L'autisme

1. Un peu de définition

Le mot autisme vient du grec ancien autos, « soi-même ». Le trouble du spectre de l’autisme (TSA) est un trouble du développement neurologique qui apparaît généralement durant la petite enfance et accompagne la personne tout au long de sa vie.

Il se caractérise principalement par des particularités dans la communication et les interactions sociales, ainsi que par des comportements répétitifs ou des intérêts restreints. Le terme « spectre » souligne la grande diversité des manifestations et des besoins selon les personnes.

2. Un peu d'histoire

Au 20ᵉ siècle

C'est le psychiatre suisse Eugen Bleuler qui forge le terme "autisme" en 1911 pour décrire le repli sur soi observé chez certains patients schizophrènes. À cette époque, l'autisme n'est pas un diagnostic, mais un symptôme de la schizophrénie désignant une perte de contact avec la réalité.

1943 : Le psychiatre autrichien Leo Kanner identifie l'« autisme infantile précoce » comme un trouble du contact affectif.

1944 : Le psychiatre autrichien Hans Asperger décrit des enfants aux capacités intellectuelles préservées, mais socialement isolés. Ses travaux seront peu connus à cause de son passé lié au programme d'euthanasie nazi Aktion T4.

1964 : Le psychologue Bernard Rimland, parent d'un enfant autiste, publie un ouvrage réfutant la théorie des « mères réfrigérateurs » (qui attribuait l'autisme à une froideur maternelle), suggérant uniquement une origine biologique.

1967 : Le psychanalyste Bruno Bettelheim publie La Forteresse vide, popularisant l'idée que l'autisme est un trouble psychogène lié à la relation mère-enfant. Cette théorie est aujourd'hui scientifiquement réfutée.

1979 : La psychiatre Lorna Wing introduit le concept de "triade autistique" (troubles de la communication, de l'interaction sociale et de l'imagination) et suggère l'existence d'un "spectre" plutôt que d'une pathologie unique.

1980 : L'autisme entre dans le manuel diagnostique américain (DSM-III) en tant que catégorie distincte de la schizophrénie, sous le nom d'« autisme infantile ».

1994 : Le DSM-IV intègre le « syndrome d'Asperger » et définit les « Troubles Envahissants du Développement » (TED).

1996 : La loi Chossy reconnaît officiellement l'autisme comme un handicap, et non plus seulement comme une psychose.

Au 21ᵉ siècle

2003 : Identification des premières mutations génétiques liées à l'autisme par l'équipe de Thomas Bourgeron à l'Institut Pasteur.

2012 : La Haute Autorité de Santé publie des recommandations de bonnes pratiques, excluant le packing et désignant les approches psychanalytiques comme « non consensuelles ».

2013 : Le DSM-5 supprime les sous-catégories (Asperger, TED) pour fusionner tous les diagnostics sous l'appellation unique de Trouble du Spectre de l'Autisme (TSA).

3. Un peu de discernement

Par définition, la maladie est une altération de la santé appelant une guérison, alors que le handicap de l'autisme, est une limitation d'activité durable exigeant des aménagements. Contrairement à une pathologie que l'on soigne, l'autisme nécessite une compensation pour favoriser l'autonomie ; le confondre avec une maladie occulte sa dimension sociale, car il relève de l'accessibilité environnementale.

Les troubles du spectre autistique regroupent des profils variés, incluant l'autisme de Kanner et le syndrome d'Asperger. Il se définit par des particularités de communication et des intérêts restreints, indépendamment du niveau intellectuel. L'approche contemporaine privilégie une évaluation personnalisée plutôt que des catégories rigides, afin d'adapter les interventions aux individus.

Ce qu’on appelait le syndrome d’Asperger désignait des personnes autistes sans déficience intellectuelle ni retard important du langage. Depuis le DSM-5 (2013), il n’est plus considéré comme un diagnostic distinct, mais intégré au trouble du spectre de l’autisme (TSA). Les capacités intellectuelles et les aptitudes particulières varient fortement d’une personne autiste à l’autre.

Le TSA est un trouble neurologique résultant d'interactions entre prédispositions génétiques et facteurs environnementaux prénataux (médicaments, polluants). Ces particularités influencent le développement des connexions neuronales dès le stade fœtal, altérant durablement la communication et le traitement sensoriel.

Le spectre se définit par des défis dans les interactions sociales et des comportements ou intérêts répétitifs, s'y ajoutant souvent des réactions atypiques aux stimuli sensoriels (bruit, lumière, textures) et des comorbidités fréquentes comme l'anxiété ou le trouble déficit de l'attention et de l'hyperactivité. Voir d'autres troubles du sommeil ou épileptiques.

4. Un peu de recherche

L'autisme est un trouble polygénique, ce qui signifie qu'il ne dépend pas d'un seul gène, mais de l'interaction de centaines de variations génétiques. Cette complexité explique la grande diversité des profils observés au sein du spectre autistique.

