Le nucléaire ☢️

D'aucuns veulent sortir du nucléaire le plus vite possible, mais est-ce la meilleure solution ?

1. Un peu de définition

Le mot "nucleus" allait à l'origine dans le sens de noix 🌰, c'est au 19ᵉ siècle que le mot nucléaire se construit "qui a rapport au noyau, ou à son contenu". Son application à la physique de l'atome date du début du 20ᵉ siècle (après la découverte du noyau atomique par Ernest Rutherford en 1911).

L'énergie nucléaire se distingue des énergies fossiles (charbon, pétrole, gaz…) et des énergies renouvelables (solaire, éolien, hydroélectricité, géothermique…).

Dans le principe de fonctionnement de l'énergie nucléaire, la fission d'atome d'uranium permet de transformer l'eau en vapeur ♨️. Puis cette vapeur est utilisée pour le fonctionnement de turbines reliées à des alternateurs capables de produire l'électricité⚡.

Pour faire simple, cela fonctionne comme une centrale électrique, mais la manière dont on chauffe l'eau est différente, et est bien plus sécurisée.

2. Un peu d'histoire

1896 : L'histoire de l'énergie nucléaire commence en 1896 par la découverte du phénomène de la radioactivité par le physicien français Henri Becquerel.

1899 : Ernest Rutherford identifie 3 types de rayonnements qu’il dénommera alpha, beta et gamma.

1900 : Marie Curie, découvre un autre corps ayant les mêmes propriétés d’émettre ces rayonnements ; c’est le radium ; elle en évalue approximativement la masse atomique et invente le mot de radioactivité.

1938 : La fission nucléaire est découverte par les chimistes allemands Otto Hahn et Fritz Strassmann, qui réussissent à casser un noyau d'uranium avec un neutron. En janvier 1939, la physicienne autrichienne Lise Meitner et son neveu Otto Frisch en apportent la première explication théorique et calculent l'énergie colossale ainsi libérée.

1951 : les américains produisent les premiers kWh d’origine nucléaire sur le site dans l’Idaho, puis, au cours les années suivantes les efforts de développement s’intensifient tant aux États-Unis qu’en Union Soviétique, au Royaume-Uni et en France pour passer au nucléaire civil.

1952 : En France, l’Assemblée nationale vote la construction de deux réacteurs nucléaires sur le site de Marcoule, dans le Gard.

1973 : la crise pétrolière et l’augmentation du prix du pétrole favorisent le « tout nucléaire ».

2001 : les 436 réacteurs nucléaires en fonctionnement dans 32 pays du monde fournissaient 17% de l'électricité mondiale.

2010 : la France produisait 78 % de son électricité par le nucléaire.

3. Le projet Manhattan

En 1942, le projet Manhattan est le projet de recherche du gouvernement américain dont l'objectif était de produire une arme nucléaire au cours de la Seconde Guerre mondiale.

La découverte à la fin des années 1930, quasi simultanée, de la fission de l'atome et de la réaction en chaîne, va hâter le processus de fabrication de la première bombe atomique de l'histoire, made in USA. Une accélération d'autant plus vive que les physiciens à l'origine de ces découvertes sont, pour la plupart, des scientifiques allemands soumis au régime nazi.

Dans le cadre de la guerre, cela aboutira à l'explosion de la bombe de Hiroshima (matinée du 6 août 1945) : on dénombre 78 150 morts, 13 983 disparus, 9 428 blessés graves, 27 957 blessés légers et de 62 000 à 90 000 maisons détruites. Ensuite c'est Nagasaki (9 août 1945) puis la paix ; la guerre froide lui succède, mais la menace nucléaire perdurera.

Depuis 1945, huit autres pays se sont dotés d’armes nucléaires (la Grande-Bretagne, la France, la Russie, la Chine, l’Inde, le Pakistan, Israël et la Corée du Nord).

4. Un peu de rumeur

Le 26 avril 1986 à 1h23 du matin, le réacteur n°4 de la centrale nucléaire de Tchernobyl, en service depuis 1983, explose accidentellement lors de la réalisation d’un essai technique.

L’énergie libérée par l’explosion entraîne l’émission brutale dans l’atmosphère, jusqu’à plus de 1 200 mètres de hauteur, des produits radioactifs contenus dans le cœur du réacteur nucléaire. Les rejets se poursuivent jusqu’au 5 mai 1986.

