Le complotisme autour des vaccins contre le Covid 19

Les complotistes s'opposant aux vaccins du Covid-19 véhiculaient l'idée qu'ils auraient tous des effets secondaires dangereux sur le long terme.

1. Un peu de définition

Le complotisme antivaccinal autour du Covid-19 regroupe différentes croyances selon lesquelles les vaccins auraient été volontairement développés ou imposés malgré leur dangerosité. Ils seraient expérimentaux, les populations serviraient de cobayes et les laboratoires auraient profité de la pandémie pour s'enrichir au détriment de toute éthique.

Ces accusations prolongent une théorie du complot apparue dès 2020, selon laquelle le Covid-19 aurait été volontairement créé ou diffusé afin de réduire la population mondiale. D'autres récits attribuent ensuite aux vaccins des cancers, des modifications de l'ADN ou des effets secondaires qui seraient volontairement dissimulés.

La critique de « Big Pharma » repose sur une ambiguïté. Les laboratoires pharmaceutiques sont de puissants acteurs économiques qui peuvent légitimement être critiqués. Le raisonnement devient complotiste lorsque leurs intérêts servent à rejeter toute information contraire : une étude serait achetée, un médecin corrompu et une institution complice.

2. Un peu d'histoire

L'opposition aux pratiques vaccinales est bien antérieure au Covid-19. Dès le 18ᵉ siècle, certaines des premières résistances documentées à la variolisation sont religieuses : des croyants considèrent que prévenir artificiellement une maladie permise par Dieu revient à s'opposer à la Providence. Ces résistances religieuses seront ensuite rejointes par des critiques médicales, politiques et individuelles de la vaccination.

Un épisode majeur de l'antivaccinisme contemporain survient en 1998, lorsque le médecin britannique Andrew Wakefield publie avec plusieurs coauteurs une étude suggérant un lien entre le vaccin ROR — rougeole, oreillons, rubéole — et l'autisme. L'article est finalement rétracté en 2010, mais l'idée que les vaccins pourraient provoquer l'autisme lui survit et continue de circuler.

Le Covid-19 ne crée donc pas l'antivaccinisme, mais lui offre un nouveau terrain. L'arrivée extrêmement rapide de nouveaux vaccins, les confinements, l'incertitude scientifique et l'ampleur mondiale de la crise réactivent d'anciennes peurs concernant les dangers supposément cachés de la vaccination.

3. Un peu de diffusion

La crise sanitaire de 2020 provoque une demande considérable d'informations. Les journalistes possédant une véritable formation scientifique étant relativement rares sur les plateaux, les médias multiplient les intervenants, parfois davantage pour leur disponibilité et leur capacité à attirer l'audience que pour la solidité de leurs positions scientifiques.

Plusieurs personnalités apparentées au monde scientifique gagnent alors en visibilité : Didier Raoult, Christian Perronne, Alexandra Henrion-Caude, Louis Fouché ou Idriss Aberkane. Des politiques comme Nicolas Dupont-Aignan ou Florian Philippot surfent également sur cette contestation contre le passe sanitaire et la politique vaccinale.

Le gouvernement français alimente lui-même une partie de cette défiance par ses hésitations et certaines erreurs de gestion. Emmanuel Macron rencontre notamment Didier Raoult en avril 2020, après que ses mérites ont été vantés auprès de Brigitte Macron par Sabrina Agresti-Roubache. Cette reconnaissance présidentielle contribue à renforcer son statut, alors que ses affirmations concernant l'hydroxychloroquine seront largement contestées.

Sur les fora et les réseaux sociaux, notamment X, le mécanisme de la chambre d'écho favorise la répétition d'informations orientées ou décontextualisées. Des productions comme Hold-Up réunissent finalement plusieurs de ces croyances dans un même récit et contribuent à leur diffusion auprès d'un public beaucoup plus large.

4. Un peu de science

Une première accusation concerne la rapidité du développement des vaccins. On affirme notamment qu'il faut normalement 10 ans pour développer un vaccin. Cette rapidité s'explique pourtant par l'urgence mondiale, les connaissances déjà accumulées sur les coronavirus, les moyens économiques considérables déployés et la conduite parallèle de certaines étapes de développement.

Les effets secondaires potentiels n'ont jamais été totalement masqués au public : ils ont fait l'objet d'une pharmacovigilance continue. De rares cas de thromboses et de myocardites ont ainsi été identifiés et intégrés à l'évaluation de la balance bénéfice/risque.

L'idée que le vaccin Pfizer provoquerait des cancers repose notamment sur une mauvaise compréhension de l'ARN messager, qui ne modifie pas l'ADN humain. Le concept de « turbo-cancer » n'existe pas en oncologie et les données disponibles n'établissent pas l'épidémie de cancers provoquée par la vaccination annoncée par certains discours antivaccinaux.

Une autre erreur consiste à confondre chronologie et causalité : connaître une personne morte après sa vaccination ne prouve pas que le vaccin en est responsable sans données médicales ou contre-expertise. À l'inverse, les frères Bogdanoff, vulgarisateurs morts du Covid-19 sans être vaccinés, illustrent les risques du refus vaccinal.

Le dénigrement antiscientifique des vaccins contre le Covid-19 a ainsi pu contribuer au refus vaccinal chez certaines personnes. Les personnalités, ouvrages et documentaires ayant relayé des informations fausses ou insuffisamment étayées portent donc une responsabilité dans la diffusion de la désinformation, sans que l'on puisse automatiquement leur attribuer juridiquement les décès survenus chez des personnes non vaccinées.

5. Un peu de conséquences

Le refus de la vaccination a eu des conséquences importantes. Aux États-Unis, entre avril et juillet 2021, environ 91 % des décès liés au Covid-19 recensés dans 13 juridictions concernaient des personnes non complètement vaccinées. Les non-vaccinés présentaient alors un risque nettement supérieur de forme grave et de décès.

Le refus d'autres mesures sanitaires a également favorisé les contaminations. Le port du masque, particulièrement en intérieur, réduisait la transmission du virus : une étude américaine de 2021 associait son port systématique en intérieur à une diminution d'environ 56 % du risque d'infection, avec une protection supérieure pour les N95/KN95.

À l'inverse, la vaccination a sauvé de nombreuses vies. En France, elle aurait évité environ 125 000 décès, 132 000 admissions en réanimation et 480 000 hospitalisations chez les plus de 50 ans entre décembre 2020 et mars 2022. À l'échelle mondiale, les premières estimations évoquent près de 20 millions de vies sauvées durant la première année de vaccination.

: « 20 millions de vies ont été sauvées grâce à la vaccination contre le Covid-19 ».

Arnaud Fontanet, épidémiologiste

Références

  1. "Antivax" : cinq ans après le Covid, le complotisme anti-vaccin sévit toujours : épisode du podcast Les mots de la désinformation | franceinfo
  2. Vaccins, une enquête autour du complotisme
  3. Les vaccins Covid à l’origine de cancers ? « Tout cela est faux », conclut une gigantesque étude

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