La misogynie des religions

Un parachonisme populaire affirme que les religions oppressent les femmes.

Introduction

D'aucuns affirment que les religions sont faites pour opprimer les femmes... mais par quoi donc l'histoire des femmes serait-elle passée pour les inciter à s'émanciper en obtenant des statuts et des droits ?

1. À l'Antiquité

En Égypte ☥, la femme égyptienne est l'égale de l'homme au regard de la loi (contrairement aux femmes gréco-romaines). C'est ainsi qu'elle peut gérer son propre patrimoine ou même se trouver à la tête d'une entreprise (comme la dame Nénofèr au Nouvel Empire).

D'aucuns pensent que la civilisation minoenne (entre 2700–1200 AEC) était matriarcale, de par l'importance des prêtresses de Crête, et les représentations de la déesse aux serpents.

Dans le bouddhisme ☸️, Mahaprajapati Gautami, tante et nourrice de Siddhartha Gautama fut la 1ʳᵉ femme à recevoir l'ordination, suivie des 500 femmes de sa compagnie.

Au 3ᵉ siècle AEC, à l’époque d’Ashoka, son fils et missionnaire Mahinda fonda une communauté au Sri Lanka. La reine Anula et ses suivantes souhaitant entrer dans les ordres, Mahinda fit venir sa sœur Sanghamitta, qui arriva avec 11 autres bhikkhunis. Elles ordonnèrent les premières moniales de l’île, et la communauté prit racine.

Chez les Celtes, on sait que la majorité des civilisations anciennes étaient plutôt égalitaires, cela se voit à la civilisation de Halstadt et la civilisation de la Tène. Nombre de femmes à l'ancienne étaient des reines sacrées comme Meresankh III (Égypte)… On trouve aussi des peintures attestant d'un sacerdoce féminin dans le christianisme antique. ✝️

2. De la Bible à Rome

Dans le 1er testament, on trouve des femmes prophètes : Sarah (Genèse 17:15), Myriam (Exode 15:20), Deborah (Juges 4:5), Hanna (Samuel 1:1), Abigail (Samuel 25:23), Houldah (2 Rois 22:14), Esther (Esther 4:16)…

Disséminées dans l’histoire biblique, ces figures de femmes-prophètes se dressent pour assumer, à côté des prophètes masculin pour enseigner, légiférer et conserver l'histoire du peuple de l'alliance.

De nos jours, on pourrait dire d'elles qu'elles sont des prédicatrices laïques. Dans la Torah ✡️, une femme n’est obligée ni de se marier, ni d’avoir des enfants, n'ayant aucune obligation légale en ce sens.

C'est à partir de l'empire romain que les sociétés conquises se mettent à subordonner les femmes. Dans le christianisme cette subordination est indirectement importée par Paul de Tarse (1er sièle EC)… qui était "citoyen romain". La culture gréco-romaine étant plutôt sexiste : on pense a des mythes comme celui de Pandore, ou la médecine d'Hyppocrate, qui réduit la femme "hystérique" à son utérus. Aristote et Galien présentent la femme comme inintelligente et fragile.

3. Au Moyen-Âge

La civilisation viking montre un système relativement démocratique (assemblées, débats, etc..) et des femmes accédant aux hautes fonctions militaires et politiques. Toutefois, si la coutume de Normandie reflète le droit scandinave ancien, elles étaient défavorisées en matière d'héritage.

Dans le taoïsme ☯️, les femmes apparaissent dès les débuts : la voie des Maîtres Célestes et le courant Shangqing, où elles jouent un rôle aussi important que les hommes : voire même supérieur.

Une princesse impériale de la dynastie Tang (618–907), Yuzhen – Perfection de jade – fut amenée à illustrer cela lorsque, elle étudia et calligraphia Le Livre des esprits volants, un traité transmis au moyen de la technique dite de « l’écriture inspirée » par la Dame Wei (272-349), qui fut ondatrice du Shangqing.

4. Au 16ᵉ siècle

Si la "misogynie" désigne le mépris des femmes, ce concept prend ses racines intellectuelles dans la célèbre « Querelle des femmes », un débat littéraire et moral sur la dignité du sexe féminin initié dès le 15ᵉ siècle par Christine de Pisan (1364–1430) en réaction aux écrits misogynes de l'époque. Au 16ᵉ siècle, cette querelle s'intensifie : la poésie et la littérature, sous la plume de Rabelais ou des poètes de la Pléiade, se font l'écho de ces débats, oscillant entre satires traditionnelles et éloges de la cause féminine.

C'est dans ce contexte intellectuel que Montaigne soutient sa fille d'alliance, Marie de Gournay (1565–1645). Celle-ci publie des traités féministes d'une modernité et d'une vivacité saisissantes pour l'époque, à l'instar de Égalité des hommes et des femmes, affirmant avec force l'accès des femmes aux mêmes facultés intellectuelles que les hommes.

Parallèlement, la Réforme (1517–1712) ne bouleverse pas immédiatement le rôle social traditionnel de la femme, souvent confinée aux tâches domestiques. Cependant, l'obligation protestante d'accéder directement au texte biblique pousse à l'alphabétisation massive des filles. Cet accès à l'éducation, combiné au courage de celles qui font face aux persécutions religieuses jusqu'au martyre, va profondément transformer et élever leur statut spirituel et social.

