Les guerres serviles

Entre 135 et 71 AEC, Rome affronte 3 grandes révoltes d’esclaves. Les deux premières éclatent en Sicile ; la troisième, menée par Spartacus, traverse une grande partie de l’Italie. Elles peuvent être vues comme une forme de guerres civiles, puisqu’elles opposent Rome à une population vivant, travaillant et combattant à l’intérieur de son propre territoire.

1. Un peu de définition ⛓️

Les guerres serviles désignent les trois grandes insurrections d’esclaves contre la République romaine, entre 135 et 71 AEC. Le mot vient du latin servus, « esclave ».

Ce ne sont pas de simples révoltes locales : des dizaines de milliers d’hommes prennent les armes, occupent des villes et battent parfois les légions. Rome doit donc les traiter comme de véritables guerres.

Peut-on parler de guerres civiles ? Au sens strict, non : les insurgés ne sont pas des citoyens romains égaux aux autres. Mais ces conflits se déroulent bien au sein de l’espace romain et opposent l’État à une population présente au cœur de son territoire et de son économie. Ils révèlent donc une fracture sociale profonde dans la République.

2. Un contexte explosif : conquêtes, esclavage et grandes propriétés 🌾

Les conquêtes romaines fournissent un grand nombre de prisonniers de guerre, revendus comme esclaves. Cette main-d’œuvre abondante permet aux riches propriétaires de développer de vastes domaines agricoles, les latifundia.

Beaucoup d’esclaves travaillent dans des conditions terribles : coups, faim, travail forcé, séparation des familles et absence totale de droits. En Sicile, grande productrice de blé pour Rome, ils sont particulièrement nombreux dans les campagnes.

Les guerres serviles ne sont donc pas seulement causées par la cruauté de certains maîtres. Elles sont liées à une République enrichie par la guerre, mais devenue très inégalitaire : une partie de sa prospérité repose sur des populations captives et surexploitées.

3. Les trois guerres serviles ⚔️

La première guerre servile éclate en Sicile entre 135 et 132 AEC. Elle est menée par Eunus, un esclave d’origine syrienne qui se fait appeler Antiochos, puis par Cléon. Leurs troupes prennent plusieurs villes avant d’être écrasées par Rome.

La deuxième guerre servile a lieu, elle aussi en Sicile, entre 104 et 100 AEC. Elle commence après que Rome a ordonné de libérer des hommes libres réduits illégalement en esclavage ; sous la pression des propriétaires, le gouverneur suspend les libérations. Salvius, dit Tryphon, puis Athénion prennent alors la tête de l’insurrection.

La troisième guerre servile, entre 73 et 71 AEC, est la plus célèbre. Elle commence par l’évasion d’une soixantaine de gladiateurs d’une école de Capoue. Spartacus, Crixus et Œnomaüs rassemblent bientôt une armée faite d’esclaves fugitifs, de bergers et de pauvres des campagnes.

Spartacus remporte plusieurs victoires contre les Romains. Il semble surtout vouloir quitter l’Italie avec ses compagnons ; on ne peut pas affirmer qu’il ait eu un projet d’abolition générale de l’esclavage. En 71 AEC, Marcus Licinius Crassus le vainc dans le sud de l’Italie. Spartacus meurt au combat et environ 6 000 prisonniers sont crucifiés le long de la voie Appienne.

4. Une victoire romaine, mais un traumatisme durable 🤔

La défaite de Spartacus ne met évidemment pas fin à l’esclavage. Rome réprime les survivants et maintient un système qui reste essentiel à son économie. Mais ces révoltes ont montré qu’une population privée de droits pouvait, si elle était assez nombreuse et organisée, menacer Rome de l’intérieur.

Spartacus devient plus tard un symbole de lutte contre l’oppression. Sa révolte rappelle surtout le paradoxe de la République romaine : elle valorise la liberté de ses citoyens, tout en fondant une partie de sa richesse et de sa puissance militaire sur la privation de liberté de milliers d’autres.

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