Le cancer du sein

Fréquent mais de mieux en mieux soigné, le cancer du sein touche au corps, à l’identité et à la sexualité, tout en restant au cœur de la recherche médicale.

1. Un peu de définition

Le sein est un organe du thorax important pour la santé, mais aussi un organe sexuel secondaire. Constitué notamment d’une glande mammaire, il produit après une grossesse le lait, acheminé vers le mamelon par les canaux galactophores. Les hommes possèdent aussi du tissu mammaire.

Sein vient du latin sinus, « courbure, creux », puis « poitrine », sens que l’on retrouve dans « au sein de ». Mammaire dérive de mamma, « mamelle ». Cancer vient du latin cancer, « crabe », apparenté au grec karkínos, nom donné dans l’Antiquité à certaines tumeurs en raison de leur forme évoquant un crabe.

Un cancer du sein apparaît lorsque des cellules mammaires se multiplient de manière incontrôlée. Elles peuvent former une tumeur maligne, envahir les tissus voisins puis parfois d’autres organes : ce sont les métastases. La plupart naissent dans les canaux ou les lobules.

On distingue notamment les cancers in situ, encore confinés à leur emplacement d’origine, et les cancers infiltrants. Une boule, une modification du sein ou du mamelon, un écoulement inhabituel ou une peau « en peau d’orange » doivent conduire à consulter.

2. Un peu d’histoire 📜

Le cancer n’est pas propre à notre époque : des traces de tumeurs ont été retrouvées sur des restes anciens d’Homo sapiens. Le papyrus Edwin Smith, remontant à environ 3000 AEC, contient l’une des plus anciennes descriptions de tumeurs du sein. Hippocrate utilise ensuite karkínos, « crabe », pour certaines tumeurs.

La chirurgie progresse surtout au 19ᵉ siècle avec l’anesthésie et l’antisepsie. À la fin du siècle, William Halsted développe la mastectomie radicale, retirant le sein, des ganglions et certains muscles.

Au 20ᵉ siècle, les médecins Bernard Fisher et Umberto Veronesi contribuent à remplacer cette chirurgie très mutilante, pour certains cancers précoces, par des opérations conservatrices associées à la radiothérapie.

Dès 1895, Thomas Beatson observe l’influence des hormones sur certaines tumeurs. Le tamoxifène devient ensuite un traitement majeur et l’identification de BRCA1 en 1994, un gène de réparation de l’ADN dont certaines mutations favorisent le cancer du sein, révolutionne l’étude des prédispositions.

Depuis les années 1990, Octobre Rose sensibilise au cancer du sein et au dépistage. En France, la campagne est lancée en 1994 et est aujourd’hui notamment portée par l’association Ruban Rose.

3. Un peu de chiffres 📊

Le cancer du sein est le cancer le plus fréquent chez la femme : en France, il représente environ un tiers des cancers féminins et touche au cours de la vie environ une femme sur huit.

Plus de 61 000 nouveaux cas sont diagnostiqués chaque année et près de 12 800 femmes en meurent. Environ 80 % des cancers du sein apparaissent après 50 ans. Les hommes peuvent eux aussi être touchés, mais représentent environ 1 % des cas.

Le pronostic s’améliore : le taux de mortalité baisse depuis les années 1990, notamment grâce aux diagnostics plus précoces et aux progrès thérapeutiques. La survie nette à cinq ans atteint environ 88 %.

Dans le monde, environ 2,3 millions de femmes ont reçu un diagnostic et 670 000 sont mortes de la maladie en 2022.

4. Les causes et facteurs de risque 🧬

Il n’existe généralement pas une cause unique. Le cancer apparaît lorsqu’une cellule accumule des altérations de son ADN qui dérèglent sa multiplication, sa réparation ou sa mort. Certaines mutations sont héritées, comme BRCA1, BRCA2 ou PALB2, mais la plupart apparaissent au cours de la vie.

Le principal facteur de risque est l’âge. Interviennent aussi les antécédents familiaux, certaines expositions hormonales, l’alcool, le tabac, le surpoids après la ménopause, la sédentarité et certaines expositions aux rayonnements ionisants, notamment une radiothérapie du thorax reçue à un jeune âge. L’activité physique et l’allaitement sont au contraire associés à une diminution du risque.

