Les cryptomonnaies

Derrière les cryptomonnaies, un idéal qui tourne au mal ?

1. Un peu de définition

Le terme « cryptomonnaie » provient de la fusion du grec ancien kruptos, signifiant « caché, secret », et du latin moneta, qui désigne la monnaie. Il s'agit d'une devise numérique conçue pour fonctionner comme un moyen d'échange à travers un réseau informatique décentralisé.

Contrairement aux monnaies traditionnelles émises par des banques centrales, comme la Banque de France à Paris ou la Réserve fédérale à Washington, elle ne repose sur aucun tiers de confiance. Sa sécurité et sa validation dépendent de la cryptographie et d'un registre public partagé appelé blockchain.

2. Un peu d'histoire

L'utilisation des mathématiques pour sécuriser ces réseaux s'inscrit dans l'histoire moderne de la cryptographie, qui a connu un tournant en 1976 avec l'invention du chiffrement asymétrique par Whitfield Diffie et Martin Hellman. Cette même année, l'économiste Friedrich Hayek publie La Dénationalisation de la monnaie, théorisant la fin du monopole des banques centrales et préfigurant l'avènement des devises décentralisées actuelles.

L'histoire de cette technologie commence le 31 octobre 2008, en pleine crise financière mondiale, avec la publication d'un livre blanc par l'anonyme Satoshi Nakamoto. Quelques mois plus tard, le 3 janvier 2009, le lancement officiel du réseau Bitcoin et le minage du tout premier bloc de données marquent le début de l'ère des devises numériques décentralisées.

En 2013, un jeune programmeur russo-canadien nommé Vitalik Buterin propose une évolution en concevant Ethereum, une plateforme qui introduit les contrats intelligents. L'écosystème se structure ensuite mondialement, oscillant entre des places financières majeures comme New York et des régulations strictes adoptées par des pays comme la Chine.

3. Un peu de vocabulaire

Altcoin : Ce terme désigne toute cryptomonnaie autre que le Bitcoin (comme Ethereum ou le Dogecoin). Il s'agit des devises numériques créées après la version d'origine pour proposer d'autres fonctionnalités.

Blockchain : Un registre numérique partagé, sécurisé et infalsifiable, qui enregistre toutes les transactions effectuées sur le réseau sans avoir besoin d'un contrôleur central.

Cryptomonnaie : Une monnaie numérique qui utilise des techniques de codage informatique (la cryptographie) pour sécuriser les transactions et contrôler la création de nouvelles unités de monnaie indépendamment des banques.

Cypherpunk : Un membre d'un groupe de militants de l'informatique qui défend l'utilisation de la cryptographie et des technologies de protection de la vie privée pour provoquer des changements sociaux et politiques.

ETF (Exchange Traded Fund) : Un moyen d'investir dans le Bitcoin facilement, comme si on achetait une action en bourse, sans avoir besoin de créer un portefeuille numérique spécial ni de gérer la sécurité informatique.

Minage : L'action d'utiliser la puissance d'ordinateurs puissants pour vérifier et sécuriser les transactions sur une blockchain. En échange de ce travail de calcul, les personnes qui prêtent leurs machines (les mineurs) reçoivent de nouvelles pièces de cette cryptomonnaie en récompense.

Monnaie numérique : Une monnaie qui n'existe pas sous forme physique (billets ou pièces), mais exclusivement sur des supports électroniques. Ce terme englobe les cryptomonnaies décentralisées ainsi que les Monnaies Numériques de Banque Centrale (MNBC), comme le futur euro numérique ou le yuan numérique.

NFT (Non-Fungible Token / Jeton non fongible) : Un titre de propriété numérique unique et non interchangeable, émis sur une blockchain, qui permet de certifier l'authenticité et la possession exclusive d'un objet virtuel ou réel, comme une œuvre d'art, un fichier musical ou un élément de jeu vidéo.

4. Un peu de secret

Même s'il n'y a pas de consensus, 2 hypothèses populaires circulent sur l'identité de Satoshi Nakamoto, inventeur du Bitcoin.

Hal Finney, cryptographe et pionnier cypherpunk, est le candidat individuel le plus crédible. Premier utilisateur du logiciel et destinataire de la toute première transaction de Bitcoin, son style d'écriture correspond fortement à celui de Satoshi Nakamoto, bien que des échanges de courriels publiés suggèrent l'existence de deux entités distinctes.

L'hypothèse d'un collectif de cypherpunks, combinant les compétences de Hal Finney et de Len Sassaman, est également privilégiée. Les variations d'orthographe et les plages horaires d'activité de Satoshi soutiennent cette thèse d'un travail d'équipe, qui s'est interrompu après la disparition successive de ces 2 chercheurs.

5. Un peu de politique comparée

Aux États-Unis, Donald Trump a opéré un revirement politique majeur en 2024 en s'affichant comme le « président crypto » lors de la conférence Bitcoin à Nashville pour capter l'électorat et les financements de cette industrie.

L'Union Européenne encadre de manière stricte le secteur via le règlement MiCA pour protéger les consommateurs et surveiller les plateformes. En pratique, cela permet aux citoyens d'investir en toute légalité auprès de prestataires officiellement agréés.

La Chine interdit le minage et l'activité des plateformes d'échange pour protéger sa stabilité financière et imposer son yuan numérique. Si la loi y reconnaît toujours la possession de cryptomonnaies comme une propriété virtuelle, leur achat est en pratique presque impossible, les intermédiaires financiers risquant de lourdes sanctions.

