La morale et la religion

Un stéréotype affirme qu'on n'a pas besoin des religions pour se faire une morale, et même que la religion rend immoral.
Cette idée reçue peut être déconstruite, quand on sait que l'histoire montre que la religion a construit le droit, puis le droit a construit les morales individuelles.
Il est fréquent qu’une règle de droit soit fondée sur une règle morale et/ou religieuse.
Exemple : l’un des principes moraux est celui de ne pas nuire à autrui. L’un des commandements religieux est « Tu ne voleras pas ». C’est la raison pour laquelle le droit considère que le vol est interdit. L’article 311-3 du Code pénal précise en effet que le vol, considéré juridiquement comme la « soustraction frauduleuse de la chose d’autrui », est puni de 3 ans d’emprisonnement et de 45 000 euros d’amende. Ainsi, ici, dans ce cas, la règle de droit est fondée sur une règle morale et religieuse.
« C’est bien de proclamer la République tous les 4 matins, encore faut-il que nous devenions républicains dans notre comportement moral ». Ainsi parlait Ferdinand Buisson, l'un des pères de la laïcité française.
À l’enseignement talmudique, trop lié aux périodes obscures de persécutions, Élie-Aristide Astruc préférait la « morale sinaïtique », remise par la philosophie des Lumières au rang des lois fondamentales de l’humanité, telles que la fraternité et la justice sociale.
Fut même une époque où l'on osait parler des "sciences morales", notamment au 19ᵉ siècle, époque des bouleversements idéologiques ou la méthode scientifique même était encore balbutiante.
La Franc-maçonnerie « régulière » demeure profondément théiste, exigeant de ses membres la croyance en un Principe Supérieur, dans la lignée de la Grande Loge de Londres au début du 18ᵉ siècle. À cette époque, la jeune institution opère une mutation majeure : elle commence à se détacher du dogme chrétien strict pour s'ouvrir au déisme des Lumières, tout en restant imprégnée de culture biblique. Comment eût-il pu en être autrement dans une confrérie portée sur les fonts baptismaux par deux hommes d’Église, le pasteur presbytérien James Anderson et Jean Théophile Désaguliers, issu d'une famille huguenote ?
Si l'on regarde la Ligue pour le relèvement de la moralité publique créée en 1883, elle fut fondée par des protestants rattachés au christianisme social. Leur objectif initial était de lutter contre la licence des rues, la diffusion des publications obscènes, les jeux de hasard, et surtout d'abolir le système de la prostitution réglementée.
Tout ceci montre que notre regard sur la morale est socioculturel, il dépend en bonne partie de l'ambiance dans laquelle on se trouve : toutes les éthiques, toutes les morales ont un substrat religieux. Cette idée peut également se comprendre via l'histoire de la philosophie (Spinoza, Hobbes, Kant, Bergson…).
Références
- De la « Morale indépendante » à l’émergence du substantif « laïcité » - Open Edition
- Les « sciences morales » : de la gloire à l’oubli - Julien Vincent, Open Edition
- De la morale indépendante à la morale laïque - Samuel Tomei, Cairn
- Religion, morale et société - Marc Laubier, Quora
- Une morale maçonnique - Laure Caille, Cairn
- Droit, morale et religion - Jurixio
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