'adressait exclusivement aux baptisés devenus hérétiques et non aux fidèles d'autres religions. Si le pape Innocent III (1160-1216) pose les bases de la procédure d'enquête avant la création officielle de l'institution en 1231, la doctrine de l'Église a toujours interdit la conversion forcée des non-chrétiens. Les juifs ✡️ et les musulmans n'étaient poursuivis que s'ils étaient soupçonnés d'apostasie après un baptême ou d'incitation à l'hérésie.
5. Un peu de pseudo-histoire
On ignore souvent que les travaux de l'historien Jules Michelet sur le nombre de victimes de l'inquisition relèvent de la pseudo-histoire. Il faut savoir qu'il a docilement suivi ceux d'Étienne de La Mothe-Langon, qui par ailleurs a également véhiculé les stéréotypes sur les sorcières, manipulait des archives et événements pour donner raison à son opinion.
Ces forgeries (récits inventés) s'expliquent par le contexte historiographique du 19ᵉ siècle : en l'absence de méthodologie scientifique et de neutralité axiologique, l'invention de sources répondait alors au besoin d'auto-célébration et à la quête de notoriété à travers un patriotisme simpliste. La fabrication de faux devenait ainsi tout un art au service d'impératifs politiques.
Références
- Histoire : l'Inquisition, organisation et fonctionnement - Isabelle Bernier, Futura-Sciences, 2019
- Inquisition : ce qu'il faut retenir sur cette institution de l’Église - Samantha Barreto, Geo, 2019
- Inquisiteurs entre deux mondes - Jean-Paul Rehr, Cairn, 2019
- Gustav Henningsen and John Tedeschi. The Inquisition in Early Modern Europe. Studies on Sources and Methods - Gabril Audision, Revue de l'histoire des religions, 1989
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