Le libre arbitre

Le mème décrit la croyance qui dit que Dieu est systématiquement interventionniste pour tenter de démontrer son inexistence.

1. Un peu de définition

L'intervention divine est une croyance fondamentaliste qui récuse le libre arbitre pour éviter de penser le bien et le mal en coresponsabilité. Ceci rejoint également la croyance stéréotypée du physicien belge Jean Bricmont qui va dans l'idée que les fondamentalismes sont l'orthodoxie des religions qui les produisent.

Si Dieu existe, pourquoi la souffrance ? L'être humain a le libre arbitre, les athées de forum croient qu'il s'agit de la liberté individuelle. Ce n'est pas le libre arbitre qui crée "le mal" mais la nécessité (au sens grec du tragique) qu'il y ait "du mal" pour que l'humain puisse distinguer le bien du mal. S'il n'y en avait pas, il ne pourrait distinguer ni bien, ni mal. L’homme a demandé à être équipé d'une instance éthique.

2. Un peu de sens

* Le sens populaire le plus répandu confond le libre arbitre, avec la liberté individuelle. Les uns parlent de déterminisme (biologique), les autres de situation (sociologique). Une autre poignée l'a défendue, parfois pour culpabiliser l'humain, devant Dieu ou devant "la Nature" (écologistes radicaux) pour éviter de comprendre que c'est la coresponsabilisation.

* Le sens théologique qui suppose de ne pas pratiquer l'apocope "arbre de la connaissance" (cela permet d'affirmer que les religions interdisent la connaissance "pour soumettre le peuple"), alors que son nom complet est "l'arbre de la connaissance du bien et du mal".

Dans les sociétés anciennes, le UN symbolise la perfection alors que dans nos sociétés contemporaines, ce serait plutôt l'infini. C'est pourquoi on en vient à dire que "Dieu est UN" qui n'est pas seulement une affaire de contestation du polythéisme.

Dans le jardin d'Eden, quand le dieu crée l'homme, il est un : un androgyne (preuve via la conjugaison des verbes du texte hébreu qui n'est pas genrée jusqu'à ce verset où Dieu cherche Adam). La connaissance du bien et du mal crée la dualité suivie de la séparation de l'homme et de la femme et de la séparation de l'humain et du dieu. La dualité, préambule à la multiplicité, porte en elle l'imperfection donc "le mal".

3. Un peu de réflexion

À l'inverse, le divin des libéraux n'est pas anthropomorphe, comme l'ont formulé des théologiens comme Laurent Gagnebin et Raphaël Picon. Il est en dynamique constante au sens de non-immuable ou figé dans le temps, et nous donne donc droit de produire nous-mêmes la sécurité et la santé dont nous pouvons tous avoir besoin, tout en prenant en compte la diversité des cultures et des crimes contre l'humanité.

Ce refus de la responsabilité individuelle se retrouve, par analogie, dans le débat politique. De la même manière que l'interventionnisme étatique est parfois accusé de déresponsabiliser les acteurs sociaux en se substituant à leurs initiatives, l'interventionnisme divin pousse à la déresponsabilisation morale. En attribuant chaque événement à une volonté supérieure, l'être humain s'exonère de ses propres choix. Il est d'ailleurs légitime de se demander pourquoi l'athéisme militant contemporain cherche tant à responsabiliser les religions pour les maux de l'Histoire, tout en refusant de penser la responsabilité éthique individuelle face au tragique de l'existence.

Théologiquement, on peut croire et refuser l’idée d’un Dieu marionnettiste, d’un Dieu destin, d’un Dieu dirigiste et tyrannique qui agirait à notre place en nous privant de choix, de responsabilité et de liberté : le divin ne pilote pas directement tous les événements de nos histoires personnelles ou ceux de l’histoire des peuples. Dieu n’est pas un ensemble d’interventions programmées tous azimuts.

Éthiquement, si on s'attend à une intervention directe du divin pour résoudre une difficulté, c'est-à-dire une sorte de miracle, alors on fait erreur. Car une telle intervention reviendrait à considérer comme inutiles tous les autres dons déjà faits à l'homme, par manque de confiance.

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