La multiplicité des dieux

Une croyance néo-athée véhicule l'idée que la multiplicité des dieux démontre l'inexistence de Dieu.
1. Réflexions sur le divin
Ce stéréotype n'a aucune validité sauf si on adhère à une croyance implicite : la mystique de l'uni, à savoir que l'un serait supérieur par essence.
Si on dit Dieu, et non dieu pour représenter l'autorité suprême, c'est qu'il y'a comme raison que Dieu est l'objet de recherche et réflexion des diverses traditions théologiques.
La seule théologie connue dans le grand public est la théologie catholique. Le dieu des monothéismes assume toutes "les tâches" et tous les attributs que les polythéismes repartissent sur les épaules.
Dans les traditions judéo-chrétienne et islamique la distinction entre l'unité et la multiplicité dans le divin est entendue surtout comme l'opposition entre monothéisme et polythéisme. Il ne doit cependant pas être exclu de trouver l'un dans le divin sans l'opposer comme contraire à une multiplicité de dieux honorés.
La pensée occidentale considère que le culte d'un seul dieu peut s'opposer au culte d'une poignée de dieux. Pourtant, la réalité de la piété dans les religions polythéistes est toute différente, car a synthèse des valeurs n'est pas la même.
Qu'il s'agisse d'Ulysse dans l'Odyssée ou du collègue hindouiste avec lequel on travaille : ils connaissent l'ensemble des dieux du panthéon de leur religion, mais n'en honore qu'un seul. Ulysse honore Athéna qui le protège. Le collègue est zélateur de Vishnou dont il dit qu'il porte toutes les valeurs du Jésus des chrétiens.
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La diversité des dieux est une contradiction pour peu qu'on croie que le catholicisme est la seule religion.
Dieu dans la tradition occidentale ayant pour caractéristique l'unicité et l'omniprésence.
CF
Le dieu Yhwh : ses origines, ses cultes, sa transformation en dieu unique 1/8
L’omnipotence, l’omniscience et l’omniprésence de Dieu
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Dans les civilisations où la réflexion sur le divin est structurée comme un savoir savant, la transcendance définit précisément ce qui échappe à la condition humaine. C'est ce que met en lumière l'historien Jean-Pierre Vernant (notamment dans son cours de 1975 sur Les Sept contre Thèbes) : les attributs divins comme l'éternité, l'ubiquité ou l'omniprésence tracent, en creux, les limites indépassables de l'homme. Face à la multiplicité humaine, le divin s'envisage alors sous des facettes variées qui tendent toutes vers un "partout" situé au-delà de l'expérience sensible.
Argument du prisme
Le divin est comparable à une lumière blanche unique qui, en traversant le prisme des cultures, se fragmente en un spectre de couleurs variées. Affirmer que l'existence du rouge ou du bleu prouve l'inexistence de la lumière est un sophisme qui confond la source avec ses reflets. La multiplicité des dieux n'est donc pas une contradiction, mais la manifestation visible de la richesse d'un principe originel.
2. Un peu d'histoire
Bien que la réalité des cultes à divinités multiples soit ancienne, le concept théorique de polythéisme trouve sa source chez le philosophe juif Philon d'Alexandrie au 1er siècle de notre ère. Pour dialoguer avec les Grecs, il oppose le message biblique à leur doctrine de la multiplicité des dieux (polytheia).
Pour des raisons sécuritaires, la Mishna Avoda Zara et le De idololatria de Tertullien (160–240 EC) proposent aux juifs et aux chrétiens divers moyens de mener leur vie sans mettre en danger leur foi dans l’environnement empli d’idolâtrie de l’Empire romain dans lequel ils évoluent.
De leurs cultes, aucun Grec ni aucun Romain ne disait qu’ils étaient polythéistes. D'ailleurs, la place d’un dieu dans un mythe ou dans une œuvre comme l’Odyssée ne reflète pas vraiment sa place dans le culte.
L'idée de polythéisme a été popularisée par le philosophe Jean Bodin (1530–1596) qui lui appliquait le terme idolâtrie, dans un contexte polémique contre ces cultes qui n'étaient selon lui qu’athéisme : avoir de nombreux dieux revient à n’en avoir aucun, car on méconnaît le vrai Dieu (celui des chrétiens).
L'idolâtrie désignée sur les autres cultures s'entendant éthiquement, au sens ou ils s'affranchissent d’un discours théologique de recherche. S’il existe 3 monothéismes, c’est que chacun d'eux a érigé précisément l’idolâtrie comme pierre de touche de l’inscription de l’homme dans le monde.
Cette classification est véhiculée notamment par Edward Brerewood (1565–1613), dans ses Recherches curieuses sur la diversité des langues et religions : "Il est quatre sortes ou sectes de Religion qui s’observent dans les diverses régions du monde, à savoir l’Idolâtrie, le mahométisme, le judaïsme et le christianisme".
3. Les divinités grecques
Le comparatisme avec les dieux grecs est curieux, car il faudrait d'abord savoir ce que sont ces dieux. Dans notre culture occidentale, que sont ces dieux par rapport à leurs panthéons par exemple ?
Comment l'expliquait l'historien Jean-Pierre Vernant (1914–2007) : Un dieu, c'est une puissance qui agit ou qui protège dans un domaine défini, ce qui fait que chaque divinité est à la fois bienfaisante et redoutable dans son domaine. Mais en matière religieuse, si l'on pense au-dessus de l'idée du "miracle de l'Antiquité", les grecs ont toujours répugné à l'abstraction.
4. Le dieu de la Bible
Le dieu biblique peut se nier si on est littéraliste, sauf qu'on sait qu'il y'a plusieurs sens à l'écriture et que celui-ci est imagé. La Bible nous présente un dieu entièrement indépendant de sa création.
Car ainsi parle l’Éternel, Le créateur des cieux, le seul Dieu, Qui a formé la terre, qui l'a faite et qui l'a affermie, Qui l'a créée pour qu'elle ne fût pas déserte, Qui l'a formée pour qu'elle fût habitée: Je suis l’Éternel, et il n'y en a point d'autre.
Dans le texte biblique, le terme Elohim arbore une forme plurielle. Loin de traduire une multiplicité de divinités ou d'entités célestes, la grammaire hébraïque (comme le rappelle la grammaire Weingreen) utilise ici un pluriel d'excellence ou d'intensité. L'hébreu biblique ne possédant ni comparatif ni superlatif formels, le recours au pluriel fonctionne comme un augmentatif pour exprimer la complétude, la grandeur absolue ou l'idée de "Dieu suprême".
5. Dans l'hindouisme
S'il y'a bien une religion dont la diversité de dieux est bien connue, c'est l'hindouisme. Ici la multiplicité est assumée et insérée ; de même que les représentations, les avatars, les incarnations, les manifestations articulés autour de Brahman, de part les nombreuses formes d'iconolâtrie.
Ici les dieux qui composent la Trimurti (Brahma, Vishnou, Shiva) prennent aussi bien en compte les dieux des autres religions que les nombreux avatars de Vishnou et Shiva. Après tout, c'est la religion au 330 millions de divinités ! 🕉️
Références
- La passion de l'Un, de l'Antiquité à nos jours
- Les nombres dans la Bible
- Transcendance
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