La liberté

Parfois bien plus mise en avant que l'égalité et la fraternité dans la devise, on l'appelle liberté.

1. Un peu de définition

Le mot "liberté" vient du latin "libertas", qui signifie "état d'un homme libre, indépendance, franchise". Elle désignait l'état d'un homme qui n'était pas esclave (servus), qui était libre de faire ses propres choix et de disposer de lui-même.

De nos jours, la liberté peut se comprendre comme l'état d'être libre, c'est-à-dire de pouvoir agir, penser et s'exprimer sans contrainte, ni oppression… ou en étant empêché par les autres ou par la société. Elle est la capacité de vivre sa vie comme on le souhaite, dans la limite des droits et des libertés des autres.

On distingue la liberté-négative (l'absence d'entrave ou d'oppression extérieure) de la liberté-positive (la capacité concrète d'agir, de s'autodéterminer et de réaliser ses propres choix).

2. En Grèce

La liberté (eleutheria) était un concept central dans la démocratie athénienne. Les citoyens athéniens jouissaient de droits politiques et civils, tels que le droit de vote et la liberté d'expression (qui n'est pas le sens moderne).

Son sens le plus fondamental : la condition de l'homme qui n'est pas esclave et qui n'a pas de maître. C'était la condition sociale et juridique de base permettant l'exercice des autres libertés. L'individu libre pouvait disposer de lui-même.

La liberté de parole fut peut-être l'expression la plus célèbre de l'athénienne. C'était le droit absolu de dire ce que l'on pense à l'assemblée, sans peur ni contrainte, de critiquer les magistrats ou les lois, et de faire des propositions. On distinguait l'iségorie (égalité de parole) de la parrêsia (courage de dire la vérité).

La liberté collective d'Athènes se considère par l'autonomie et l'indépendance politique de la cité par rapport à toute domination extérieure, comme l'impérialisme perse ou la domination d'autres cités grecques.

La liberté de participation politique mentionnée par Aristote, se comprenait comme avoir le droit de prendre part au gouvernement de la cité, d'être gouvernant et gouverné à tour de rôle. Elle impliquait le droit de siéger et de voter à l'Ecclésia (l'assemblée du peuple) et le droit d'accéder aux magistratures.

Les métèques (« celui qui a changé de résidence ») étaient des étrangers résidant à Athènes. Hommes libres mais dépourvus de citoyenneté, ils participaient à la vie économique et payaient des taxes spécifiques, mais n’avaient ni droit de vote ni accès aux magistratures. La propriété foncière leur était généralement interdite, sauf autorisation particulière, et ils devaient être représentés par un citoyen appelé prostatès.

3. À Rome

Dans la Rome antique, la liberté était un droit fondamental pour les citoyens romains. Contrairement à notre conception moderne, elle était avant tout un statut juridique et politique collectif plutôt qu'un droit individuel universel.

Les Romains distinguent la libertas, condition de l’homme libre et idéal politique du citoyen, de l’esclavage et de la domination arbitraire. Cette liberté reste toutefois profondément inégalitaire : elle dépend du statut juridique et n’est pas conçue comme un droit universel appartenant à chaque individu.

Un homme libre pouvait être Ingenuus (Ingénu) : Né libre, ou Libertinus (Affranchi) : Ancien esclave ayant obtenu sa liberté par affranchissement (manumissio). L'affranchi obtenait généralement la citoyenneté.

Pour faire de la propagande, les Empereurs eux-mêmes utilisaient l'allégorie de Libertas (qui était aussi une déesse) sur les monnaies pour légitimer leur règne, suggérant qu'ils défendaient la liberté du peuple.

La fin de la République a vu la Libertas devenir un cri de ralliement dans les guerres civiles. Les assassins de Jules César, par exemple, ont prétendu agir pour restaurer la Libertas du peuple romain face à ce qu'ils percevaient comme une dictature.

L'empereur qui octroya la citoyenneté romaine pleine à tous les habitants libres de l'Empire était Caracalla (188–217). Cette décision fut promulguée en 212 EC par la loi appelée la Constitution Antonine (ou Édit de Caracalla).

4. Un peu de philosophie

Pour Rousseau, les hommes sont nés libres, mais c'est la société qui les asservit. Il défend l'idée d'un contrat social, où les individus acceptent de se soumettre à la volonté générale pour être libres.

Pour Emmanuel Kant, la liberté ne consiste pas simplement à faire ce que l’on veut, mais à être autonome : agir selon des principes que la raison peut se donner à elle-même. Être libre signifie donc ne pas être entièrement déterminé par ses désirs, ses intérêts ou les contraintes extérieures.

Pour John Stuart Mill, elle est la capacité de faire ce qu'on veut, tant qu'on ne nuit pas aux autres. Il défend l'idée que les individus doivent être libres de vivre leur vie comme ils le souhaitent, sans interférence de l'État ou de la société.