En 10 jours, ce sont près de 12 milliards de milliards de becquerels qui partent dans l’environnement, soit 30 000 fois l’ensemble des rejets radioactifs atmosphériques émis en 1986 par les installations nucléaires en exploitation dans le monde.

Des informations peu claires

«Le territoire français, en raison de son éloignement, a été totalement épargné par les retombées de radionucléides consécutives à l'accident de la centrale de Tchernobyl. » Cette phrase, qui date du 6 mai 1986, soit 10 jours après l'explosion du réacteur nucléaire ukrainien le 26 avril, émane de François Guillaume, ministre de l'Agriculture de l'époque.

La communication de l'époque fut particulièrement désastreuse, aussi bien en URSS (comme l'explique indirectement la série Tchernobyl, 2019), qu'en France. On présente comme un fait établi que le nuage ☁️ arrive ou non en France dépend de la météo ⛅.

Dans un bulletin devenu célèbre, la présentatrice Brigitte Simonetta explique qu'un anticyclone semble alors protéger la France des vents en provenance de l'est jusqu'au 2 mai, ou l'ont met carrément un gros panneau STOP sur la carte. ⛔

En Allemagne, juste de l'autre côté de la frontière (où les retombées ont été plus fortes), des mesures restrictives sont prises pour protéger la population, alors qu'en France le SCPRI (Service central de protection contre les rayonnements ionisants) communique sur les 500 relevés effectués et répète que « l'exposition aux radiations qu'ont subies les Français est inférieure au dixième de l'exposition naturelle annuelle ».

Un journaliste ironise alors : « Tout se passe comme si le nuage s'était arrêté à la frontière... » On le prend au 1er degré de la lettre, le mythe est né.

Face à cette communication désastreuse du gouvernement, des voix s'élèvent pour exiger plus de transparence. Le professeur Pierre Pellerin, qui fut trainé dans la boue par les médias de l'époque et par des personnalités comme Noël Mamère, sera considéré comme le bouc-émissaire idéal par les associations antinucléaires.

Le mythe sera perpétué, ensuite, par la Criirad (Commission de recherche et d'information indépendante sur la radioactivité), créée dans la foulée de l'accident par des militants écologistes, emmenés par l'eurodéputée Michèle Rivasi. Pierre Pellerin, attaqué en 2006 pour « tromperie et tromperie aggravée » par la Criirad et l'Association française des malades de la thyroïde (AFMT), sera totalement blanchi, en 2012, par la Cour de cassation.

Les polémiques, nourries par des études contradictoires, n'ont jamais cessé. Cette persistance s'explique par les mensonges initiaux des autorités soviétiques qui ont caché la catastrophe pendant 3 jours, et par l'intérêt de certaines associations antinucléaires à semer la défiance envers les communications officielles concernant le nucléaire.

5. Un peu d'essais nucléaires

Entre 1966 et 1996, la Polynésie a subi les essais nucléaires français. Les Polynésiens ont vécu 193 essais, dont 46 en plein air, avec leurs conséquences sanitaires et les difficultés à faire reconnaître son statut de victime pour être indemnisé par l'État, malgré la loi Morin de 2010.

À Moruroa, ne restent que des fantômes. Sous les clichés de carte postale, les cavités volcaniques souterraines, situées jusqu'à 1 000 mètres de profondeur, abritent les résidus radioactifs accumulés lors des explosions.

Le plutonium non consommé et les produits de fission y restent piégés au cœur de la roche basaltique, sous l'atoll et à quelques encablures des plages. Une véritable poubelle nucléaire invisible pour certains, qui fait aujourd'hui l'objet d'une surveillance radiologique continue par l'État.

6. L'accident de Fukushima

Le 11 mars 2011, un puissant tremblement de terre (magnitude 9) se produit à 80 kilomètres au large de Honshū, l'île principale du Japon, dans le Pacifique.

Le séisme coupe les lignes électriques externes, mais déclenche immédiatement l'arrêt automatique et correct des réacteurs.

C'est le tsunami, survenu environ 50 minutes plus tard, qui noie les générateurs diesel de secours, provoquant la perte totale du refroidissement et la fusion des cœurs.

