Les dogmes


Les dogmes s'entendent comme des points fondamentaux considérés comme incontestable d'une doctrine religieuse ou philosophique, on parle surtout des dogmes dans le cadre des courants du christianisme.
Introduction
L’étymologie répond "opinion, décision". Un dogme est une décision, voir un décret considéré comme fondamental et intangible formulé par une autorité politique, philosophique ou religieuse. ✝️
La confusion populaire indiscerne le dogme, avec d'autres idées comme la foi, la vérité, le crédo, la tradition, la doctrine, la croyance…
Contrairement à une idée reçue trop répandue, toutes les obédiences ne sont pas équipées de dogmes. Les orthopraxies s'intéressent davantage à la pratique qu'à la doxa.
1. Dans le christianisme
Parmi les christianismes, l'historien Paul Sabatier distingue les religions d'autorité des religions du libre examen : tous les christianismes ne faisant pas le même usage des dogmes. L'histoire du catholicisme en particulier, montre la construction de "propositions théoriques établies comme vérité indiscutable par l'autorité qui régit la communauté".
Le concept de dogme comme vérité est lié intrinsèquement au néo-platonisme (2ᵉ siècle ). Les premiers conciles sont la mise en débat procédurale de plusieurs opinions doctrinales dans l'idée de mettre en place une cohésion sociale par la révélation. On visait paradoxalement davantage la préservation, que la compréhension.
Depuis Nicée, en l'an 325, jusqu'à Vatican II au 20ᵉ siècle, ces procédures ecclésiastiques ont défini la doctrine officielle de l’Église. Les débats conciliaires mènent à des positions de compromis qui prennent force de loi pour tous les chrétiens. À compter de l'Édit de Thessalonique en 380 sous Théodose Ier, les décisions des conciles œcuméniques — qui rassemblent les évêques de l'Empire — deviennent même des lois d'État, l'Empire romain interdisant dès lors les courants jugés hérétiques.
Les protestantismes, quant à eux, ont le libre examen pour principe. Si les grands courants historiques (luthériens, réformés, anglicans) ainsi que les évangéliques restent strictement fidèles à la confession trinitaire issue des premiers conciles, le principe du libre examen développe une critique structurelle du dogme. En insistant sur la subjectivité de la doxa, le protestantisme propose une interprétation toujours actualisée du kérygme chrétien, dont les sensibilités varient selon les traditions.
Une manière de penser le dogme est de voir ce qui se passe lorsqu’on passe d’un univers culturel à un autre : on dit que le dialogue entre Matteo Ricci (1552–1610) et les intellectuels chinois n’avait été qu’un malentendu permanent. Sans verser dans cet excès, on peut se demander quelle transposition, ou déperdition de sens, subissent certains de nos concepts théologiques les plus fondamentaux lorsqu’ils passent à des cultures sensiblement différentes de la nôtre : « L’Asie ne rejette pas l’Évangile, nous disait-il, mais les dogmes de l’Occident. »
Sans verser dans cet excès, on peut se demander quelle transposition, ou déperdition de sens subissent certains de nos concepts théologiques les plus fondamentaux lorsqu’ils passent à des cultures sensiblement différentes de la nôtre : « L’Asie ne rejette pas l’Évangile, nous disait-il, mais les dogmes de l’Occident. »
2. Dans l'islam
Pour l'islam, la formulation journalistique "imposer la charia" induit en erreur en conduisant à assimiler la charia à un dogme. Les dogmes du christianisme n'ont pas de lien avec ce qu'on entend par les "dogmes dans l'islam" ne serait-ce que d'un point politico-légal (dîn), car il n'y a pas de conciles derrière, il n'y a ni sacrements ni clergé. Il s'agit davantage de procédé rhétoriques articulées autour des hadiths et de l'idée de foi musulmane.
D'abord parce que la charia n'est pas une loi, mais un corpus littéraire (coran + hadith) qui sert d'une source de loi. Ensuite, car la jurisprudence, le fiqh, la loi qui s’applique est élaborée par le faqih selon les règles des Usul al-Fiqh et dépend de l'école juridique. Il y'a autant de fiqh que de muftis. 🕌
3. Dans l'athéisme
Pour la critique athée classique, le dogme est souvent perçu comme un interdit de penser, une vérité figée qui ne supporterait aucune discussion. Pourtant, l'histoire religieuse montre que cette rigidité est toute relative. Si la formulation d'un dogme est « canonique » — c'est-à-dire fixée par le concile qui en décide —, la réception concrète qu'en font les croyants varie considérablement selon les époques et les cultures. De plus, l'application uniforme et contraignante d'un dogme se heurte aujourd'hui à la réalité des sociétés modernes, puisqu'il est impossible d'imposer une vérité de foi dans le cadre juridique d’un État de droit.
Une idée de l'enseignement de la philosophie est que pour distinguer celle-ci de la religion, on dit qu'elle est adogmatique. Or à l'antiquité il existait plusieurs courants philosophiques dogmatiques. De plus cet enseignement est solidement ancré dans l'éducation nationale depuis plus d'un siècle. 🏫
Si on résume le dogme a une "vérité indiscutable", comment expliquer que les athées de forum répètent les mêmes stéréotypes néo-athées en boucle sur les réseaux sociaux et crient comme au blasphème dès qu'on corrige ceci ?
Conclusion
On associe souvent péjorativement dogme = religion, mais bien plus rarement avec la philosophie, la politique, l'écologie, la science ou l'économie. Pourtant, les exemples ne manquent pas… Rien qu'en économie, le dogme ultra-libéral du libre-échange a entrainé le retrait de l'état : la privatisation a ruiné les classes moyennes en les précarisant. C'est donc hélas un cas ou a refusé de penser la doctrine. 😪
En revanche, le concept de dogme peut être pensé plus intelligemment, quand on se réfère à l'anthropologie dogmatique du juriste Pierre Legendre. Même de nos jours, le renouvellement du principe dogmatique n'est pas nécessairement un impensé, comme l'expliquait le théologien Walter Kasper.
Références
- Qu’est-ce qu’un ”dogme” pour Montaigne ? - Alain Legros, Hal
- Le dogme comme langage normatif - Pierre Gire, Cairn
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