Le Nouvel Ordre mondial

Une élite secrète cherche-t-elle réellement à instaurer un gouvernement mondial ?

1. Un peu de définition

La théorie du Nouvel Ordre mondial, souvent abrégée NOM ou NWO (New World Order), affirme qu'une élite internationale secrète chercherait à concentrer les pouvoirs politique, économique et médiatique afin d'établir un gouvernement mondial autoritaire. L'historien Michael Barkun la décrit comme une théorie capable de réunir de nombreux événements dans un même récit de domination mondiale.

Il n'existe cependant aucune version unique. Selon les récits, les responsables seraient les Illuminati, les francs-maçons, les grandes banques, le groupe Bilderberg, l'ONU ou diverses grandes fortunes. Des organisations et réseaux bien réels sont ainsi reliés pour former une organisation clandestine dont l'existence n'est pas démontrée.

L'expression « nouvel ordre mondial » n'est pas elle-même complotiste à l'origine. Elle a été utilisée par différents responsables politiques pour parler d'une transformation des relations internationales. George H. W. Bush l'emploie notamment le 11 septembre 1990 pour défendre une coopération accrue entre États après la guerre froide.

2. Un peu d'histoire

Dès le 19ᵉ siècle, certains auteurs accusent les francs-maçons ou les Illuminati de préparer secrètement des révolutions. Au début du 20ᵉ siècle, les faux Protocoles des Sages de Sion diffusent le mythe antisémite d'une conspiration internationale. En 1940, l'écrivain britannique H. G. Wells publie The New World Order, où il défend ouvertement l'idée d'un ordre mondial fondé sur la coopération internationale. Son projet n'est pas complotiste, mais le titre sera plus tard régulièrement cité par les théoriciens du NOM.

La forme moderne du NOM se développe surtout aux États-Unis pendant la guerre froide, dans certains milieux anticommunistes et antigouvernementaux. La John Birch Society, fondée en 1958, dénonce notamment l'ONU et les institutions internationales comme des menaces pour la souveraineté américaine. Dans les années 1990, ces craintes alimentent les récits sur les « hélicoptères noirs », la FEMA ou de prétendus camps destinés aux opposants à un futur gouvernement mondial.

L'expression devient particulièrement célèbre après le discours de George H. W. Bush en 1990. Bien qu'il parle de coopération internationale et non d'un gouvernement secret, ses propos sont repris comme une prétendue preuve. Le télévangéliste Pat Robertson popularise fortement cette interprétation avec The New World Order en 1991, où il associe notamment Illuminati, franc-maçonnerie et élites financières.

Dans les années 1990, David Icke pousse encore plus loin le récit en y mêlant Illuminati, extraterrestres et surtout reptiliens. Dans The Biggest Secret (1999), il affirme que ces créatures seraient capables de prendre apparence humaine et d'infiltrer les élites politiques et financières. Le NOM devient ainsi une « théorie du complot des théories du complot », reliant sociétés secrètes, extraterrestres et domination mondiale.

3. Une théorie toujours renouvelée

Après le 11 septembre 2001, la crise financière de 2008 puis la pandémie de Covid-19, la théorie connaît de nouvelles variantes. Le Forum économique mondial, célèbre pour sa réunion annuelle à Davos, devient une cible majeure. Son Great Reset, présenté publiquement en 2020, est notamment interprété par certains comme un projet secret visant à contrôler les populations.

Des personnalités comme George Soros, Klaus Schwab, les Rockefeller ou les Rothschild sont régulièrement présentées comme les dirigeants supposés de cette élite. Certaines versions reprennent d'ailleurs d'anciens stéréotypes antisémites, notamment lorsqu'elles attribuent aux Juifs un contrôle collectif des banques, des médias ou des gouvernements.

Bill Gates occupe une place particulière dans ces récits. Sa fortune, les investissements de sa fondation dans la vaccination et ses positions sur la démographie sont parfois réunis en un même projet de contrôle mondial. Une déclaration de 2010 sur le rôle de la santé et des vaccins dans le ralentissement de la croissance démographique est notamment détournée pour lui attribuer une volonté de « dépopulation ».

La théorie part parfois d'un constat réel : des groupes économiques, politiques et financiers exercent effectivement une influence internationale. Mais cela ne démontre pas l'existence d'une direction mondiale unique. États, entreprises, milliardaires et organisations internationales ont souvent des intérêts concurrents, voire directement opposés.

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