L'essentialisme intellectuel

Sur les réseaux sociaux, les désaccords s'accompagnent souvent d'une essentialisation de l'intelligence de l'autre, ramenée à un simple jugement de supériorité ou d'infériorité.
1. Un peu de définition
Du point de vue de l'éthique sociale, c'est curieux en ce sens qu'il n'y a pas de définition de l'intelligence qui fasse consensus, pourtant dans notre monde il y'a des faits culturels et des faits sociaux.
L'intelligence n'a jamais eu véritablement de définition qui fasse l'unanimité : capacité à résoudre les problèmes, réflexion, adaptation, capacité à comprendre…? Et si l'intelligence n'existait pas ?
Le nombre de neurones présents dans un cerveau humain ne prouve pas l'intelligence non plus. Et si plutôt que d'intelligence, on parlait de culture, car notre regard sur l'intelligence est social et culturel.
2. Un peu de quotient
On est en droit d'interroger les usages du Quotient Intellectuel lorsque l'on observe les dérives auxquelles cet outil a parfois donné lieu. On voit cela à quel point l'outil du médecin Alfred Binet (1857–1911) a été instrumentalisé.
Conçu initialement en 1905 par Alfred Binet et Théodore Simon à la demande du ministère de l'Instruction publique, l'outil avait un objectif exclusivement pédagogique : repérer les élèves en difficulté scolaire afin de leur offrir un soutien adapté. Binet s'opposait fermement à l'idée de mesurer une capacité mentale fixe ou innée, avertissant explicitement contre le danger d'utiliser son échelle pour étiqueter définitivement les individus.
Le concept de « quotient intellectuel » proprement dit n'apparaît qu'en 1912, formulé par le psychologue allemand William Stern pour calculer le rapport entre l'âge mental et l'âge réel. Repris et adapté aux États-Unis par Lewis Terman en 1916 sous le nom de test Stanford-Binet, le dispositif a été détourné de sa fonction d'accompagnement pédagogique pour devenir un instrument de classification sociale, de sélection eugéniste et de légitimation des hiérarchies humaines.
3. Un peu d'essentialisme
Le terme d'essentialisme a été popularisé par Karl Popper (1902–1994) en 1945. Il désigne une conception selon laquelle les diverses identités socioculturelles diffèreraient entre elles par essence. Il introduisit le terme pour en critiquer le côté réducteur.
L'essentialisation est l'acte de réduire un individu à une seule de ses dimensions, ce qui suppose qu'il y a non seulement réduction d'un individu, mais qu'il y a l'idée de le faire malgré l'individu lui-même. Essentialiser, c'est donc poser une étiquette.
4. Un peu de con
Anthropologiquement, qu'est-ce qu'un con ? Le con a beaucoup de synonymes fleuris dans notre belle langue française : crétin, idiot, abruti, nigaud, simplet... On parle souvent d'intelligence, mais beaucoup moins de son antonyme qui n'est pas la connerie, mais l'inintelligence : c'est-à-dire le manque d'intelligence.
Le principe de l'insulte par la moquerie d'emblée est de décharger son agressivité dans une surréaction par condescendance, plutôt qu'une réflexion de fond. Celle-ci étant trop chronophage à chaud, l'autre devenant la catharsis nécessaire pour mieux se défouler.
L'exemple du croyant et de l'athée est caractéristique. En ce sens que certains néo-athées croient à la supériorité de l'intelligence par rapport aux "croyants" en se basant inconsciemment sur les travaux de Satoshi Kanazawa. Dans cette logique, le croyant est nécessairement endoctriné et irréfléchi. La pensée s'arrêterait-elle donc ici ? 🤔
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