La lapidation

Un châtiment religieux ou un héritage antérieur à l'islam ?
1. Un peu de définition
La lapidation, ou rajm en arabe, désigne une mise à mort par jets de pierres, classée parmi les peines dites hudud, c'est-à-dire les châtiments présentés comme fixés par Dieu lui-même, par opposition aux peines discrétionnaires laissées à l'appréciation du juge. Le terme « rajm » apparaît bien dans le Coran, mais toujours dans un sens figuré, pour désigner l'action de repousser ou de maudire un être malfaisant, et non comme description d'un supplice judiciaire.
Le châtiment lui-même est traditionnellement réservé, selon les écoles juridiques qui l'admettent, au cas de zina (relation sexuelle illicite) commis par une personne mariée, la peine prévue pour les personnes non mariées étant la flagellation.
Les écoles sunnites divergent sur les conditions de preuve du zina (relations hors mariage) : l'école malikite est la seule à admettre la grossesse d'une femme célibataire comme preuve suffisante, là où les trois autres exigent un aveu ou le témoignage de quatre témoins oculaires, ce qui a mené les juristes à débattre de la durée maximale de gestation pour disculper les accusées.
2. Un peu d'histoire
Le supplice de la lapidation ne trouve pas son origine dans l'islam. Il est attesté bien avant, notamment dans le droit biblique, où plusieurs passages du Lévitique et du Deutéronome prescrivent cette peine pour l'adultère, le blasphème ou l'idolâtrie. L'islam naissant, au 7ᵉ siècle, s'inscrit ainsi dans un contexte juridique et culturel où la pratique était déjà connue au Proche-Orient.
Le Coran ne mentionne nulle part la lapidation comme peine légale : le verset 24:2 prescrit cent coups de fouet pour le fornicateur et la fornicatrice, sans distinction entre personnes mariées ou non. C'est dans la tradition prophétique (hadith) que la lapidation trouve son fondement principal. Le recueil Sahih al-Bukhari, l'un des plus autorités après le Coran pour les sunnites, rapporte plusieurs épisodes où Mahomet aurait ordonné cette peine, notamment à travers le récit d'un homme venu confesser un adultère.
Le calife Omar (584-644), qui régna de 634 à 644, a rapporté l'existence d'un verset sur la lapidation (le rajm) qui aurait été retiré du texte coranique écrit tout en restant juridiquement contraignant. Les coranistes rejettent absolument cet argument, car ils refusent toute autorité aux traditions extérieures au Coran. De plus, plusieurs spécialistes soulignent que ce récit ne repose pas sur une transmission unanimement attestée (tawatur), ce qui explique pourquoi ce sujet suscite encore des débats théologiques et juridiques.
C'est essentiellement à travers l'exégèse post-coranique et la littérature juridique (fiqh), élaborées sur plusieurs siècles à partir du 8ᵉ siècle, que s'est construite et systématisée la doctrine du rajm, avec des conditions de preuve extrêmement strictes : 4 témoins oculaires directs de la pénétration, ou un aveu répété 4 fois par l'accusé, ce qui rend en théorie l'application de la peine rarissime.
À l'époque contemporaine, la lapidation reste inscrite dans le code pénal de l'Iran depuis la révolution de 1979, ainsi que dans plusieurs États du nord du Nigeria depuis 2000. Au Nigeria, aucune condamnation à la lapidation n'a été exécutée à ce jour, car elles sont systématiquement annulées en appel ou bloquées par des conflits de compétence entre les tribunaux islamiques et les lois fédérales.
3. Un peu d'idée reçue
Contrairement aux idées reçues, la lapidation n'est pas une peine prescrite par le Coran. Aucun verset ne prescrit explicitement la lapidation comme sanction de l'adultère. Le seul châtiment pénal mentionné dans le texte coranique est la flagellation de 100 coups (24:2), sans distinction entre personnes mariées et non mariées. La lapidation repose principalement sur plusieurs hadiths rapportant des décisions attribuées à Mahomet, ainsi que sur leur interprétation par la jurisprudence (fiqh).
C'est pourquoi les coranistes, qui ne reconnaissent d'autorité normative qu'au Coran, rejettent cette peine, tandis que les écoles juridiques traditionnelles continuent de la considérer comme une prescription valide de la Sunna.
Concernant les relations homosexuelles masculines, les écoles juridiques sunnites divergent également. Certaines assimilent ces actes au zina et appliquent, sous certaines conditions, les mêmes peines que pour l'adultère, tandis que d'autres prévoient des sanctions différentes, allant de peines discrétionnaires (ta'zir) à la peine capitale selon les circonstances et les interprétations retenues.
4. Dans les autres cultures
Chez les Grecs : Elle se manifestait sous forme de justice populaire collective (balsis) pour punir la haute trahison ou le sacrilège. Jeter des pierres permettait à la cité d'éliminer la souillure du crime sans qu'un bourreau unique ne porte la responsabilité directe du sang versé, comme le rapporte Hérodote lors des guerres médiques.
Chez les Romains : Une coutume archaïque permettait de mettre à mort celui qui violait les lois fondamentales, comme déplacer les bornes sacrées des champs. En faisant du criminel un être maudit, la communauté l'exécutait collectivement à coups de pierres, évitant ainsi qu'un citoyen unique ne commette un meurtre de sang.
Chez les Aztèques : À l'autre bout du monde, en Mésoamérique, le code de lois de la cité-État de Texcoco prévoyait également ce supplice. Les chroniques espagnoles du 16ᵉ siècle documentent que cette société appliquait systématiquement la lapidation publique pour sanctionner et réprimer l'adultère.
5. Un peu de réflexion
La lapidation illustre de façon particulièrement nette la tension entre un texte scripturaire silencieux sur une pratique et une tradition juridique qui, des siècles plus tard, en a fait une norme pénale à part entière. Peut-on alors parler d'un « châtiment islamique » au sens strict, si son fondement textuel le plus solide ne se trouve pas dans le Coran, mais dans une exégèse largement postérieure ?
Et cette question, loin d'être purement académique, éclaire un débat plus large : celui de la place que doit occuper l'interprétation humaine, historiquement située, dans la construction d'une norme présentée comme d'origine divine.
Références
- Iran : un projet de Code pénal profondément défectueux - Human Rights Watch, 2012
- L'application du droit pénal islamique dans le Nord-Nigeria - Cairn, 2009
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