Le conflit russo-ukrainien pour les nuls

Certaines causes culturelles du conflit russo-ukrainien sont souvent méconnues du grand public.
Introduction
On dit souvent que dans toute guerre, il n'y aurait que des causes économiques, mais on oublie souvent les causes socio-culturelles qui mènent aux faits d'agression.
Le 24 février 2022, Vladimir Poutine décide d'envahir l'Ukraine. Quelles sont les raisons idéologiques qui l'ont poussé a lancé cette invasion d'un territoire souverain ?
1. Un peu d'histoire
La Rus' de Kiev qui émerge au 9ᵉ siècle, est dirigée par des princes varègues. La christianisation de celle-ci par le prince Vladimir 1er (958–1015) en 988 a eu un impact significatif sur les sociétés russes.
Au 15ᵉ siècle, la principauté de Moscou devient le centre du pouvoir russe, avec Ivan III (1440–1505). Ivan IV (1530–1584), par sa volonté centralisatrice et modernisatrice, transforme l'état de Russie légué par Ivan III en une véritable puissance en devant le premier véritable tsar.
Pierre le Grand (1672–1725) règne de 1682 à 1725 et modernise la Russie, en introduisant des réformes administratives, culturelles et militaires.
En 1917, la Révolution russe renverse le régime tsariste et établit le gouvernement provisoire, puis les bolcheviks prennent le pouvoir en octobre 1917.
En 1922, la Russie soviétique devient l'une des républiques fondatrices de l'Union soviétique (URSS).
En 1991, l'URSS est dissoute, et la Russie devient une république indépendante, qui connait une transition difficile vers l'économie de marché et la démocratie.
En 2000, Vladimir Poutine devient président de la Russie, et renforce l'autorité de l'État, tout en poursuivant une politique étrangère active.
Dans cette guerre, on parle souvent de Vladimir Poutine, moins de son idéologue Alexandre Douguine, connu pour sa pseudo-histoire. Ses théories sur l'Eurasie et la multipolarité ont eu un impact significatif sur la pensée stratégique russe.
Douguine défend l'idée d'une union eurasiatique, qui rassemblerait les pays de l'ex-URSS et d'autres nations partageant des intérêts communs (doctrine Brejnev), dans l'idée d'être une puissance géopolitique capable de contrer l'influence occidentale.
Il a fortement soutenu l'action de la Russie dans le conflit ukrainien, considérant que les intérêts stratégiques russes étaient menacés. Il est l'auteur de plusieurs livres et articles sur la géopolitique et la philosophie politique.
3. Des mythes russes à la pseudo-histoire
Au 16ᵉ siècle, le moine Philothée de Pskov (1465–1542) élabore une doctrine eschatologique disant que Moscou serait la 3ᵉ Rome, après la chute de Constantinople (1453). Moscou, vu à l'image d'une Jérusalem terrestre, se définit alors comme une citadelle assiégée, défenseuse de la vraie foi chrétienne, c'est-à-dire orthodoxe face à un Occident perverti par Rome.
En 1965, l'homme d'État russe Léonid Brejnev (1906–1982) crée les parades militaires, pour commémorer le mythe de la Grande Guerre patriotique et des millions de vies russes qui auraient été sacrifiées pour l'honneur de la "Sainte Russie".
En 2011, le journaliste Sergey Lapenkov popularise le concept du régiment immortel qui permet la création d'une nouvelle identité russe ayant comme pivot la 2ᵉ guerre mondiale, considérant le peuple russe comme humilié depuis l'effondrement de l'URSS en 1991.
4. De 2013 à 2014
La cause diplomatique de la guerre remonte au 21 novembre 2013, à la suite de la décision du gouvernement ukrainien prorusse de refuser de signer l'accord d'association entre l'Ukraine et l'Union européenne.
En février 2014, la kleptocratie ambiante conduit à la révolution étudiante d'Euromaïdan en Ukraine, s'en suivra la même année les échecs des accords de Minsk. La Russie est accusée de soutenir militairement les insurgés, comme le groupe Wagner en y menant une guerre hybride. Face à cela, l'Ukraine décide d'envoyer l'armée pour rétablir l'ordre dans ces territoires séparatistes. Commence alors la guerre du Donbass.
5. Depuis 2022
En février 2022, le discours de Vladimir Poutine marque le début l'invasion de l'Ukraine par les troupes russes. Il développe une rhétorique violente contre le pouvoir à Kiev, lié aux "néonazis" et auteur d'un "génocide depuis huit ans", mais aussi contre l'OTAN et les États-Unis, "l'empire du mensonge".
Son discours faisait de nombreuses références historiques à la Seconde Guerre Mondiale, ou plus précisément vu de Russie, à la "Grande Guerre Patriotique" en mémoire de la victoire de l'Union soviétique de Staline contre l'Allemagne nazie d'Hitler, de juin 1941 à mai 1945.
Dans cette logique de révisionnisme historique, Poutine va jusqu'à justifier son invasion de l'Ukraine comme une volonté de ne pas répéter l'"erreur" du pacte germano-soviétique Molotov-Ribbentrop de 1940 qui scella la non-agression mutuelle de l'Allemagne nazie et de l'Union soviétique.
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Conclusion
La guerre de Poutine est une sorte de réplique de la 2ᵉ guerre mondiale, ou les millions de vies perdues des soldats russes, sont vues comme des sacrifices nécessaires pour défendre la Sainte Rus'. Ils veulent vaincre les Ukrainiens considérés par anathème comme tous fascistes/nazis, même s'ils sont imaginaires.
Vladimir Medinski (né en 1970), "ministre de la culture", révisionniste et maximaliste, revisite l'histoire russe dans cette idée, avec une curieuse vision de l'art russe, en glorifiant l'auteur de la Kalachnikof, arme qui incarnerait tous les traits de l'homme de valeur, pour l'inclure dans le roman national russe.
La propagande russe qui cherche à influencer les opinions via des médias comme Sputnik ou Russia Todays sont interdits en France en Europe depuis 2022. Les propagandistes cherchant à dénigrer les médias traditionnels par désinformation dans le cadre de l'infoguerre.
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Tant qu'il n'y aura pas de réelle volonté des dirigeants russes de revoir l'histoire de leur pays de manière objective, il n'y aura pas de progrès dans la paix.
La Russie qui fut autrefois un pays avec une riche culture artistique et scientifique, de par des dirigeants comme Pierre le Grand et Catherine II. D'où vient alors cette détestation de l'occident, si ce n'est des pseudo-historiens influents gravitant autour de Poutine, comme Alexandre Douguine et Vladimir Medinski ?
Un courant universitaire marqué par l'économicisme fait véhiculer l'idée que cette guerre à uniquement des causes économiques, de par les ressources qu'on peut trouver en Ukraine : uranium, titane, manganèse, fer, mercure, schiste, charbon, ressources agraires… mais on ignore encore une fois les causes socio-culturelles du conflit. À aucun moment Poutine n'a mentionné ces ressources dans ses discours.
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Au mois d'Aout 2025, malgré les négociations sur l’Ukraine, le Kremlin promet que la «guerre informationnelle ne se terminera jamais», la solution irénologique sera donc de populariser les faits culturels pour mieux contraindre les effets de la contre-culture qui veut véhiculer une histoire sacrée de la Russie, née d'une pseudo-peur de l'occident.
Références
- Poutine réécrit l'histoire de la Russie pour justifier sa politique impérialiste
- Comment Poutine justifie l'invasion de l'Ukraine
- Poutine, la religion pervertie
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