Le purgatoire

Le purgatoire est un lieu de purification temporaire de l'âme, qui contient la promesse d'aller au paradis pour l'éternité.
Tout comme pour l'enfer, on ne devrait pas croire au purgatoire sans prendre au préalable un minimum de connaissance sur la construction de cette doctrine.
1. Un peu d'histoire
Au 6ᵉ siècle, les clercs fondent une opposition entre le Paradis et l'Enfer, mais l'Église hésite longtemps pour définir un intermédiaire entre le bien et le mal. Le thème du Purgatoire va survenir progressivement puis se fixer, influencé possiblement d'anciennes légendes païennes. Ce Purgatoire ne sera pas sans utilité pour cette Église qui en profitera pour transformer ses directives éthiques en une véritable législation, pouvant créer ainsi une classification précise de gravité parmi les fautes et les péchés.
Au 13ᵉ siècle, la conceptualisation du purgatoire comme un palier intermédiaire entre le ciel et l'enfer s'accélère sous l'impulsion de la théologie catholique et, de manière très concrète, des ordres mendiants (comme les Dominicains et les Franciscains). Ces derniers intègrent cette notion pour répondre à l'émergence de la bourgeoisie urbaine.
Dans le contexte féodal de l'époque, la société était traditionnellement pensée selon une division tripartite stricte : ceux qui prient (les clercs), ceux qui combattent (les nobles) et ceux qui travaillent la terre (les paysans). Le bourgeois, vivant du commerce et du maniement de l'argent dans les villes en pleine expansion, n'entrait dans aucune de ces trois catégories. Parce qu'il accumulait des richesses monétaires et prêtait parfois à intérêt, il était structurellement assimilé à la figure du pécheur "avare", un profil théoriquement voué à la damnation éternelle en enfer. L'instauration du purgatoire offre alors une issue théologique à cette nouvelle classe sociale : elle lui permet d'envisager un salut possible au prix d'une purification temporaire après la mort, souvent compensée par des œuvres de charité ou des dons à l'Église.
Si elle s’appuie sur une tradition ancienne autour de la prière pour les morts, le purgatoire naît durant le Moyen Âge, à la fin du 12ᵉ siècle selon l’historien Jacques Le Goff. L'écrivain Dante (1265–1321), dans la Divine Comédie, révolutionne une première idée du purgatoire dans l'imaginaire, qui est comme la montagne de l’âme. Elle doit monter jusqu’au sommet pour décoller vers le paradis céleste.
La définition de sa doctrine officielle par l’Église n’intervient que tardivement, au 15ᵉ siècle. « L’Église a formulé la doctrine de la foi relative au Purgatoire surtout aux Conciles de Florence (en 1439) et de Trente (1545-1563) », indique le catéchisme. Mais si sa définition doctrinale est relativement récente, elle s’appuie sur la tradition du peuple juif, en particulier sur la pratique de la prière pour les défunts, évoquée notamment dans le deuxième Livre des Martyrs d’Israël (2 M 12, 46).
Au 19ᵉ siècle, le culte du purgatoire est redéveloppé par le clergé catholique afin de contrer la montée du spiritisme. La doctrine du purgatoire, étape vers le paradis, connaît depuis au moins un siècle un effacement des consciences et des représentations, même chez les catholiques pratiquants. Dans un livre d’entretiens paru en 1985, le cardinal Joseph Ratzinger assurait même : « Si le purgatoire n’existait pas, il faudrait l’inventer. »
2. Un peu de réflexion
Cette doctrine fut possiblement créée dans un but économique, rassurer certains en leur donnant l'illusion qu'ils peuvent éviter l'enfer en allant dans ce purgatoire, à condition d'acheter auparavant des indulgences auprès de l'église. C'est d'ailleurs l'une des raisons qui ont poussé certains à se séparer de l'église et à créer le protestantisme.
Matthieu 12, 32 : "Et quiconque aura dit une parole contre le Fils de l'homme, cela lui sera remis ; mais quiconque aura parlé contre l'Esprit Saint, cela ne lui sera remis ni en ce monde ni dans l'autre". Dans cette parole, on entend ici que des péchés peuvent éventuellement être remis dans l'au-delà. Ce qui est bien la définition du purgatoire. Cela se trouve aussi dans un livre deutérocanonique.
Pour l’Église catholique et romaine, le purgatoire est un état où « ceux qui meurent dans la grâce et l’amitié de Dieu souffrent après leur mort une purification, afin d’obtenir la sainteté nécessaire pour entrer dans la joie du ciel ». Cette doctrine n’est pas reconnue par les protestants, les Évangiles n’y faisant pas directement référence.
3. Un peu de limbes
Les limbes sont un concept différent du purgatoire. Le mot latin "limbus" signifiant "bord, marge" en latin. Elles se définissent comme le séjour où les justes de l'Ancien Testament attendaient la venue rédemptrice du Christ ; séjour de félicité naturelle des enfants morts sans baptême.
Un verset allant dans le sens de cette idée est l'Évangile selon Marc (16.15-16) : "Puis il leur dit : Allez par tout le monde, et prêchez la bonne nouvelle à toute la création. Celui qui croira et qui sera baptisé sera sauvé, mais celui qui ne croira pas sera condamné".
L'idée des limbes, que l'Église a employée pendant des siècles pour désigner le sort des enfants qui meurent sans baptême, n'a pas de fondement clair, même si elle a été longtemps utilisée dans l'enseignement théologique traditionnel. En 2007, le concept sera aboli des doctrines.
Références
- La naissance du Purgatoire (XII-XIII siècle) - Jacques Le Goff, Persée
- L'Enfer et l'invention du Purgatoire : podcast - France Culture
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