Cet accident d'une gravité exceptionnelle – ayant été classé, comme la catastrophe de Tchernobyl (1986), au niveau 7 (le plus haut niveau) de l'échelle INES (International Nuclear Event Scale) - a provoqué tout un mouvement d'opinion.

Combinant les effets d’un accident nucléaire, d’un séisme et d’un tsunami, cet évènement a eu des conséquences environnementales et sanitaires majeures au Japon. Il a également eu un impact considérable sur le secteur nucléaire japonais, mais aussi européen.

En 2021, le gouvernement japonais, à l’inverse de Tchernobyl, s’est lancé dans un chantier considérable de décontamination des sols, afin de rendre la zone de nouveau habitable. Mais sur les quelque 160 000 réfugiés, 36 200 vivent toujours ailleurs aujourd’hui.

7. Un peu de lobby

Dans les années 1960, s'installe progressivement un lobby du nucléaire, ou l'on véhiculait que l'énergie du nucléaire était nécessairement l'énergie de l'avenir, qu'elle était sans danger, qu'il n'y avait pas à s'inquiéter.

Au début des années 1970, dans le contexte du premier choc pétrolier, un programme de grande ampleur est lancé. C’est le plan Messmer qui généralise le recours à l’énergie nucléaire et prévoit la construction de 3 réacteurs par an. Lancé en mars 1974, l'engagement était de 13 réacteurs de 900 MW sur 2 ans (1974-1975), puis un rythme de l'ordre de 5 à 6 réacteurs par an par la suite. Ce programme a fait de la France, le pays le plus nucléarisé au monde.

Il y a tout lieu de faire la critique de la physique nucléaire qui produit, outre de l'électricité, des déchets dont elle ne sait que faire sauf entreposer leur pouvoir de nuisance sur des millions d'années contre le consentement du voisinage ; cela fait 50 ans que le lobby nucléaire nous promet des solutions en traitant d'analphabètes ceux qui s'opposent à cette prolifération.

8. Un peu d'écologisme

L'antinucléarisme fait partie de l'ADN de l'écologie politique selon Dominique Voynet, l'une des fondatrices du parti Les Verts en 1984. A l'époque, ce mouvement s'ancrait dans la lutte contre le nucléaire militaire, dans un contexte de guerre froide et d'essais militaire, auquel s'est ajouté la catastrophe de Tchernobyl.

Le nucléaire est une source d’énergie bas carbone qui contribue à la production d’une électricité très faible en CO2, présentant une empreinte inférieure à celle du solaire.

Le personnel travaillant auprès d’un réacteur nucléaire est susceptible d’être exposé aux rayonnements ionisants. Lorsque le réacteur est en fonctionnement normal, une exposition externe reste possible (la source se trouve à l’extérieur de l’organisme), le risque de contamination interne est très faible.

Lorsque le réacteur est à l’arrêt, notamment pour déchargement et rechargement de combustible, certaines opérations de maintenance comportent un risque de contamination interne plus important.

9. Un peu de stockage

La gestion des résidus radioactifs dépend de leur niveau d'activité et de leur durée de vie, qui peut atteindre plusieurs centaines de milliers d'années. Les déchets de faible et moyenne activité à vie courte sont stockés en surface dans des centres spécialisés où ils sont confinés de façon permanente.

Pour les déchets de haute activité issus du combustible usé, la France privilégie le projet Cigéo, un centre de stockage géologique profond situé à Bure (Meuse). Cette méthode consiste à confiner définitivement ces matières hautement dangereuses dans une couche d'argile stable à 500 mètres sous terre.

Ce mode de gestion suscite de vives opposations de la part des mouvements écologistes et des populations locales, qui contestent la sécurité à très long terme de ces installations. Les critiques portent notamment sur les risques de fuites radioactives et sur l'éthique de léguer de tels fardeaux aux générations futures.

Références

  1. Couverture : Direct 0.5 — Nucléaire / climat
  2. Polynésie : pour les victimes des essais nucléaires français, la difficile obtention des indemnisations
  3. Le "lobby nucléaire" existe à gauche comme à droite
  4. Le nuage de Tchernobyl s'est arrêté à la frontière
  5. L'increvable mythe du « nuage de Tchernobyl »
  6. Qui a créé l'énergie nucléaire ?

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