Des facteurs possibles ou potentiels sont également étudiés, notamment certaines expositions environnementales et les perturbateurs endocriniens, mais une association statistique ne prouve pas nécessairement un lien de causalité. Le cancer résulte ainsi d’interactions complexes entre génome, vieillissement, hormones, mode de vie et environnement.

Des stress cellulaires peuvent aussi endommager l’ADN et les protéines. Le stress oxydatif altère les constituants cellulaires, tandis que des protéines endommagées ou mal repliées peuvent provoquer un stress du réticulum endoplasmique et participer à la progression tumorale.

5. Le dépistage 🔎

Le dépistage cherche à découvrir un cancer avant l’apparition de symptômes. En France, les femmes de 50 à 74 ans sont invitées à réaliser une mammographie tous les deux ans dans le cadre du dépistage organisé. En cas de risque élevé, une surveillance plus précoce et renforcée peut être proposée.

Une mammographie anormale ne signifie pas forcément cancer. Une échographie ou une IRM peuvent compléter l’examen. Si une zone reste suspecte, une biopsie prélève un fragment de tissu pour l’analyser : c’est elle qui permet de confirmer ou d’écarter le diagnostic.

L’autopalpation permet de repérer une boule, une déformation, une rétraction du mamelon, un écoulement, une modification de la peau ou un ganglion sous l’aisselle. Elle aide à connaître son corps mais ne remplace ni l’examen médical ni la mammographie.

La peur du diagnostic peut conduire à repousser une consultation. Pourtant, plus le cancer est découvert tôt, meilleures sont généralement les chances de guérison ; une anomalie n’est d’ailleurs pas nécessairement cancéreuse.

6. La recherche et les traitements 🔬

Il n’existe pas un mais plusieurs cancers du sein. L’étude des récepteurs hormonaux, de HER2 et du profil moléculaire permet de mieux personnaliser les traitements.

Chirurgie, radiothérapie et chimiothérapie sont complétées par l’hormonothérapie, les thérapies ciblées et parfois l’immunothérapie. L’étude du génome aide également à comprendre les tumeurs et à choisir certains traitements.

Les chercheurs étudient aussi les vésicules extracellulaires tumorales, dont les exosomes. Transportant notamment protéines, lipides et ARN, elles peuvent participer aux métastases et à la résistance aux traitements. Présentes dans le sang, elles sont aussi étudiées comme biomarqueurs pour de futures biopsies liquides.

L’objectif est de guérir davantage tout en réduisant les effets secondaires, notamment dans les cancers métastatiques ou résistants.

7. Les idées reçues 🤔

Une boule signifie forcément cancer : de nombreuses masses sont bénignes, même si toute anomalie persistante mérite un avis médical.

Sans antécédent familial, aucun risque : la majorité des cancers surviennent sans forte histoire familiale.

C’est uniquement une maladie de femmes : les hommes peuvent également développer un cancer du sein.

8. Corps, sexualité et traumatisme ❤️‍🩹

Le sein occupe souvent une place importante dans la sexualité, l’image corporelle et la féminité. L’annonce du cancer, la perte des cheveux, les cicatrices et la peur d’une récidive peuvent profondément bouleverser le rapport au corps.

La mastectomie, ou ablation du sein, peut être vécue comme le deuil d’une partie de soi, avec perte de confiance ou peur du regard du partenaire. Une reconstruction peut être proposée, mais certaines femmes choisissent une prothèse externe ou un thorax plat.

Les traitements peuvent provoquer fatigue, baisse du désir, sécheresse vaginale, ménopause précoce ou troubles de la fertilité. La maladie peut aussi compliquer certains projets, comme l’accès au crédit, malgré la convention AERAS et le droit à l’oubli. La réappropriation du corps et de la sexualité peut nécessiter un accompagnement.

Références 📚

Épidémiologie des cancers du sein - Institut national du cancer, 2026

Cancer du sein : données - Santé publique France, 2026

Cancer du sein - Organisation mondiale de la Santé, 2026

Cancer : une charge toujours plus lourde dans le monde et des besoins en services croissants -Organisation mondiale de la Santé et Centre international de Recherche sur le Cancer, 2024

Extracellular Vesicles in Breast Cancer: From Intercellular Communication to Therapeutic Opportunities - Pharmaceutics, 2024

Cancer du sein : la piste rose - France Culture, 2022

1 vue · 0 vote positif

Réactions

Connectez-vous pour réagir.

Commenter ce contenu…

Commentaires

0 message