Le prosélytisme

Le prosélytisme désigne le zèle excessif pour convertir les autres à sa doctrine par des paroles et des actes sociaux.

1. Un peu de définition

Étymologiquement, le mot prosélytisme va dans l'idée de "étranger, passant". C'est devenu au fil du temps un terme souvent utilisé péjorativement, désignant du zèle ardent pour recruter des adeptes, afin de tenter d’imposer ses idées.

2. Un peu d'histoire

Du 16ᵉ au 20ᵉ siècle, les missionnaires chrétiens accompagnèrent souvent les explorateurs et les colonisateurs. Un effet collatéral de cette activité missionnaire essentiellement européenne a été la collecte d'une importante base de connaissances linguistiques et ethnographiques. Une ethnologie avant Claude Lévi-Strauss en quelque sorte.

En Amérique, le pasteur John Eliot, évangélise les amérindiens à partir de 1641. Il apprend leur dialecte et commence à prêcher. Il regroupe les convertis dans des villages de prière et traduit la Bible en mohican et en algonquin ; il fonde des écoles, parmi lesquelles un collège amérindien au sein d'Harvard qui forme des instituteurs indigènes.

L'idée selon laquelle le judaïsme n'a jamais connu de dynamisme de conversion est parfois attribuée aux thèses du philologue Ernest Renan (1823–1892), qui mettait en avant une rivalité exclusive entre juifs et chrétiens pour la conversion des païens. Toutefois, la recherche historique atteste de vagues d'intégration active dans l'Antiquité, notamment au 1ᵉʳ siècle avec la conversion du royaume d'Adiabène, ou au 2ᵉ siècle avant l'ère commune avec l'intégration des Iduméens.

Concernant l'hindouisme, son organisation traditionnelle liée au système des castes a longtemps limité le prosélytisme extérieur, bien que les populations des basses castes aient pu être réceptives à d'autres messages religieux pour des raisons d'émancipation sociale. Par ailleurs, des mouvements hindous contemporains ont développé une diffusion mondiale, et l'expansion historique de cette culture en Asie du Sud-Est s'est opérée par l'adoption de ses structures par les élites locales.

Le prosélytisme via la colonisation a permis d'alphabétiser les populations et aussi permis d’apporter la "culture du progrès européen" qui va avec : routes, écoles, hôpitaux…. et donc cela a été bénéfique pour la démographie. On exporta même de l'hygiénisme pour donner de la pudeur chez les femmes en Polynésie.

3. Chez Spinoza

Pour le philosophe Baruch Spinoza (1632–1677), le prosélytisme traduit un régime de passions et d'affects dogmatiques qui nuit à la réflexion, au dialogue et à la rationalité. Pour Spinoza, on éprouve de la tristesse lorsque l'altérité extérieure menace notre propre cohérence. Cette dynamique engendre des passions tristes qui diminuent la puissance d'agir de l'individu.

Le zèle pour tenter d'imposer ses idées, empêche le conatus de persévérer dans son être. La joie est conditionnée chez un prosélyte, il y'a juste à savoir ce qu'il doit aimer et ne pas aimer. C'est aussi un problème de représentations sur le bien/connaissance et le mal/ignorance.

4. De nos jours

Il est devenu un terme souvent utilisé péjorativement, même en dehors du champ religieux. Il véhicule des idées néfastes comme l’obsession d'avoir raison envers et contre tout, la non-remise en cause de ses certitudes, le complexe de supériorité idéologique.

Le prosélytisme ou l'idée de convertir n'est pas toujours mauvaise, fut une époque le missionnaire chrétien était érudit et cultivé. Il avait pour but de propager une doctrine, mais ne se réduisait pas simplement à faire de le prêche pour conquérir des âmes. On peut aussi parler de prosélytisme idéologique, politique, éducatif, philosophique…

Les jéhovistes, évangélistes et autres islamistes voient cela comme une nécessité. Sauf perte de repère ou isolement social, personne n'aime véritablement le prosélytisme, car celui-ci peut-être agaçant, agressif, inintelligent, manipulateur, vicelard… Si il réussit sa conversion, le prosélytisme devient dangereux quand il devient sectaire, en asocialisant.

Mais si le prosélytisme est toujours désagréable, pourquoi ne fait-on pas le procès d'autres doctrines comme l'éducation nationale qui propage des doctrines aussi ? À l'heure du réchauffement climatique, pourrait-on dire qu'il existe aussi un prosélytisme écologiste ? Si le prosélytisme des religions est une évidence, pourquoi n'y a-t-il jamais eu de prosélytisme spécifiquement philosophique ou scientifique par exemple ?

Le prosélytisme apparaît ainsi comme dérangeant soit parce qu’il paraît menacer l’identité du groupe ou la paix sociale, soit parce qu’il entre dans une sphère considérée comme relevant de choix individuels, tous également légitimes. Peut-on toucher au sacré du privé des individus ?

« Imposer sa volonté aux autres, c'est force. Se l'imposer à soi-même, c'est force supérieure. »

Lao Tseu

Références

  1. Les missionnaires et les autres : les acteurs de la première évangélisation de l'Océanie face aux autres Occidentaux - Claire Laux, Cairn
  2. Le débat sur le prosélytisme en Occident - Jean-François Mayer, Forum Protestant
  3. Prosélytismes : Les nouvelles avant-gardes religieuses - Open Edition

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