Le Salvador est devenu en 2021 le premier pays au monde à adopter le Bitcoin comme monnaie légale sous l'impulsion du président Nayib Bukele, cherchant ainsi à bancariser la population et attirer les investissements.

Le Bhoutan a secrètement développé depuis 2020 des infrastructures étatiques de minage de Bitcoin, exploitant ses importantes ressources hydroélectriques sous la direction de son souverain Jigme Khesar Namgyel Wangchuck.

Poussé par une inflation massive de la monnaie nationale, le Nigéria s'est imposé comme un pôle mondial pour l'usage des actifs numériques. Afin de reprendre le contrôle de sa politique de change, le gouvernement du président Bola Tinubu a toutefois durci sa réglementation en 2024, infligeant notamment de lourdes amendes financières à la plateforme d'échange Binance pour stabiliser son marché monétaire interne.

L'axe Iran-Russie utilise de plus en plus le minage étatique et les actifs numériques comme outils stratégiques pour contourner les sanctions économiques occidentales. En convertissant leurs vastes surplus énergétiques, notamment le gaz et le pétrole, en Bitcoin, ces 2 nations génèrent des liquidités en dehors du système financier traditionnel Swift.

6. Un peu de danger

La sécurité des plateformes d'échange reste une vulnérabilité majeure, comme l'illustrent les cyberattaques répétées attribuées à des groupes de hackers liés à la Corée du Nord. Ces piratages informatiques à grande échelle ciblent les protocoles de finance décentralisée pour détourner des milliards de dollars en actifs numériques.

Parallèlement à ces cybermenaces, l'insécurité se manifeste désormais de manière physique à travers le monde. Les agressions ciblant directement les investisseurs crypto se multiplient, les criminels recourant à la violence ou aux enlèvements pour forcer le transfert de leurs clés privées.

Fondée en 2017 par Changpeng Zhao dans un environnement réglementaire alors quasi inexistant, la plateforme Binance s'est imposée comme le géant mondial du secteur avant de devoir payer une amende record de 4,3 milliards de dollars aux États-Unis fin 2023.

Le minage du Bitcoin remplace l'émission de monnaie traditionnelle en validant les transactions de manière décentralisée grâce à la puissance informatique, s'affranchissant ainsi du système bancaire traditionnel, mais générant une immense empreinte écologique.

En juin 2019, Facebook a tenté de lancer sa monnaie numérique, la Libra (renommée Diem fin 2020) pour révolutionner les paiements mondiaux. Face à la levée de boucliers massive des États et des banques centrales, qui y voyaient une menace pour leur souveraineté monétaire, et suite à l'abandon de partenaires majeurs comme Visa ou Mastercard, le projet a été arrêté début 2022.

7. Un peu d'anecdotes

Le darkweb a constitué le premier terrain d'expérimentation du Bitcoin au début des années 2010 via des plateformes comme Silk Road. Contrairement aux idées reçues, le Bitcoin n'est pas anonyme mais pseudonyme : toutes les transactions sont publiques. C'est cette transparence de la blockchain qui a permis aux autorités de tracer les flux et de démanteler ces réseaux.

Créé comme une plaisanterie en 2013, le Dogecoin est le pionnier des « memecoins », propulsé par la culture Internet et Elon Musk. Cet actif à l'effigie d'un Shiba Inu a atteint une valorisation de plusieurs milliards de dollars sans la moindre innovation technique, prouvant que la spéculation peut transformer un simple mème en phénomène financier.

Pour remplacer le minage énergivore, Ethereum a opéré en septembre 2022 une mutation historique appelée « The Merge ». En adoptant la Proof of Stake (preuve d'enjeu), le réseau a réduit instantanément sa consommation électrique de plus de 99 %, démontrant que l'impact écologique massif n'est pas une fatalité pour l'écosystème.

L'actrice Gwyneth Paltrow incarne la convergence entre Hollywood et les actifs numériques. En participant dès 2017 à la promotion du portefeuille Abra, elle a contribué à populariser les monnaies virtuelles auprès d'un grand public traditionnellement éloigné de la finance et de la technologie.

8. Un peu de réflexion

L'idéal originel des cypherpunks, qui reposait sur une liberté totale et une décentralisation absolue face aux États, se heurte aujourd'hui à la récupération du système par les institutions financières, les réglementations gouvernementales et les spéculations. Le paradoxe est que ce retour en force des intermédiaires traditionnels donne l'impression de revenir au monde bancaire d'avant.

Cette institutionnalisation redéfinit également le rapport au risque. Pour l'investisseur, la promesse d'une sécurité infalsifiable apportée par la blockchain se confronte à la fragilité des interfaces humaines : faillites de plateformes, piratages de protocoles et pertes de clés privées rappellent que l'absence de tiers de confiance élimine aussi tout recours en cas d'erreur. L'émancipation financière se paye ainsi au prix d'une responsabilité individuelle absolue.

Références

  1. Cryptomonnaies : révolution et manipulations - France Culture
  2. Cryptomonnaies, du virtuel à la realpolitik - France Culture
  3. Que veulent les crypto-monnayeurs ? - France Culture
  4. L'utopie des cryptomonnaies - France Culture
  5. Les monnaies - Germinou, Quora

2 vues · 0 vote positif

Réactions

Connectez-vous pour réagir.

Commenter ce contenu…

Commentaires

0 message