Pour Nietzsche, elle est la capacité de créer ses propres valeurs et de vivre sa vie comme on le souhaite, sans être soumis aux contraintes de la morale traditionnelle. Il considère qu'elle est souvent utilisée pour justifier la faiblesse. Il propose une notion de liberté plus radicale, qui implique de prendre des risques.

Pour Hannah Arendt, la liberté est une capacité d'agir, c'est-à-dire la capacité d'interrompre un processus automatique et de commencer quelque chose de nouveau, d'imprévisible. Elle la replace dans la sphère publique et politique, en tant que capacité d'initier et de se montrer.

Sartre dit que nous sommes "jetés dans le monde" sans but ni direction, et que c'est à nous de créer notre propre sens et notre propre but. Étant sans nature prédéterminée, l'homme est condamné à être libre, il est responsable de chacun de ses choix, qui engagent l'humanité entière.

5. Un peu de droit

En France, dans son acception commune, la loi sert à protéger les libertés individuelles, comme la liberté d'expression, la liberté de réunion, la liberté de circulation, la liberté syndicale, la liberté de manifester...

La Déclaration des droits de l'homme et du citoyen (1789) : article 4 - La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui.

La Liberté d'expression (1881) garantie la liberté de la presse. N'importe qui peut imprimer et diffuser un journal ou un écrit sans avoir besoin de l'accord du gouvernement.

La Liberté d'association et de réunion (1901) permet l'éclosion d'une vie civique riche et diversifiée.

La Constitution française (1958) : article 1 - La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l'égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d'origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances.

6. La statue de la liberté

La Statue de la Liberté (1886), officiellement nommée La Liberté éclairant le monde (Liberty Enlightening the World), est un symbole universel de la liberté, de la démocratie et de l'amitié franco-américaine.

Chaque élément de la statue porte une signification précise :

Le Flambeau (Torche) : Symbole des Lumières et de la Raison éclairant le monde. Il représente le chemin vers la liberté.

La Tablette (Tabula Ansata) : Elle est tenue dans le bras gauche et porte la date du 4 juillet 1776 (en chiffres romains : JULY IV MDCCLXXVI), date de la Déclaration d'indépendance des États-Unis.

La Couronne (Sept Rayons) : Les sept rayons représentent les sept mers et les sept continents, soulignant le caractère universel du concept de liberté.

Les Chaînes Brisées : À ses pieds, des chaînes brisées symbolisent la fin de l'esclavage et de l'oppression (bien que le projet ait initialement été conçu avant la fin officielle de l'esclavage aux États-Unis, le symbole est resté).

L'Apparence : Son allure de déesse romaine, vêtue d'une toge et portant un diadème, rappelle les concepts de la Libertas romaine et de l'allégorie de la République (comme la Marianne française).

Elle a été proposée par Édouard de Laboulaye, juriste et défenseur de la démocratie, après la Guerre de Sécession. La Statue est donc une incarnation de la liberté qui, contrairement aux concepts antiques que nous avons évoqués, se veut universelle et démocratique, héritière directe de l'esprit des Lumières..

7. Un peu de réflexion

La liberté ne se réduit pas à l’absence de contraintes : elle implique aussi une forme de responsabilité. Plus un individu dispose d’autonomie, plus il doit assumer les conséquences de ses choix. Être libre ne signifie donc pas « ne rien devoir à personne », mais pouvoir décider de sa vie tout en répondant de ses actes.

Cette liberté rencontre nécessairement celle des autres. Les lois et les règles de la vie collective imposent des limites afin que l’exercice d’une liberté ne porte pas atteinte à autrui. La sécurité, la tranquillité publique ou le respect des droits constituent ainsi des restrictions parfois nécessaires : l’enjeu est de déterminer jusqu’où elles peuvent aller sans vider la liberté de son sens.

Il n’y a pas non plus de véritable liberté sans autodétermination. Être libre, c’est pouvoir choisir sa propre route, mais aussi penser, parler et agir selon sa conscience. Cela suppose une certaine indépendance envers les habitudes, le conformisme ou les doctrines : se croire libéré d’une tradition ne garantit pas nécessairement que l’on pense réellement par soi-même.

La liberté est enfin une valeur qu’il faut protéger et entretenir, plutôt qu’un état définitivement acquis. Socle de la devise républicaine, elle demeure pourtant difficile à définir : est-elle l’absence de contrainte, la possibilité de choisir, un droit fondamental ou la capacité de devenir véritablement maître de sa propre existence ?

Références

  1. La liberté est ce qui rend l'histoire intéressante - Thimothy Snyder, France Culture
  2. La découverte de la liberté - Diogo Sardinha, Open Edition
  3. Musée de la révolution Isère

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