La sexualité

Du désir à l’intimité, de la reproduction au plaisir, la sexualité est à la fois biologique, psychologique, sociale et culturelle.

1. Un peu de définition ❤️

La sexualité désigne l’ensemble des phénomènes liés au sexe, au désir, au plaisir, aux pratiques sexuelles et aux relations intimes. Elle ne se réduit donc ni au rapport sexuel ni à la reproduction : elle concerne aussi les émotions, les fantasmes, l’attirance, l’identité et la manière dont chaque société pense et encadre l’intimité.

Le mot sexualité apparaît en français au 19ᵉ siècle et dérive de sexuel, lui-même formé sur le latin sexus, « sexe ». L’origine plus ancienne de sexus reste discutée, mais elle a parfois été rapprochée de secare, « couper, séparer », avec l’idée de distinction des sexes. Le mot sexe a d’abord désigné cette distinction avant de désigner également les organes génitaux et, par extension, l’activité sexuelle.

Curieusement, cette idée de « séparation » trouve son opposé dans le Banquet de Platon : le mythe d’Aristophane raconte des êtres primitifs coupés en deux, dont chaque moitié cherche l’autre pour retrouver son unité. Il ne s’agit toutefois pas d’une étymologie, mais d’une représentation symbolique de l’amour et de la complémentarité.

Une comparaison se trouve en allemand : Geschlecht peut désigner le sexe, mais aussi le genre, la lignée ou la famille selon le contexte. Le terme Sexualität, proche du français « sexualité », s’est développé avec le vocabulaire scientifique moderne. Ces mots montrent que les langues ne distinguent pas toujours de la même façon sexe, genre, désir et pratiques.

La sexualité humaine possède une importante dimension sociale et culturelle. Ce qui est considéré comme séduisant, intime, acceptable, interdit ou obscène varie selon les époques et les sociétés. Elle est encadrée par des notions fondamentales comme le consentement, le respect de l’autre, la contraception et la prévention des infections sexuellement transmissibles.

2. Un peu d’histoire 🏺

Des origines à la médicalisation

Bien avant l’humanité apparaît la reproduction sexuée, dont certaines des plus anciennes traces connues remontent à environ 1,2 milliard d’années chez des eucaryotes. Au cours de l’évolution se développe notamment l’anisogamie, c’est-à-dire la production de gamètes de tailles différentes : de petits gamètes mâles et de grands gamètes femelles, à l’origine de la distinction biologique entre les sexes.

La sexualité accompagne l’humanité depuis ses origines, mais nous connaissons surtout ses représentations. Certaines figurines préhistoriques, comme les Vénus paléolithiques, mettent en valeur les caractères sexuels, sans que leur signification — fertilité, identité ou symbolisme — puisse être établie avec certitude.

Dans l’Antiquité, les conceptions diffèrent des catégories actuelles. Chez les Grecs et les Romains, les pratiques sexuelles sont souvent jugées selon le statut social, l’âge, le rôle dans la relation et la maîtrise de soi, plutôt qu’à travers des catégories modernes comme l’hétérosexualité et l’homosexualité.

Dans l’Europe chrétienne médiévale, l’Église développe progressivement une morale sexuelle valorisant le mariage et la procréation et condamnant l’adultère et diverses pratiques jugées contraires à l’ordre naturel chrétien. Les comportements restent toutefois plus variés que ne le suggèrent les normes religieuses et juridiques.

De la sexologie aux transformations contemporaines

À partir du 19ᵉ siècle, médecins, psychiatres et chercheurs commencent à étudier et classifier systématiquement les comportements sexuels, contribuant à la naissance de la sexologie moderne. Richard von Krafft-Ebing publie Psychopathia Sexualis en 1886 ; Havelock Ellis étudie ensuite les comportements et orientations sexuelles, tandis que Magnus Hirschfeld fonde en 1919, à Berlin, l’Institut für Sexualwissenschaft.

Au début du 20ᵉ siècle, Sigmund Freud place la sexualité au cœur du développement psychique, au point que ses adversaires accusent parfois la psychanalyse de « pansexualisme », c’est-à-dire de vouloir expliquer une part excessive de la vie psychique par la sexualité.

À la fin du 19ᵉ siècle émerge la sexologie, étude scientifique de la sexualité. Havelock Ellis et Magnus Hirschfeld étudient notamment les comportements et orientations sexuelles ; ce dernier fonde en 1919, à Berlin, l’Institut für Sexualwissenschaft, consacré à la recherche et aux questions sexuelles.

Au 20ᵉ siècle, les recherches se développent. Alfred Kinsey publie ses grandes enquêtes en 1948 et 1953. William Masters et Virginia Johnson observent ensuite les réactions physiologiques durant l’activité sexuelle et proposent en 1966 leur célèbre modèle de la réponse sexuelle humaine.

Dans les années 1960-1970, contraception, mouvements féministes et homosexuels et libéralisation des mœurs transforment les rapports au couple, au plaisir et à la reproduction. Aujourd’hui, consentement, santé sexuelle et lutte contre les violences sexuelles occupent une place croissante dans le débat public.

3. Quelques idées reçues 🤔

Le sexe et la sexualité, c’est la même chose : Le sexe est d’abord un attribut biologique, lié aux caractéristiques anatomiques, hormonales et reproductives. Il peut aussi désigner les organes génitaux ou l’acte sexuel. La sexualité, plus large, englobe le désir, le plaisir, les pratiques et les relations intimes.

La sexualité sert avant tout à se reproduire : Chez l’être humain, elle possède aussi des fonctions de plaisir, d’intimité et de lien affectif. Une grande partie des comportements sexuels n’a aucune finalité reproductive directe. La contraception permet en outre de dissocier volontairement sexualité et reproduction.

Les hommes ont plus de désir que les femmes : En moyenne, certaines études observent un désir sexuel plus fréquent chez les hommes, mais les différences entre individus sont très importantes. Le désir varie selon les hormones, l’âge, la santé, le stress, les relations et le contexte social : le sexe ne suffit donc pas à le déterminer.

Une relation sexuelle réussie implique forcément une pénétration et un orgasme : Il n’existe pas de scénario universel. Caresses, masturbation, sexe oral, pénétration ou autres pratiques font partie de la sexualité, à condition d’être librement consenties. L’orgasme n’est pas une obligation ni une mesure de la qualité d’un rapport.

La masturbation est mauvaise pour la santé : Au 18ᵉ siècle, le médecin suisse Samuel-Auguste Tissot popularise l’idée qu’elle provoquerait faiblesse, maladies et troubles nerveux, alimentant le discours hygiéniste et des mythes comme « la masturbation rend sourd ». Aujourd’hui, elle est considérée comme un comportement sexuel courant et sans danger.

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