Certaines recherches en neurosciences observent chez des personnes autistes des différences de connectivité cérébrale, notamment entre régions proches ou éloignées. Ces variations pourraient participer à certaines particularités du traitement de l’information, mais elles diffèrent selon les individus et les études.

La théorie du monotropisme décrit l'attention autiste comme un tunnel profond, mobilisant l'intégralité des ressources cognitives sur un seul objet. Ce fonctionnement privilégie une intensité exceptionnelle et un traitement exhaustif des détails, contrairement au mode polytropisme qui permet de diviser son attention.

Cette focalisation exclusive rend les transitions et les interruptions particulièrement coûteuses, provoquant une forme d'inertie cognitive lors des changements de tâche. Le passage d'un flux d'information à un autre demande un effort massif de réorientation, car le système reste totalement immergé.

L’influence de l’environnement, notamment la pollution atmosphérique prénatale, est étudiée comme facteur de risque durant le développement embryonnaire. Bien que des pistes de diagnostic précoce émergent dès les premiers mois, l’identification clinique se stabilise généralement autour de 18 mois.

5. Un peu d'aspects cliniques

En dépistage précoce, l'identification des « signes d'alerte » avant 18 mois (absence de pointage du doigt, non-réponse au prénom) permet des interventions de remédiation cognitive plus efficaces grâce à la plasticité cérébrale.

Le TSA inclut souvent des hypo ou hyper-sensibilités (auditives, tactiles, vestibulaires) qui impactent la régulation émotionnelle et peuvent provoquer des crises d'épuisement ou des effondrements.

Outre les approches éducatives (ABA, TEACCH), l'orthophonie pour la communication pragmatique et l'ergothérapie pour l'autonomie quotidienne sont des piliers de la compensation du handicap.

On vérifie aussi la présence de troubles apparentés et de troubles aux symptômes similaires : le syndrome de Gilles de la Tourette, le trouble obsessif-compulsif, la schizophrénie, la dépression, le trouble d’hyperactivité avec déficit de l’attention (TDAH) et d’autres difficultés d’apprentissage.

6. Un peu d'anecdotes

Dans les années 1990 et 2000, la présence médiatisée de personnes autistes dans la Silicon Valley a popularisé l’association entre autisme, logique et technologie. Cette représentation, parfois stéréotypée, a aussi accompagné l’essor du concept de neurodiversité, qui considère l’autisme comme une variation du fonctionnement neurologique.

L'amélioration de la connaissance du spectre a entraîné une augmentation significative des diagnostics chez les adultes qui n'avaient pas été identifiés durant leur enfance, souvent à l'occasion du diagnostic de leur propre enfant.

Les recherches récentes montrent que les filles sont souvent sous-diagnostiquées en raison du camouflage social (masking), une stratégie consistant à imiter les comportements sociaux pour s'intégrer, ce qui retarde l'identification du trouble.

Ce camouflage épuise parfois les personnes autistes, révélant que le handicap provient d'un environnement sensoriel inadapté plutôt que d'une pathologie. La théorie de la double empathie montre que la communication échoue par manque de compréhension mutuelle entre 2 fonctionnements neurologiques différents.

7. Un peu de chiffres

L'Organisation Mondiale de la Santé estime qu'un enfant sur 100 présente un trouble du spectre de l'autisme à l'échelle mondiale. Les chiffres du CDC (États-Unis) sont plus élevés (environ 1 sur 36 en 2023), car ils bénéficient de systèmes de dépistage plus systématiques.

On estime qu'environ 700 000 personnes sont autistes en France, soit 1 % de la population. Cela concerne environ 100 000 enfants et 600 000 adultes.

8. Un peu de communication

L'autisme impacte la communication pragmatique, c’est-à-dire l'usage du langage en contexte social, rendant difficile la saisie de l'implicite ou du second degré. Certaines personnes restent non-verbales, tandis que d'autres développent un vocabulaire sophistiqué mais avec une prosodie singulière ou une écholalie répétitive.

Le retard de langage n'est plus un critère systématique du spectre, car l'intelligence peut s'exprimer par des systèmes de communication alternative. L'enjeu de la prise en charge orthophonique est de privilégier la fonctionnalité de l'échange plutôt que la seule normalité de la parole orale.

La pratique de la danse est étudiée comme un outil de remédiation favorisant la perception du corps dans l'espace. Elle sollicite les systèmes vestibulaire et proprioceptif, aidant ainsi à la régulation des particularités sensorielles propres au spectre.

Ce canal de communication non verbal facilite l'imitation motrice et l'attention conjointe sans passer par l'interaction sociale directe. Des recherches en neurosciences suggèrent que l'activité rythmique soutient la stabilisation des connexions liées à la coordination.

Références

  1. Brève histoire d’un terme surfait - Laetitia Putigny-Ravet, Cairn
  2. Qu'est-ce que l'autisme ? - Ministère de la santé
  3. Histoire de l'autisme - Fondation Autisme

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