La polygamie

Un homme avec plusieurs épouses, une femme avec plusieurs maris, plusieurs relations amoureuses consenties : derrière l’idée d’aimer plusieurs personnes se cachent des réalités très différentes.

1. Un peu de définition ❤️

La polygamie désigne le fait, pour une personne, d’être mariée simultanément à plusieurs conjoints. Le mot vient du grec polýs, « nombreux », et gámos, « mariage, union » : il signifie littéralement « plusieurs mariages ».

On distingue principalement la polygynie, lorsqu’un homme a plusieurs épouses, et la polyandrie, lorsqu’une femme a plusieurs maris. Dans les sociétés où la polygamie est admise, la polygynie est historiquement beaucoup plus répandue que la polyandrie.

Historiquement, le mariage n’est pas seulement une union amoureuse : il peut aussi servir à transmettre des biens, assurer une descendance, unir des familles ou des clans et établir des alliances économiques ou politiques.

La polygamie ne doit pas être confondue avec le polyamour. Celui-ci désigne le fait d’entretenir plusieurs relations amoureuses ou intimes avec le consentement des personnes concernées, sans impliquer nécessairement plusieurs mariages.

Elle se distingue également de l’adultère, qui suppose la transgression des règles d’exclusivité d’un couple. Une relation polygame ou polyamoureuse peut au contraire être connue et acceptée par les partenaires.

2. Un peu d’histoire 📜

Polygynie et monogamie

La polygamie est attestée depuis l’Antiquité dans de nombreuses sociétés. Elle a souvent été associée au statut social, à la richesse, aux alliances familiales et à la descendance : entretenir plusieurs foyers supposait généralement de disposer de ressources importantes.

Dans plusieurs sociétés du Proche-Orient ancien, la polygynie était admise. La Bible hébraïque décrit ainsi plusieurs personnages ayant plusieurs épouses ou concubines, comme Abraham, Jacob, David et Salomon, sans que leurs situations constituent nécessairement un modèle uniforme de mariage.

Dans le monde gréco-romain, le mariage légal est principalement monogame, même si les hommes peuvent entretenir d’autres relations sexuelles ou avoir des concubines. Le christianisme occidental renforce progressivement la monogamie matrimoniale, qui devient une norme majeure de l’Europe chrétienne.

À partir du 7ᵉ siècle, l’islam autorise la polygynie sous certaines conditions. Le Coran permet à un homme d’épouser jusqu’à 4 femmes, tout en exigeant qu’il les traite équitablement. Les interprétations et les législations contemporaines diffèrent selon les pays musulmans.

Polyandrie et autres formes d’union

La polyandrie, beaucoup plus rare, a notamment été documentée dans l’Himalaya, au Tibet, au Népal et dans certaines populations d’Inde. L’anthropologue et prince Pierre de Grèce et de Danemark lui consacre en 1963 une importante étude, A Study of Polyandry. Dans la polyandrie fraternelle, plusieurs frères épousent une même femme, notamment afin d’éviter la division des terres et du patrimoine familial.

Certaines sociétés connaissent des pratiques proches de la polyandrie. Chez les Aché du Paraguay et les Barí du Venezuela existe notamment une conception de paternité partageable, où plusieurs hommes peuvent être reconnus comme pères d’un enfant. Chez les Mosuo de Chine, société matrilinéaire, les partenaires peuvent entretenir des unions sans former un foyer commun.

Plusieurs explications ont été proposées à la polyandrie. Elle peut permettre de préserver les terres familiales, de réunir plusieurs hommes autour d’un même foyer ou de diversifier les ressources disponibles pour les enfants. Des hypothèses évolutionnaires évoquent également les bénéfices reproductifs possibles de plusieurs partenaires, mais la recherche ne permet pas de réduire la polyandrie humaine à une simple recherche de « meilleurs gènes ».

D’autres alliances matrimoniales ont existé. Le sororat permet à un homme d’épouser la sœur de son épouse ; le lévirat, à une veuve d’épouser le frère de son mari défunt. Le mariage adelphique désigne notamment l’union entre frère et sœur, pratiquée dans certaines dynasties antiques. Ces coutumes pouvaient servir à préserver les biens, la descendance et les alliances familiales.

3. Autour de gámos 🔄

Polygamie : fait d’avoir plusieurs conjoints simultanément.

Bigamie : fait d’être marié simultanément à 2 personnes.

Monogamie : fait de n’avoir qu’un seul conjoint à la fois.

Polygynie : un homme marié à plusieurs femmes.

Polyandrie : une femme mariée à plusieurs hommes.

Polyamour : plusieurs relations amoureuses consenties, avec ou sans mariage.

Endogamie : mariage à l’intérieur d’un même groupe social, culturel ou familial.

Exogamie : mariage avec une personne extérieure à son groupe d’appartenance.

Homogamie : union entre personnes présentant des caractéristiques sociales proches.

Hétérogamie : union entre personnes présentant des caractéristiques sociales différentes.

Hiérogamie : « mariage sacré », union rituelle ou mythologique, généralement entre des divinités.

Gamophobie : peur du mariage ou de l’engagement matrimonial.

La différence essentielle tient donc au mariage : polygamie, polygynie et polyandrie décrivent des structures matrimoniales, tandis que le polyamour décrit avant tout une forme de relation affective et amoureuse.

4. Quelques idées reçues 🤔

Polygamie signifie qu’un homme a plusieurs femmes : Il s’agit plus précisément de polygynie. La polygamie est le terme général qui englobe également la polyandrie.

La polygamie est propre à l’islam : Non. Elle existait bien avant l’apparition de l’islam et a été pratiquée sous différentes formes dans de nombreuses sociétés à travers le monde.

Polyamour et polygamie, c’est la même chose : La polygamie concerne plusieurs mariages simultanés, tandis que le polyamour désigne plusieurs relations amoureuses consenties. Le terme anglais polyamory apparaît au début des années 1990, notamment avec Morning Glory Zell-Ravenheart, qui emploie poly-amorous dans son article A Bouquet of Lovers en 1990.

Toutes les sociétés humaines ont toujours été soit monogames, soit polygames : C’est plus complexe. Les règles matrimoniales et les pratiques ne coïncident pas toujours : monogamie, concubinage, relations extraconjugales ou unions successives peuvent coexister.

La polyandrie est l’équivalent parfaitement symétrique de la polygynie : Seulement dans la définition. Historiquement, la polyandrie est beaucoup plus rare et apparaît souvent dans des contextes sociaux, familiaux et économiques particuliers.

La polygamie montre finalement que le couple et le mariage ne possèdent pas une forme universelle et immuable. Selon les sociétés et les époques, le mariage a pu organiser non seulement les relations sexuelles et la descendance, mais aussi la transmission des biens, le travail, la parenté et les alliances entre groupes.

Références

  1. Il était une fois, la polygamie... - France Culture, 2009
  2. Glossaire de la parenté - Open Edition

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