Le complot de l'alunissage

D'aucuns affirment encore de nos jours que l'homme n'aurait jamais marché sur la Lune. 🌕

1. Un peu de définition

Le complot de l'alunissage, ou Moon Hoax, désigne la théorie selon laquelle les missions lunaires américaines du programme Apollo auraient été mises en scène par la NASA et que les astronautes n'auraient jamais marché sur la Lune.

Selon ses partisans, les images auraient été tournées en studio afin de simuler les alunissages et d'assurer aux États-Unis une victoire symbolique sur l'URSS dans la course à l'espace. Photographies, vidéos et témoignages officiels seraient ainsi les éléments d'une vaste supercherie.

2. Un peu d'histoire

L'alunissage d'Apollo 11 constitue l'aboutissement de plusieurs décennies de développement des fusées. En 1903, le physicien russe Constantin Tsiolkovski (1857–1935) établit les principes permettant théoriquement à un engin propulsé par réaction d'atteindre l'espace. En 1926, l'Américain Robert Goddard (1882–1945) réalise le premier lancement réussi d'une fusée à ergols liquides.

Après la Seconde Guerre mondiale, Wernher von Braun (1912–1977), ancien ingénieur du programme nazi V2 récupéré par les États-Unis, joue un rôle majeur dans le programme spatial américain. À partir de 1958, il travaille pour l'agence qui devient la NASA et dirige notamment le développement de la gigantesque fusée Saturn V.

La conquête spatiale est alors au cœur de la guerre froide. L'URSS prend initialement l'avantage : Youri Gagarine (1934–1968) devient en 1961 le premier humain dans l'espace. Dans ce contexte de rivalité entre les deux superpuissances, l'absence de contestation soviétique des missions Apollo est un argument important : l'URSS avait à la fois les moyens techniques et l'intérêt politique nécessaires pour dénoncer une éventuelle supercherie américaine.

La France développe parallèlement son propre programme spatial. Le Centre National d'Études Spatiales est créé en 1961, dans le prolongement notamment des recherches menées avec les fusées Véronique. En novembre 1965, le lanceur Diamant décolle d'Hammaguir et place en orbite Astérix, premier satellite français.

Enfin, le 20 juillet 1969, Neil Armstrong (1930–2012) devient le premier homme à fouler le sol lunaire. Son célèbre « grand pas pour l'humanité » représente également un bouleversement psychologique : pendant des siècles, « viser la Lune » symbolisait précisément l'impossible. 🥹

3. Un peu de diffusion

Avant même que le Moon Hoax ne se popularise, le cinéma rend imaginable l'idée d'un alunissage tourné en studio. En 1968, Stanley Kubrick (1928–1999) impressionne avec les effets visuels de 2001, l'Odyssée de l'espace. Son nom sera ensuite associé à une célèbre variante du complot : Kubrick aurait filmé les images des missions Apollo.

Dès 1971, Les diamants sont éternels joue avec cette idée : James Bond traverse un décor lunaire où de faux astronautes plantent un drapeau américain. La fiction contribue ainsi à installer dans la culture populaire l'image du studio lunaire.

C'est surtout l'écrivain américain Bill Kaysing (1922–2005) qui popularise la théorie avec We Never Went to the Moon: America's Thirty Billion Dollar Swindle, publié en 1976. Le Moon Hoax devient progressivement l'une des plus célèbres théories du complot contemporaines.

Ses partisans accumulent alors des détails présentés comme des « anomalies » : le drapeau qui semble flotter, l'absence d'étoiles sur les photographies ou encore le danger supposément infranchissable de la ceinture de Van Allen. Ces arguments sont rarement confrontés à une véritable contre-expertise scientifique.

La télévision amplifie ensuite considérablement leur diffusion. En 2001, Fox diffuse le « documentaire » Conspiracy Theory: Did We Land on the Moon?, qui reprend les principaux arguments du Moon Hoax et offre à une théorie jusque-là relativement marginale une audience de plusieurs millions de téléspectateurs.

Parmi ses promoteurs les plus médiatiques figure enfin Bart Sibrel. En 2002, il interpelle Buzz Aldrin et exige qu'il jure sur la Bible avoir marché sur la Lune. Après l'avoir traité de menteur et de lâche, Sibrel reçoit un coup de poing de l'ancien astronaute, une scène devenue emblématique de la persistance du Moon Hoax.

4. Un peu de science

La ceinture de Van Allen.

Les principaux « indices » du complot trouvent pourtant des explications physiques simples. Le drapeau ne flotte pas dans le vent : sans atmosphère, ses mouvements proviennent de sa manipulation et de son support horizontal. L'absence d'étoiles s'explique par les réglages photographiques adaptés au sol lunaire fortement éclairé. Enfin, les astronautes ont traversé les ceintures de Van Allen suffisamment rapidement pour limiter leur exposition aux radiations.

Les missions Apollo ont également rapporté environ 382 kg de roches lunaires, dont des échantillons ont été distribués et étudiés par des scientifiques. Une grande partie est aujourd'hui conservée au Lunar Sample Laboratory du Johnson Space Center à Houston. Ces matériaux constituent une preuve physique indépendante des seules photographies et vidéos diffusées par la NASA.

Le 14 décembre 1972, les astronautes d'Apollo 17 quittent la Lune. L'arrêt des missions habitées ne signifie pas que la Lune aurait perdu tout intérêt scientifique : les missions Apollo étaient extrêmement coûteuses et les priorités politiques américaines avaient changé. La guerre du Vietnam, les tensions sociales puis le scandale du Watergate contribuent à reléguer la course à la Lune derrière d'autres préoccupations.

Plus d'un demi-siècle après Apollo, le retour humain sur la Lune est justement redevenu un objectif avec le programme Artemis. Il doit permettre de nouvelles recherches scientifiques et préparer une présence humaine plus durable autour et à la surface de la Lune. Le groupe français Thales participe notamment au développement d'équipements destinés aux futures missions lunaires.

Ainsi, le Moon Hoax repose moins sur l'absence de preuves de l'alunissage que sur la réinterprétation d'éléments réels mais sortis de leur contexte : particularités des photographies, environnement lunaire inhabituel, performances technologiques extraordinaires pour l'époque et longue absence de nouvelles missions habitées.

Références

  1. La lune, une théorie du complot persistant
  2. L’irrésistible rhétorique de la conspiration : le cas de l’imposture de la Lune
  3. Pourquoi la théorie du complot de l'homme sur la Lune est populaire
  4. Comment la théorie complotiste du Moon Hoax s’est-elle propagée ? - RTBF Actus

2 vues · 0 vote positif

Réactions

Connectez-vous pour réagir.

Commenter ce contenu…

Commentaires

0 message