Les péchés

En religion, le péché désigne la transgression volontaire d'une loi divine ou religieuse.
Les différents péchés
1. Le péché hébraïque
Dans l'Ancien Testament, on distingue essentiellement 3 termes : avone, heth, pesha. Leur occurrence est différente : heth est le plus courant (459 occurrences contre 229 pour avone et 136 pour pesha).
Le judaïsme connait la notion de faute, mais pas celle de "péché" au sens métaphysique. Partant de l'idée qu'il considère que c'est Dieu qui pardonne et pas l'être humain qui lui peut oublier. Comme le monde hébraïque est embryonnaire, les "fautes" ne sont pas définitives et peuvent se réparer (kapparah). Elles ne sont alors pas "effacées" mais "réparées".
2. Le péché originel
Ce qu'on appelle "péché originel" est une invention théologique de Paul de Tarse (Romains 5 :12) , développée au 4ᵉ siècle EC par Augustin d'Hippone liée à la mauvaise réception, puis traduction de la Vetus Latina que lisait Augustin. Il eut même une querelle avec Jérôme de Stridon sur la nécessité de recourir à l'hébreu pour une nouvelle traduction latine.
Toujours est-il que son invention fit son chemin, mais ne trouve son issue dogmatique qu'en 1854 avec l'immaculée conception. : Ineffabilis Deus affirme que seule Marie est dépourvue de péché originel et donc que tous les autres humains en sont affectés et donc diminués.
3. Les péchés capitaux
En contexte chrétien, le seul péché explicitement qualifié d'impardonnable dans la Bible est le péché contre l'Esprit. Le Nouveau comme l'Ancien Testament ignorent toute gradation formelle ou classification des fautes : le concept de « péché capital » en est totalement absent.
Pour comprendre l'origine de cette notion, on peut mettre en perspective la faute biblique — telle qu'elle apparaît de manière embryonnaire dans la Genèse (Gn 4:7) — avec le concept de « faute » propre à la tragédie grecque. Dans le monde classique, le tragique désigne un mal anonyme qui s'abat sur les hommes, mais il s'incarne aussi dans l'action d'un individu. Qu'il s'agisse d'Antigone, d'Œdipe ou de Médée, les personnages sont responsables d'une défaillance qui dépasse toujours le cadre strictement individuel pour revêtir une dimension morale et politique.
L'élaboration des péchés capitaux résulte d'une lente sédimentation historique qui commence hors du cadre scripturaire :
L'idée germe d'abord chez Origène, puis trouve une première formulation structurée au 4ᵉ siècle en Égypte, sous la plume d'Évagre le Pontique. Cet anachorète, influencé par Grégoire de Nazianze et la conception platonicienne de l'âme divisée, identifie non pas des péchés, mais 8 « passions néfastes » ou pensées mauvaises qui guettent le moine : la gourmandise, l'impureté, l'avarice, la mélancolie, la colère, la paresse (ou acédie), la vanité et l'orgueil.
Au 5ᵉ siècle, le moine Jean Cassien importe cette tradition ascétique en Occident dans ses écrits. La transition du monde grec au monde latin ne se fait pas sans heurts : Augustin d'Hippone joue un rôle majeur dans la réflexion occidentale sur la faute, bien que Lucien Jerphagnon le qualifie indubitablement de mauvais traducteur et de piètre lecteur du grec, ce qui a pu infléchir la perception de ces concepts.
Au tournant des 6ᵉ et 7ᵉ siècles, le pape Grégoire Ier le Grand donne sa forme presque définitive à la liste. Il la réduit à 7 éléments en opérant des fusions et des substitutions, notamment en intégrant l'envie et en rattachant la paresse à l'acédie.
Au 12ᵉ siècle, le théologien Pierre Lombard (1100–1160) fige cette liste (orgueil, envie, paresse, colère, avarice, luxure, gloutonnerie) dans sa célèbre doctrine, avant que le 4ᵉ concile de Latran, en 1215, ne l'ancre définitivement dans le dogme catholique en liant ces fautes à l'obligation de la confession annuelle.
Les péchés capitaux concernent surtout les catholiques qui les hiérarchisent de façon fixe. Les orthodoxes les trient autrement. D'après le théologien Jean-Denis Kraege, les protestants s'interrogent plutôt la qualité du relationnel avec le divin.
Au 13ᵉ siècle, le philosophe et théologien Thomas d'Aquin expliqua que plutôt que de péchés, il faudrait parler de vices, c'est-à-dire des tendances à commettre certains péchés, plutôt que de péchés à proprement parler. On n'y trouve ainsi ni le meurtre, ni le vol, mais ces 7 vices fondamentaux à l'origine de toutes les autres actions pécheresses, de la plus bénigne à la plus grave. La paresse ou la gourmandise peuvent ainsi conduire un homme à commettre un vol, et la colère ou l'envie, un meurtre.
À l'inverse des péchés
Les 3 vertus théologales : la foi, l’espérance, et la charité.
Les 4 vertus cardinales : la prudence, la justice/intelligence, la force/vaillance, la tempérance.
Les 7 vertus catholiques : la charité, la chasteté, la tempérance, la prodigalité, la modestie, le courage, l'humilité. Ou selon un autre courant : la charité, la foi, l'espérance, la justice, la prudence, la tempérance, la force.
4. Le péché de chair
Le péché de chair se définit comme des relations sexuelles en dehors des règles religieuses ou morales. Au 5ᵉ siècle EC, le moine Jean Cassien prône une doctrine ascétique et rigoureuse. On commence alors à avoir des sortes de nomenclatures du péché et des punitions.
Il développe l'idée que plus, on s'éloigne de la chair, plus on est un être spirituel. Le péché charnel prend alors une importance grandissante par rapport aux autres péchés. La notion de luxure, qui servira à définir le péché sexuel, émerge.
5. Le péché musulman
Dans l’islam, la notion de grands péchés "kabā’ir” est liée à la compréhension de l’éthique et la jurisprudence islamique. Le fâsiq (ou débauché) est celui qui commet des péchés majeurs ou commet régulièrement des péchés mineurs (vol, fornication).
Références
- Le péché d’Acedia, de l’aversion à l’indifférence
- Les sept péchés capitaux
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