5. Au 18ᵉ siècle

Pendant la Guerre des Camisards (1702–1710), certaines femmes deviennent prophétesses et entretiennent une ardente ferveur religieuse et guerrière dans les Cévennes. C’est la figure du martyr de Marie Durand (1711-1776) qui reste après la Révocation le symbole de la fidélité à la foi réformée.

On voit cela à l'ouverture des femmes à des postes ecclésiastiques, ayant le droit de voter dans les assemblées générales des églises du libre examen, lendemains de la révocation de l'édit de Nantes (1685).

Cela tient au fait qu'on apprend à lire tôt chez les protestants. Tout cela au moins 2 siècles avant que les autres pays du monde n'y songent, c'est dire la modernité ! 🙃

6. Au 19ᵉ siècle

Aux États-Unis, la 1ʳᵉ femme baptiste qui est consacrée pasteur est Clarissa Danforth (1792–1855) en 1815.

Si l’influence du grand mouvement de foi et d’engagement social qu’est le Réveil, les femmes protestantes vont participer aux mouvements d’éducation, de secours et d’émancipation féminine : les suffragettes. 🙍‍♀️

Dans les années 1870, le rabbin Élie-Aristide Astruc (1831–1905) souhaitait une évolution du statut des femmes, notamment la possibilité de se remarier même sans avoir obtenu le guet (acte de divorce).

Dans l'histoire de l'invention de l'école maternelle, on peut citer la protestante Émilie Oberkampf (1794-1856), et la catholique Pauline Kergomard (1838–1925), qui repensa complètement l'éducation des enfants et des petites filles en particulier, fut issue d'une famille protestante.

D'autres femmes inspirées religieusement marquent l'histoire de ce siècle, comme Sarah Monod (1836–1912), qui s'intéressa à la condition des femmes détenues et à la réinsertion des prostituées.

7. Au 20ᵉ siècle

La Jewish League for Woman Suffrage fut lancée en 1912 en Angleterre. S’inscrivant dans le grand mouvement de revendication des femmes né aux États-Unis, des théologiennes françaises vont initier une relecture de la Bible, dénonçant l’image dominante traditionnelle.

En France, la 1ʳᵉ femme pasteur est Madeleine Blocher-Saillens : elle est reconnue pasteur par l'Église évangélique baptiste indépendante du Tabernacle, à Paris, en 1929.

Regina Jonas, fut la toute première femme rabbin de l'histoire, ordonnée en Allemagne en 1935.

On peut aussi parler mouvement jeunes femmes, fondé en 1955 par des protestants qui popularisa la lutte pour la contraception et la fondation du planning familial (Simone Iff , Evelyne Sullerot).

Dans le protestantisme, Suzanne de Dietrich (1891–1981) et Madeleine Barot (1909–1995) ont participé à la création d'œuvres marquantes, dont la Cimade, en 1939 située maintenant à Paris. Élisabeth Schmidt (1908–1986), issue d’une famille agnostique, se convertira par le biais du social, et sera la première femme consacrée pasteur en 1949.

8. Dans l'islam

L'islam a apporté, au 7ᵉ siècle, le droit à l'héritage pour les femmes et le consentement obligatoire au mariage, ce qui était une avancée par rapport au droit tribal arabe préislamique.

Dans l'Andalousie médiévale, il y eut de nombreuses poétesses de grand talent, comme Wallâda (994–1091), qui fit de son palais un salon littéraire, où elle enseignait aux femmes de bonne famille et aux esclaves chanteuses la poésie, le chant et les arts de l’amour. Son salon était aussi le lieu de réunion d’éminents poètes, de savants et des nobles de la capitale.

Dans l'islam, contrairement aux idées reçues, le voile n'a pas été fait pour asservir les femmes, mais pour distinguer les femmes nobles des esclaves prostituées. C'est ce qu'explique l'historien Odon Vallet quand il retrace les origines mésopotamiennes du voile. Donc le féminisme islamique n'est pas oxymorique en soi, rien qu'en pensant aux Sisters In Islam en Malaisie.

En Iran, la période allant de 1979 à 1983 marque l'imposition progressive et légale du voile obligatoire (notamment sous la forme du tchador) par le nouveau régime théocratique, effaçant les décennies de laïcisation de l'ère Pahlavi. La burqa, quant à elle, reste une spécificité culturelle et politique propre à l'Afghanistan, notamment sous le régime des Taliban

Au temps des républiques socialistes arabes, ça n'existe pas dans les classes urbaines. Même en 1953, le président égyptien Gamal Abdel Nasser se moquait des "frères musulmans" qui lui demandent de voiler sa fille.

On peut aussi parler des cheikhas :

1- La cheikha de la confrérie soufie Chishtiya, une confrérie sunnite afghane. Cette confrérie cultive sa spiritualité dans 2 directions : elle cultive et joue de la musique classique arabe et persane, et fait dans l'engagement social.

2- La cheikha de la confrérie Mevlevi : Nur Hayat Artiran, œuvrant considérablement à l'éducation des filles.

Conclusion

On peut rappeler qu'il existe des courants progressistes dans les religions, qu'il y'a des femmes rabbins comme Delphine Horviller.

Si l'on fait une synthèse de toutes ces données assimilées, on peut conclure qu'il est donc tout aussi incorrect que parachronique de dire que les religions sont institutionnellement faites pour opprimer les femmes. Bien au contraire, elles leur ont même donné des statuts et des droits... parfois restreints par des contextes politiques. 📄

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