Les mythes

Dans certains courants athées, les mythes sont souvent réduits à des récits nécessairement faux qui constitueraient les fondements uniques des religions, tandis que les créationnistes les prennent au sens littéral.

1. Un peu de définition

Un mythe est un récit à structure contrainte à visée pédagogique. Contrairement aux idées reçues, ils ne sont pas conçus pour être crus ou pris au sens littéral, mais pensés et réfléchis dans l'idée d'une instance éthique. Qu'il s'agisse du jardin d’Éden, de Sisyphe, Ulysse et les sirènes… On ne donne jamais qu'un seul sens valable à un mythe, mais plusieurs sont ouvertement possibles.

D'après Claude Lévi-Strauss, le mythe est un récit imagé, d'origine populaire, issu de plusieurs traditions orales. Il met en scène des personnages extraordinaires ou surhumains, dont les événements fabuleux ou légendaires retracent l'histoire d'une communauté. Pour lui, l'organisation dualiste constitue le mythème fondamental, à partir duquel s'écrivent nombre de récits d'origine. Les oppositions ciel/terre, vie/sol, lumière/ténèbres, soleil/lune, chasse/élevage, cueillette/agriculture, les rapports masculin/féminin (androgyne).

C'est une œuvre explicative des mystères de l'homme et du monde. Celle-ci ne se construit pas sur l'imaginaire, mais en fonction de plusieurs facteurs : l'époque, le lieu, le climat, la faune, la flore, l'ethnie, la culture, la parenté et le langage.

À l'origine, un mythe est tiré d'une tradition orale de par les observations et interactions avec la nature qui entoure l'homme. Il peut servir de base morale explicative à certaines choses concernant l'origine et le but de l'homme, faute de science pour pouvoir mieux l'expliquer. Il serait exagéré de croire que les peuples qui les écoutaient à l'origine les tenaient pour une description parfaitement exacte. Le mythe sert de structure pour maintenir une cohésion afin de convenir au développement d'une tribu pour évoluer vers une société.

Chaque mythe a besoin d'une interprétation allégorique. Les mythes ont été inventés pour la communication dans l'intérêt de mémoriser. Ce sont des documents vénérables du passé de notre espèce, témoins d'une des premières phases de la pensée humaine.

La plupart des mythes sont des récits de "fondation" (comme les cosmologies) ou des récits "d'éducation" ("comment devenir un homme ?") ou des récits de propitiation. La structure du mythe est dépendante du genre du mythe (fondation, éducation, propitiation). L'élucidation de cette structure permet le plus souvent de trouver le sens du mythe. Les indices du contenu "initiatique" se trouvent le plus souvent à l'articulation des différentes parties de cette structure.

2. Un peu d'histoire

Dans la culture grecque, le mot "mûthos" apparait au cours du 5ᵉ siècle AEC comme terme spécifique pour désigner un certain type de récit. Le rhéteur romain Quintilien, au 1ᵉʳ siècle EC définissait le mythe comme une relation avec le réel et une image de la vérité.

C'est un "genre littéraire" au même titre que la chronique, la fable, la poésie lyrique, le roman. Il est à distinguer de la "figure du discours" comme l'allégorie, le symbole, la métaphore. Le mythe, comme tout récit, utilise ces figures du discours, ce qui conduit souvent à le confondre avec elles. L’assimilation du mythe à l'affabulation s'est faite via l'évolution du langage et des sciences psychologiques vers la fin du 19ᵉ siècle, à une époque où les sciences anthropologiques n'avaient pas encore émergé.

Dans les sociétés premières, la récitation du mythe "répare" le monde. L'idée de trouver une origine "des mythes" par la "généalogie" jusqu'à la préhistoire serait un reliquat du scientisme. Ce type d'explication tombe dans "le mythe des origines" alors que le mythe est un art du langage.

Quintilien, au 1ᵉʳ siècle définissait le mythe comme une relation avec le réel et une image de la vérité. Tout mythe peut avoir une essence de réalité liée à une trame de fond historique. Cependant, il faut être précis : par exemple, la guerre de Troie n'est pas un mythe, mais une chronique. Des études archéologiques sur Troie ont montré que l'événement a bien existé, mais il a été enjolivé par les hommes contemporains de ces époques qui nous ont narré les faits en fonction du vocabulaire et des concepts qu'ils connaissaient.

3. Le partage des mythes et des rituels

Si un mythe ou un rituel est partagé avec une autre culture, certains courants de la mythologie comparée et de l'orientalisme ont véhiculé l'idée athée que la religion emprunteuse ne serait pas authentique. Cette position a été contredite notamment par l'historien Jean Bottéro dans son livre Naissance de Dieu, la bible et l'historien.

En réalité, plus un mythe ou un rituel est partagé, plus sa valeur augmente dans les sociétés qui le partagent. En outre, un rite partagé ouvre des voies de dialogue entre des sociétés facilement belliqueuses, s'inscrivant dans l'idée d'une amorce diplomatique.

Un mythe partagé n'est jamais emprunté à l'identique. Il est partagé de façon dialectique, c'est-à-dire critique. Par exemple, le texte de Gn 1 est un mythe qui fait la critique constructive de la mythologie assyrienne.

Le littéralisme est une méthode qui fait loi quand on méconnaît les travaux des historiens et des anthropologues. Cette logique fait cause commune avec les fondamentalismes religieux.

4. Un peu de réflexion

La mythologie est un composant des religions qui concerne certains textes, certains sont de la législation et ne sont pas des mythes. Le mythe n'est pas l'élément fondateur d'une religion. Il est incohérent de dire qu'une religion est une mythologie. Dire que les religions sont des mythologies modernes révèle d'un manque de culture.

Le grand public à tendance à croire savoir ce qu'est un mythe, or un mythe n'est jamais un personnage ou quelque chose de mensonger. Anthropologiquement, les mythes sont toujours vrais, comme le démontrent les travaux de Claude Lévi-Strauss, Mircea Eliade, Jean-Pierre Vernant, Georges Dumézil et Gilbert Durand. Selon l'historien Jean-Pierre Vernant, le mythe a d'ailleurs permis l'émergence ontologique de la rationalité grecque.

Pour résumer, un mythe a plusieurs significations :

Il est symbolique des aspects de la condition humaine

Il est sacré, car se référant toujours à des réalités endémiques

Il traduit les croyances, aspirations ou angoisses de la collectivité

Il offre un passé plus profond à la communauté dans un but pédagogique

Il traduit les lois et les tabous en allégories pour servir de base morale

Il tente d'établir la cause première à partir des formes, idées et concepts

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